Affichage des articles dont le libellé est Camilleri. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Camilleri. Afficher tous les articles

mercredi 28 janvier 2026

Camilleri ("rates agriffantes")

CamilleriLa Reine de Poméranie, nouvelle éponyme,  chap 2 : 

"Trois personnes seulement virent arriver l’épouse du consul et sa femme de chambre. Les deux femmes étaient les seules passagères du train de minuit en provenance de Palerme. Le marquis les attendait sur le quai et avait retenu deux voitures. L’une était pour la femme de chambre et une grosse malle, l’autre pour le marquis et sa dame.

Mais le lendemain matin, devant les passagers en partance, le chef de gare s’étendit ni peu ni assez sur la beauté des deux voyageuses, blondes, les yeux bleus, jeunes, l’épouse du marquis ayant trente ans toute mouillée et sa femme de chambre pas plus de vingt.

« Il faisait nuit, mais quand elles sont descendues du train, on aurait dit que le soleil se levait », conclut le chef de gare encore bauché en place.

Le récit des deux cochers en rajouta une louche. Celui qui avait conduit la femme de chambre raconta que le cheval lui-même en la voyant avait hissé pavillon, que la jolie petite rate avait apinché l’outil dont était doté le quadrupède et s’était mise à rire. Celui qui avait conduit le couple dit qu’il lui avait suffi de voir monter et descendre l’épouse de voiture pour ne plus fermer l’œil de la nuit.

En moins de deux, toute la population fut informée de la présence à Vigàta de deux jolies rates si agriffantes qu’elles apportaient le paradis sur terre."


samedi 14 janvier 2023

Camilleri (theâtre)

Camilleri, L'opéra de Vigáta, chap. En entreprenant de raconter… : 

"Mes paroissiens très chers dans le sein du Seigneur […] sant’Austinu, saint Augustin, qui pourtant avait été du genre à faire une mauvaise vie, qui allait dans les bordels avec des femmes sales et se saoulait comme un cochon, sant’Austinu, donc, raconte qu’une fois, à Carthage, qui est un pays pas loin d’ici, vers l’Afrique, une fois il rentra dans un thriâtre et vit la raprésintation de femmes et d’hommes nus qui faisaient des choses dégueulasses et quand il s’en retourna à la maison, il ne put pas trouver le sommeil de toute la nuit, tellement il était enragé ! Et je veux vous raconter aussi une chose que raconte Tertullien, qui n’est pas une crotte de bique mais une très grosse tête. Il raconte, Tertullien, qu’une fois une femme dévote, honnête et bonne mère de famille, s’entêta à tout prix à aller au thriâtre. Ni le mari, ni le père, ni la mère, ni les fils n’y purent rien. La femme testarde regarda le spictacle, mais quand elle en sortit, elle était plus la même. Elle jurait, disait des gros mots, voulait que tous les mâles qu’elle rencontrait dans la rue la trombinent en pleine rue. Par la force, le père et ses fils la portèrent à la maison et appelèrent vite le curé. Le prêtre baigna d’eau bénite la femme et dit au diable d’en sortir. Et vous savez ce qu’il répondit, le diable.

«Toi, le curé, te mêle pas d’une chose qui m’appartient ! Moi, cette femme, je me la suis prise parce que de sa propre volonté elle est venue dans ma maison à moi, qui est le thriâtre ! »

Et la femme mourut damnée parce que le saint curé n’y put rien."