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jeudi 14 novembre 2024

Gadda (exception)

Gadda, Connaissance de la douleur, chap. 1 :

"Le tissu collectif, un peu partout à travers le monde [...] possède une heureuse aptitude à oublier, au moins de temps à autre, l’impératif-finalité qui commande en l’incessant travail de ses cellules. Lors se démaillent, dans la compacité du tissu, les charitables accrocs de l’exception. Exigence propre de l’éthique et bienveillance charnelle envers l’humaine créature lancent des rappels discordants. Que la seconde vienne à l’emporter, et une nouvelle série de faits s’amorce, comme un bourgeon, bientôt une branche, jaillis au plein du poteau téléologique."


il tessuto della collettività, un po’ dappertutto forse, nel mondo […] conosce una felice attitudine a smemorarsi, almeno di quando in quando, del fine imperativo cui sottostà il diuturno lavoro delle cellule. Si smàgliano allora, nella compattezza del tessuto, i caritatevoli strappi della eccezione. La finalità etica e la carnale benevolenza verso la creatura umana danno contrastanti richiami. Se ha ragione quest’altra, una nuova serie di fatti ha inizio, scaturita come germoglio, e poi ramo, dal palo teleologico.


mardi 3 septembre 2024

Gadda (buveur)

Gadda, L'incendie de la via Keplero, in Des Accouplements bien réglés, 1963 (VF Seuil 1989) : 

[…] Pendant des heures et des heures, le coude planté dans le fumier tomateux-vinassé de la nappe, une main pendante et l’autre grattant son genou, lorsqu’il ne versait ni dégustait : […] il grommelait et se raclait la gorge pendant des heures entières, tout au long des après-midi déclinantes, suant dans la canicule et la puanteur de la chambre pleine de poussière, avec le lit qu’on aérait encore et l’oreiller couleur de lièvre ; la braguette ouverte – il s’en s’échappait un coin de chemise de nuit –, deux vieilles savates élimées, passées sur ses pieds nus et verdâtres, le souffle court qui semblait rouler sur des billes de mucus, il dorlotait avec des tendresses de jeune mère son catarrhe aux profondeurs de catacombe, cette glu qui bafouillait à petits bouillons au creux d’une marmite oubliée sur le feu."


"Così, ore e ore, col gomito su quel letamaio della tovaglia pomodoro-Barletta, con la mano a penzolare, e l’altra, se non mesceva o centellinava, a grattarsi il ginocchio; così grugnolava e ronfava di gola per delle ore intere, lungo tutto il declino del pomeriggio, sudato, dentro l’afa e il lezzo della camera, ch’era piena di polvere, con il letto ancora da prender aria, la federa color lepre; coi pantaloni sbottonati da cui usciva una cocca della camicia  di notte, con due ciabattazze fruste infilate nei piedi nudi e verdastri, con il  respiro breve che pareva scorrere su biglie di muco, coccolando con l’amorevolezza d’una mammina giovine quel suo catarro sommesso di catacomba, una colla che barbugliava, a lente bolle, in un pignattone dimenticato sul fuoco."

mardi 20 août 2024

Gadda (cheveux et escarpins)

Gadda, Au parc, un soir de mai, in Adalgisa, trad. Manganaro :

"Ses cheveux débordaient du chapeau : et rayonnaient autour en grande partie, ni longs ni courts : mais touffus, multipliés et dorés ; comme des rêves fuyant pour leur compte, mais que la claire volonté du jour, avec sa loi armée d’un peigne, aurait ramenés à sa discipline ondulatoire : les rassemblant en une «manière». Venaient ensuite, à nouveau, les escarpins et les bas : qui étaient à nouveau pour nous le début de toute une série, une autre, d’événements mentaux, ou bulbaires, de déductions inconscientes, dont il serait vain de tenter d’ancrer à notre pauvre prose le fol arsis vers les ciels de l’imaginé : comme aux jappements d’un caniche frétillant de la queue, l’auguste ascension du globe aérostatique à air (avec feu à l’intérieur), dénommé montgolfière."


Dal cappello i capelli si gittavan fuori: e ne irraggiavano in gran parte, nè corti nè lunghi: ma folti, moltiplicati e dorati; come sogni per sè fuggenti, che però la volontà chiara del giorno, con la sua legge armata di pettine, avesse ricondotti a quella ondulativa disciplina: adunatili in una «maniera». E di nuovo poi gli scarpini e le calze: erano a noi di nuovo il principio di tutta un’altra serie di avvenimenti mentali, o bulbari, di deduzioni inconsce, la di cui àrsi folle verso i cieli dell’immaginato sarebbe vano tentar di ancorare alla nostra povera prosa: come ai latrati d’un barboncino codinzolante l’ascendere augusto del globo aereostatico ad aria (col fuoco dentro) denominato mongolfiera.


jeudi 23 juin 2022

Céline + Gadda (dentelles volatiles)

Céline, Mort à crédit : 

"Grand-mère Caroline se planquait pendant le travail à l’abri de L’Enfant Prodigue, l’énorme panneau tapisserie. Elle avait l’œil Caroline pour gafer les mains. C’est vicelard comme tout la cliente, plus c’est huppée mieux c’est voleuse. Un petit contrepoint Chantilly c’est un véritable souffle dans un manchon bien entraîné."


Gadda, L'Adalgisa : 

"...des mains qui semblaient savourer au toucher tout ce luxe et ces richesses étalées, les savourer et répudier, les désirer et repousser, vouloir et ne pas vouloir. Toutes ces mains, les grandes, les petites, les sacs à main et les gros sacs, les paquets petits et gros des achats précédents, dans le pandémonium méridien du bazar ! Dans le langage courant, on dit, pour tout cela, on dit : tenir à l’œil. Parmi les belles mains, sont toujours potentiellement présentes celles de l’ange blond chapardeur : et son rusé marsupium."


...mani che paiono assaporare al tatto quei lussi e le sciorinate dovizie, assaporare e ripudiare, desiderare e respingere, volere e nolere. Ma le manine, le manone, le borsette, le borsone, i precedenti pacchi e pacchetti, nel pandemonio meridiano del bazar ! All’uso volgare si dice, con tutto questo, si dice tener d’occhio. Tra belle mani, le mani del biondo angelo sgraffignone, e il suo scaltro marsupio, sono sempre potenzialmente presenti.



samedi 9 octobre 2021

Gadda (épinards x 2)

Gadda, L'affreuse Embrouille de via Merulana, trad Manganaro :

chapitre 1 :

"La bonne aussi avait une tête nouvelle, bien qu’elle ressemblât, vaguement, à la nièce précédente. Ils l’appelaient Tina. Pendant le service, quelques flocons d’épinards pressés débordèrent du plat ovale sur la candeur de la nappe immaculée : « Assunta ! » fit madame. Assuntina la regarda. À cet instant, tant la bonne que la patronne parurent à don Ciccio extrêmement belles ; la bonne, plus âpre, avait une expression sévère, assurée, deux yeux fermes, très lumineux, presque deux gemmes, un nez droit dans la ligne du front : une 'vierge' romaine du temps de Clélie."

Anche la domestica era una faccia nuova, per quanto somigliasse, vagamente, alla nipote di prima. La chiamavano Tina. « Durante il servizio un batuffolo di spinaci strizzati le esorbitò dal piatto ovale sul candore della tovaglia immacolata: «Assunta!» fece la signora. Assuntina la guardò. In quell’attimo sia la serva sia la padrona parvero a don Ciccio estremamente belle; la serva, più aspra, aveva un’espressione severa, sicura, due occhi fermi, luminosissimi, quasi due gemme, un naso diritto con il piano della fronte: una «vergine» romana dell’epoca di Clelia.


chapitre 10 :

"La petite porte s’entrouvrit. Quand elle fut entièrement ouverte Ingravallo se trouva en face… d’un visage, d’ces yeux ! étincelants dans la pénombre : Tina Crocchiapani ! « C’est t’elle, c’est t’elle », songea-t-il, non sans un battement de cœur composite : la magnifique servante des Balducci, des éclairs noirs sous les cils très noirs où la lumière albane s’emmêlait, s’effrangeait en s’irisant (la nappe blanche, les épinards) depuis les cheveux noirs torsadés sur le front presque de la main de Raphaël et depuis les boucles d’oreilles bleutées, se balançant à ses lobes et ses joues : et ce sein ! auquel Foscolo eût conféré le diplôme de sein comble, dans une de ses poussées troubadourico-mandrilles qui l’ont immortalisé en Briance. Au déjeuner chez les Balducci, chez madame Liliana ! Le champ de la déesse noire et taciturne, désormais, pour elle, Liliana, si cruellement séparée des choses, des lumières et des apparences du monde ! Et celle-ci, c’était elle, celle qui (le sentier du temps se perdait) en lui présentant sur l’ovale ample et maladroitement incliné du plat tout le gigot, tout le syncrétisme rognonisant d’un mets de chevreau, ou bien de pièces d’agneau en morceaux ou autres, avait laissé rouler sur la candeur de la nappe immaculée, parmi l’argenterie et le cristal, d’un calice, ou non, d’un verre, un flocon d’épinards : recevant, de la part de madame Liliana, le rappel affligé d’un regard, d’un prénom : « Assunta ! » Tina, le visage sévère comme l’autre fois, un peu pâle, mais avec une inflexion d’égarement dans les yeux, le regarda pourtant avec fierté, parut se ressaisir [...]."

La porticina si dischiuse. Quando fu aperta al tutto Ingravallo si trovò di faccia... un viso, un par d’occhi! nella penombra lustravano: la Tina Crocchiapani! «È issa, è issa,» meditò non senza un batticuore composito: la stupenda serva dei Balducci, con lampi neri sotto le ciglia nerissime dove la luce albana s’impigliava, si diffrangeva iridandosi (la tovaglia bianca, spinaci) dai capelli avviluppati neri su la fronte quasi ad opera del Sanzio, dalle azzurre, ai lobi e sulle guance, dondolanti scioccaje : con quel seno! a che il Foscolo avrebbe conferito diploma di sen colmo, in un accesso trubadorico-mandrillo, di quelli che lo hanno fatto immortale in Brianza. A cena dai Balducci, dalla signora Liliana! Il campo della dea nera e silente, per lei, ch’era stata così crudelmente separata dalle cose, dalle luci e dalle parvenze del mondo! E costei, costei era quella, quella il sentiero del tempo si smarriva) che al presentargli sull’ovale ampio e mal proclive del piatto tutto il cosciotto, tutto il rognoneggiante sincretismo di una portata di capretto, o d’abbacchio a pezzi che fosse, avea lasciato rotolare sul candore tra gli argenti e i cristalli, d’un calice, o no, d’un bicchiere, il batuffolo di spinaci: avendone, dalla signora Liliana, quel richiamo accorato d’uno sguardo, d’un nome: «Assunta!» La Tina, col suo volto come altra volta severo, un po’ pallido, ma con un’inflessione di smarrimento negli occhi, lo guardò tuttavia fieramente, gli parve si riprendesse [...]


mercredi 18 août 2021

Gadda (le 'je')

Gadda, La Connaissance de la douleur, première partie, chap. 3, trad. Bonalumi et Wahl :

"[...] c’est alors que le Je se détermine, avec sa belle monade sur l’occiput, comme une câpre superposée à l’anchois roulé qui couronne la tranche de citron, dont une côtelette viennoise s’orne : alors : c’est alors, justement, à cet instant précis, que surgit la grosse asperge du Je : pimpant : en érection : empanaché d’attributs en tous genres : violacé, emplumé, bandé et turgescent : comme un dindon : dans une roue de diplômes ingénieuriaux, de titres équestres : saturé de gloires familiales : plus chargé de quincaillerie et de coquilles de moules qu’un griot [...]."


... allora... è allora che l’io si determina, con la sua brava mònade in coppa, come il càppero sull’acciuga arrotolata sulla fetta di limone sulla costoletta alla viennese... Allora, allora! È allora, proprio, in quel preciso momento, che spunta fuori quello sparagone d’un io... pimpante... eretto... impennacchiato di attributi di ogni maniera... paonazzo, e pennuto, e teso, e turgido... come un tacchino... in una ruota di diplomi ingegnereschi, di titoli cavallereschi... saturo di glorie di famiglia... onusto di chincaglieria e di gusci di arselle come un re negro...

[en VO il n'y a pas de majuscule à 'io"] 


jeudi 22 juillet 2021

Gadda (repas)

Gadda, La Connaissance de la douleur, deuxième partie, chapitre 2 (chap. 6 en VO), traduction Bonalumi et Wahl :

"La sarabande famélique tourbillonnait sous les globes électriques que balançait le pampero, parmi les myriades de siphons de Seltz. La lumière du monde à l’envers* buvait ses foules uricémiques, parfumeurs à la merci du Progrès, urètres nivelés par l’eau de Seltz, « ¡ Mozo, tráigame otro sifón ! »**. Une joyeuseté imbécile animait tous ces faciès ; les dames, comme on se gratte une acné, avec des gestes de guenons entre les mains desquelles seraient tombées quelques cacaruettas, se repoudraient à chaque plat : de rouge au ragoût. Et tous d’espérer : d’espérer : dans la joie. Et ça débordait de confiance en soi. À moins qu’important, ça ne se taise. Derrière une table de travail ; le torse bombé, le buste droit ; cartonné dans l’accessoire amidonné d’un smoking comme dans l’emplâtre et la surturgescence des certitudes et de la réalité biologiques. De loin en loin, ils faisaient pisser un siphon : le récipient virilement mictif conférant à la main du désœuvré son quantum de poids. Puis se gargarisaient, barytonaux et glabres, au collutoire des souvenirs : se glorifiant de nuits imaginaires et faisant lucre de la revente de diamants (qui jamais n’avaient existé) : tandis que se fermait le visage fallace des femmes, sur une vérité de chasse aux oiseaux."

* (hémisphère sud)

** (Garçon, apportez-moi un autre siphon !)


La sarabanda famelica vorticava sotto i globi elettrici dondolati dal pampero, tra miriadi di sifoni di seltz. La luce del mondo capovolto si beveva le sue folle uricemiche, profumieri in balìa del Progreso, uretre livellate dallo seltz. «¡Mozo, tráigame otro sifón!». Una giuliva bischeraggine animava le facce di tutti; le donne, come si grattassero un’acne, o con gesti di bertucce cui sia data tra mano alcuna cacaruetta,[25] si davan la cipria a ogni piatto: mangiavano minestrone e matita. E tutti speravano, speravano, giulivi. Ed erano pieni di fiducia. Oppure, autorevoli, tacevano. A tavolino; petto in fuori, busto eretto; incartonati nell’arnese d’amido dello smoking quasi nel cerotto e nel turgore supremo della certezza e della realtà biologica. Di quando in quando facevano pisciare i sifoni: e il sifone virilmente mingente conferiva alla mano del disoccupato una tal quale gravità. E si gargarizzavano, baritonali, glabri, col collutorio dei ricordi: vantando immaginarie notti e lucri di diamanti rivenduti: (ma non mai esistiti): taceva, il viso-bugia della femmina, circa l’aucupio vero.

lundi 5 juillet 2021

Gadda (miroir)

 

Gadda, Eros et Priape traduction Clerico p. 202-203 : 

"Avant de quitter sa chambrette pour un rendez-vous galant, tout jouvenceau se contemple [...] longuement dans le miroir. Il en prend congé sur un dernier coup de peigne, sur l'assurance d'un dernier coup d'oeil. Avant que d'être Adonis secouru par la déesse, ou Pâris inséré dans une troupe de femelles, au gynécée, tout jouvenceau est par nécessité Narcisse au bord de la fontaine. Tu ne persuades les autres, pardon, je veux dire ces dames, que si tu t'es d'abord persuadé toi-même. Tu vas la dégoûter, l'autre, si tu commences à te prendre toi-même en grippe. Les premiers égards de la gentillesse, de la propreté, de l'hygiène, de la politesse, ils naissent de la nécessité de plaire, de persuader physiquement et moralement une autre personne. Ainsi la charge, je dirai même la fonction autoérotique, la praxis du miroir, prélude-t-elle selon un jeu nécessaire, prélude-t-elle immanquablement à la praxis d'amour. Ainsi l'élégance est-elle surtout le fait des jeunes. Et le jeune tu peux le voir chercher son reflet non pas tant dans la glace que (et comment !) dans les réactions psychiques des gens qui l'entourent, ou de l'agora ou de l'aréopage devant lesquels il devra comparaître."


Prima di dipartirsi di sua cameretta verso il convegno d'amore, ogni giovine si rimira lungamente nello specchio. Se ne congeda con un ultimo colpo di pettine, con uno sguardo assecurativo. Prima di essere Adone soccorso dalla dea, o Paride imbrancato tra le femine, in nel gineceo, ogni giovine è necessitatamente Narcisso in riviera di fontana. Tu persuadi agli altri, mi sbaglio, alle altre, se prima hai persuaso a te stesso. Tu moverai a schifo l'altra, se prima avrai movuto ad uggia te stesso. I primi riguardi della gentilezza, della pulitezza, della igiene, del garbo e' nascono dalla necessità di piacere, di persuadere fisicamente e moralmente ad altra. Così la carica, anzi dirò la funzione autoerotica, la prassi dello specchio, prelude secondo un giuoco

necessario, prelude inderogabilmente alla prassi d'amore. Così la eleganza è soprattutto de' giovini. E il giovine te tu lo vedi a specchiarsi non tanto nel vetro, quanto e ben più nelle reazioni psichiche della gente che lo circonda, o dell'agorà o dell'areopago innanzi a' quali avrà da comparire.

samedi 3 juillet 2021

Gadda (philosophe)

 

Gadda, Eros et Priape traduction Clerico p. 213 

"Pas question que le narcissiste puisse être philosaphe, ou se constituer disciple de philosaphes à l'école d'Athènes. La première faculté du philosaphe c'est l'aptitude à surmonter (lat. transcendere), à oublier la situation et les limites (biophysiques, historiques) de son avantage personnel. Bâtir des systèmes philosophiques sur sa propre complexion glandulaire, c'est-à-dire faire de sa thyroïde ou de ses surrénales le mécanisme impulseur du monde, constituer son nombril en axe, en pivots du monde, ce n'est pas une opération philosophique. Allez, va : un tempérament spéculatif, je te l'accorde, une tendance dirais-je innée et germinale à voir couci plutôt que couça, à sentir, à comprendre, à « imaginer » le monde d'après une nécessité ou une discipline à toi : je te concède un « style », un magistère philosophique libre et à toi : mais je ne te permets pas de me faire, avec ton « tu », en guise de causette philosophique à tes disciples, un rideau de fumée pour cacher ta bosse et tes larcins : eh oui, euh, euh, euh."


La prima facultà del filosafo è l'attitudine a valicare (lat' transcendere), a dimenticare la posizione e i limiti (biofisici, storici) del proprio personale vantaggio. Il costruire sistemi filosofici sulla propria indole ghiandolare, cioè aventi la propria tiroide o le surrenali a meccanismo impulsore del mondo, il suo costituire il proprio bellìco a perno del mondo, a pivot, non è operazione filosofica. Vien via: un'indole speculativa te la concedo, una tendenza direi innata e germinale a veder così piuttosto che cosà, a sentire, a capire, a "immaginare" il mondo giusta una necessità o una disciplina tua propia : ti concedo uno "stile", un magistero filosofico libero e tuo : ma non che tu mi facci, del "tu", filosofico verbiloquio ai discepoli, una cortina fumogena da nasconder la tu' gobba e i furtarelli tua: eh, bè, bè, bè...


dimanche 9 mai 2021

Gadda (phobies)

 Gadda, Quand le Girolamo a fini... in L'Adalgisa (traduction Manganaro) :

"La Maria, au service de donna Elsa depuis plus de deux ans, avait commencé, juste au moment de la séparation définitive d’avec Girolamo, à accuser certains malaises rhumatismaux, conséquents, c’était hors de doute, à l’humidité de l’évier : où elle vaquait des heures interminables, pauvre choute ! en un abandon plein de fantasmes hétéroclites, de dégoûts chichiteux. Elle se méfiait, en général, des fruits non connus, ou d’une boule de chou-fleur : elle frissonnait pour une épluchure comme pour un scorpion, ou devant certaines pelures, certaines croûtes de gorgonzola : d’un peu de gorgonzola dans le buffet, elle était spasmodiquement friande, au point qu’elle en avait des sécrétions salivaires et des contractions gastriques anticipées, rien qu’à l’idée, mais elle éprouvait ensuite, et à contresens, un effroi totalement inhibiteur, que j’appellerai anthropomorphique, comme s’il s’était agi d’un œil d’Ivan le Terrible thésaurisé dans le garde-manger. Le cou d’un poulet lui donnait des vertiges : elle refusait de toucher aux barbillons d’un dindon : ainsi qu’aux abattis des deux : la viscosité violacée d’une anguille, certains vendredis, lui inspirait la même horreur qu’un serpent."


La Maria, da più che un paio d'anni al servizio di donna Elsa, proprio in quei giorni del definitivo distacco del Girolamo, aveva principiato ad accusare certi disturbi reumatici, conseguenti, è indubbio, all'umidità dell'acquaio: dove soleva accudire le ore interminabili, povero fusto! in un abbandono pieno di eteròcliti fantasmi, di schifiltosi ribrezzi. Diffidava, in generale, dei frutti non conosciuti, d'una palla di cavolfiore: rabbrividiva d'una buccia come d'uno scorpione, o a certi pellecchi, a certe croste di gorgonzola: d'un po' di gorgonzola in credenza era spasmodicamente ghiotta, tanto da averne secrezioni salivari e contrazioni gastriche anticipate solo all'idea, ma ne pativa poi viceversa uno sgomento che dirò antropomorfico, totalmente inibitivo, quasi d'un occhio di Ivan il Terribile tesaurizzato in credenza. Il collo del pollo le dava le vertigini: i bargigli del tacchino si rifiutava di toccarli: e le regaglie di tutt'e due, poi: la violacea viscidità d'un'anguilla, certi venerdì, le incuteva l'orrore del serpente. 


lundi 3 mai 2021

Gadda (incipit x 5)

 Gadda, Quer pasticciaccio brutto de via Merulana 1957 (incipit)

"Tutti oramai lo chiamavano don Ciccio. Era il dottor Francesco Ingravallo comandato alla mobile : uno dei più giovani e, non si sa perché, invidiati funzionari della sezione investigativa : ubiquo ai casi, onnipresente su gli affari tenebrosi. Di statura media, piuttosto rotondo della persona, o forse un po’ tozzo, di capelli neri e folti e cresputi che gli venivan fuori dalla metà della fronte quasi a riparargli i due bernoccoli metafisici dal bel sole d’Italia, aveva un’aria un po’ assonnata, un’andatura greve e diniccolata, un fare un po’ tonto come di persona che combatte con una laboriosa digestione : vestito come il magro onorario statale gli permetteva di vestirsi, e con una o due macchioline d’olio sul bavero, quasi impercettibili però, quasi un ricordo della collina molisana. Una certa praticaccia del mondo, del nostro mondo detto latino, benché giovine (trentacinquenne), doveva di certo avercela : una certa conoscenza degli uomini : e anche delle donne."


écouter (et voir) cet incipit, merveilleusement rendu par Fabrizio Gifuni :

https://www.youtube.com/watch?v=CjwmQc6pPhU



 GaddaL'affreux Pastis de la rue des merles, traduction Louis Bonalumi (1963), incipit : 

[débute étrangement par un membre de phrase prélevé quelques lignes plus bas dans l'original, souligné ci-dessous]


"Étourdissant d'ubiquité, omniprésent à chaque ténébreuse affaire. Tous désormais l'appelaient don Ciccio, de son vrai nom Francesco Ingravallo, détaché à la "mobile", un des plus jeunes fonctionnaires du bureau des enquêtes, et des plus jalousés, Dieu sait pourquoi. La taille moyenne, assez rebondi de sa personne, ou bien peut-être un tantinet courtaud, le cheveu noir, dru et crépu, enraciné jusqu'à mi-front — comme pour protéger ses bosses métaphysiques exposées au bel astre du ciel d'Italie — il avait l'air un peu ensommeillé, l'allure appesantie et nonchalante, le geste vaguement balourd du particulier qui combat une digestion laborieuse. Pour le reste, vêtu selon les disponibilités d'un traitement cachexique, avec en sus, au revers du veston, deux ou trois mouchetures d'huile, mais presque imperceptibles, presque en souvenir de son Molise natal. Sans doute devait-il posséder, quoique jeune encore (trente-cinq ans), une certaine routine de notre monde dit "latin", une certaine expérience des hommes, et des femmes." 



 GaddaL'affreuse Embrouille de via Merulana, traduction Jean-Paul Manganaro (2016), incipit :


"Tous l’appelaient désormais don Ciccio. C’était le dottor Francesco Ingravallo détaché à la garde mobile : l’un des fonctionnaires les plus jeunes et, on ne sait pourquoi, jalousés du bureau des enquêtes : doué d’ubiquité, omniprésent dans les affaires ténébreuses. De taille moyenne, plutôt replet de sa personne, ou peut-être un peu trapu, les cheveux noirs, touffus et crépus qui semblaient sortir à mi-hauteur de son front, comme pour abriter du beau soleil d’Italie ses deux bosses métaphysiques, il avait un air un peu somnolent, une allure lourde et indolente, la façon d’agir un peu niaise de quelqu’un qui lutte avec une digestion laborieuse : habillé comme le maigre traitement de l’État le lui permettait, et avec une ou deux petites taches d’huile sur le col, presque imperceptibles cependant, comme un souvenir des collines de son Molise. À coup sûr, bien que jeune encore (trente-cinq ans), il avait une certaine pratique routinière du monde, de notre monde dit "latin" : une certaine connaissance des hommes : et aussi des femmes."



 GaddaThat Awful Mess On The Via Merulana, traduction William Weaver (1965), incipit :


"Everybody called him Don Ciccio by now. He was Officer Francesco Ingravallo, assigned to homicide ; one of the youngest and, God knows why, most envied officials of the detective section : ubiquitous as the occasion required, omnipresent in all tenebrous matters. Of medium height, rather rotund as to physique, or perhaps a bit squat, with black hair, thick and curly, which sprang forth from his forehead at the halfway point, as if to shelter his two metaphysical knobs from the fine Italian sun, he had a somnolent look, a heavy, lumbering walk, a slightly dull manner, like a person fighting a laborious digestion ; dressed as well as his slender government salary allowed him to dress, with one or two little stains of olive oil on his lapel, almost imperceptible however, like a souvenir of the hills of his Molise. A certain familiarity with the ways of the world, with our so-called "Latin" world, though he was young (thirty-five), must have been his : a certain knowledge of men : and also of women."



mercredi 21 avril 2021

Gadda + Proust (salive)

 Gadda, L'affreuse Embrouille de via Merulana, traduction Montanaro, chapitre VII : 

"Dans la bouche édentée, l’trou, noir : d’où, entre un mot et l’autre, elle resuçait en dedans la salive déjà déversée, avec une sorte de sifflement moite où ensuite les « er » barbotaient à rebours, comme quelqu’un qui, jeté là par la déferlante, serait emporté en arrière par le ressac. Une hésitation de petites bulles, très suaves, au bord des lèvres, accompagnait la récupération : que peu après, d’un soudain coup de faux, la pointe écarlate et acérée de la langue se chargeait de perfectionner. "


"Nella bocca senza denti er bucio, nero: da cui, tra verbo e verbo, ella risucchiava dentro la già erogata saliva, con una specie di sibilo un po’ umidiccio dove poi gli erre sguazzavano a ritroso, come chi, buttato là dal frangente, sia travolto indietro dalla risacca. Un indugio di piccole, soavissime bulle, sui labbri, accompagnava il ricupero: che con una repentina falciata, poi poco dopo, il-vertice acuminato e scarlatto della lingua s’incaricava di perfezionare".



Proust, Sodome et Gomorrhe : 

 "Elle avait deux singulières habitudes qui tenaient à la fois à son amour exalté pour les arts (surtout pour la musique) et à son insuffisance dentaire. Chaque fois qu'elle parlait esthétique ses glandes salivaires, comme celles de certains animaux au moment du rut, entraient dans une phase d'hypersécrétion telle que la bouche édentée de la vieille dame laissait passer au coin des lèvres légèrement moustachues, quelques gouttes dont ce n'était pas la place. Aussitôt elle les ravalait avec un grand soupir, comme quelqu'un qui reprend sa respiration. Enfin s'il s'agissait d'une trop grande beauté musicale, dans son enthousiasme elle levait les bras et proférait quelques jugements sommaires, énergiquement mastiqués et au besoin venant du nez. [...] – Ah ! on voit que Mademoiselle aime les arts », s'écria Mme de Cambremer qui, en poussant une respiration profonde, résorba un jet de salive."

Gadda (causalité)

 Gadda (C.-E.), L'affreuse Embrouille de la via Merulana [1957], traduction Montanaro [2016] chap. 1 : 

« [...] [D]ans sa sagesse il interrompait parfois sommeil et silence pour énoncer quelques idées d’ordre théorique (idées générales, bien entendu) sur les affaires des hommes : et des femmes. À première vue, c’est-à-dire à première ouïe, on aurait dit des banalités. Ce n’étaient pas des banalités. Aussi, ces énoncés rapides, qui produisaient sur sa bouche le crépitement soudain d’une allumette illuminatrice, revivaient ensuite dans les tympans des gens, à des heures ou des mois de distance de leur énonciation : comme après un temps mystérieux d’incubation. « Eh oui ! reconnaissait l’intéressé, le dottor Ingravallo me l’avait pourtant dit. » Il soutenait, entre autres choses, que les catastrophes inopinées ne sont jamais la conséquence ou l’effet, si l’on préfère, d’un motif unique, d’une cause au singulier : mais elles sont comme un tourbillon, un point de dépression cyclonique dans la conscience du monde, vers lequel ont conspiré toute une multiplicité de mobiles convergents. Il disait aussi nœud ou enchevêtrement, ou grabuge, ou gnommero, embrouille, qui en dialecte veut dire pelote. Mais le terme juridique « les mobiles, le mobile » s’échappait de préférence de sa bouche : presque contre son gré, semblait-il. La conviction qu’il fallait « réformer en nous le sens de la catégorie de cause » tel que nous le tenions des philosophes, d’Aristote ou d’Emmanuel Kant, et remplacer la cause par les causes, était chez lui une conviction centrale et persistante : une fixation, quasiment : qui s’évaporait de ses lèvres charnues, mais plutôt blanches, au coin desquelles flageolait un mégot éteint qui semblait accompagner la somnolence du regard et le quasi-rictus, entre l’amer et le sceptique, qu’il avait coutume de laisser exprimer selon une « vieille » habitude à la partie inférieure de son visage, sous le sommeil du front et des paupières et le noir de poix de la tignasse. »


Gadda (C.-E.), Quer pasticciaccio brutto de Via Merulana, chap. 1 : 

« [...] [N]ella sua saggezza interrompeva talora codesto sonno e silenzio per enunciare qualche teoretica idea (idea generale s’intende) sui casi degli uomini : e delle donne. A prima vista, cioè al primo udirle, sembravano banalità. Non erano banalità. Così quei rapidi enunciati, che facevano sulla sua bocca il crepitio improvviso d’uno zolfanello illuminatore, rivivevano poi nei timpani della gente a distanza di ore, o di mesi, dalla enunciazione : come dopo un misterioso tempo incubatorio. «già !» riconosceva l’interessato : «il dottor Ingravallo me l’aveva pur detto.» Sosteneva, fra l’altro, che le inopinate catastrofi non sono mai la conseguenza o l’effetto che dir si voglia d’un unico motivo, d’una causa al singolare : ma sono come un vortice, un punto di depressione ciclonica nella coscienza del mondo, verso cui hanno cospirato tutta una molteplicità di causali convergenti. Diceva anche nodo o groviglio, o garbuglio, o gnommero, che alla romana vuol dire gomitolo. Ma il termine giuridico «le causali, la causale» gli sfuggiva preferentemente di bocca : quasi contro sua voglia. L’opinione che bisognasse «riformare in noi il senso della categoria di causa» quale avevamo dai filosofi, da Aristotele o da Emmanuele Kant, e sostituire alla causa le cause era in lui una opinione centrale e persistente : una fissazione, quasi : che gli evaporava dalle labbra carnose, ma piuttosto bianche, dove un mozzicone di sigaretta spenta pareva, pencolando da un angolo, accompagnare la sonnolenza dello sguardo e il quasi-ghigno, tra amaro e scettico, a cui per «vecchia» abitudine soleva atteggiare la metà inferiore della faccia, sotto quel sonno della fronte e delle palpebre e quel nero piceo della parrucca.  »


dimanche 5 juillet 2020

Goethe + Novalis + Valéry + Gadda (désirs)


  Goethe, Poésie et vérité : 
"Nos désirs sont les pressentiments des facultés qui sont en nous, les avant-coureurs de ce que nous sommes en état de faire ; ce que nous pouvons et désirerions être se représente à notre imagination hors de nous et dans l'avenir : nous aspirons à ce que nous possédons déjà secrètement. Ainsi, une prévision passionnée [Sehnsucht] transforme une possibilité véritable en une réalité imaginaire. Du moment que cette tendance existe nettement dans notre nature, à chaque degré de notre développement, une partie de notre primitif désir s'accomplit, en ligne droite si les circonstances sont favorables, et, si elles sont contraires, par un détour, d'où nous nous écartons toujours pour redresser notre chemin..."

  Novalis, Grains de pollen § 14 (trad. Margantin) :
"Comment un homme peut-il avoir du sens pour quelque chose s’il n’en n’a pas le germe en lui ? Ce que je dois comprendre doit se développer organiquement en moi ; et ce que j’ai l’air d’apprendre n’est que nourriture, incitation de l’organisme."  

  Valéry, Eupalinos Pléiade t. 2 p. 114 : 
« Rien ne peut nous séduire, rien nous attirer ; rien ne fait se dresser notre oreille, se fixer notre regard ; rien, par nous, n'est choisi dans la multitude des choses, et ne rend inégale notre âme, qui ne soit, en quelque manière, ou préexistant dans notre être, ou attendu secrètement par notre nature. Tout ce que nous devenons, même passagèrement, était préparé. »

  Gadda, Au parc, un soir de mai, in L'Adalgisa, Seuil :
"[...] la goethéenne Gelegenheit, qui postule une pré-efficience et pré-existence réceptive de l’esprit - en amour, donc, une disponible valence ?"

mercredi 1 janvier 2020

Gadda (avoir)


Gadda, Le château d’Udine (trad. Clerico) : 
« Il est certain que nous, femmes ou hommes, nous nous prenons d'amour pour les objets possédés, achetés |...| et les considérons une partie de nous-mêmes et mettons sur eux la main paternelle et agrippante de l'orgueil et de la vantardise narcissique et nos tétons se dressent à l'idée de les savoir nôtres, c'est-à-dire presque inhérents à notre chair. Notre cervelle-utérus ou cerveau-queue (selon les cas) les interprète et les sent comme un prolongement, une augmentation de notre propre personne biophysique et très probablement de notre propre appareil pour notre vie relationnelle.  […] Le narcissique et imbécile, ne possédant rien d'autre, désire avec concupiscence et caresse et jouit à l'idée de posséder et de faire sienne une idée, une idée, idée une, ou même une simple phrase, qui est, dans le monde des idées vraies, une phrase inepte. »