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mardi 30 novembre 2021

Boudard + Galey (Aragon)

Aragon vu par 


Boudard (Alphonse), L’Éducation d’Alphonse : 

"Aragon, lui, en tout cas ne donne pas dans le genre loquedu. Je m’attendais presque à le voir arriver à vélo, avec les pinces au bas du false… col roulé et pourquoi pas une gapette sur la tronche. Erreur de pronostic, il entre et ça me paraît une sorte de banquier, de notable richissime. Bada Eden… un manteau droit… un col, il me semble, dur… une cravate en soie à rayures. Rien du travailleur tel que le Parti le célèbre. Aucune fantaisie vestimentaire non plus."

sur le chapeau "Eden" :

https://jaimelesmots.com/le-homburg-le-eden-ou-le-chapeau-du-parrain/


Galey (Matthieu), Journal 1953-1973, p. 282 (29-XI-1963) : [déjà mis en ligne le 31 déc. 2019]

"Au Masque et la Plume : Aragon. Il est venu réciter des passages de son prochain livre, Le Fou d'Elsa. Beau, avec le profil net, les cheveux bien blancs ; le complet croisé bleu sombre : un P-DG. Il dit quelques mots : précieux, un tantinet poseur. Puis il s'installe et se met à déclamer - oui, déclamer ! - pire que Malraux (plus Comédie-Française), enflant la voix au rythme des vers, victorhuguesque, ridicule. Les vieilles dames un peu réticentes - un communiste ! - ne tardent pas à se pâmer, reconnaissant un des leurs : un poète du XIX°. Evtouchenko lui a tourné la tête... Kanters chuchote : 'On se croirait chez Mme de Bargeton !' 

Seule dans une loge, Elsa, l'œil mi-clos, hume cet encens. Tandis que Bastide, bras croisés, tête basse, adopte l'attitude d'un croyant à l'élévation. Cabotin ou sincère ?"

 

dimanche 1 août 2021

Aragon (2 phrases)

Aragon, La Semaine sainte 


[extr. chap V] : 

"Mais de ce qui, pour un général Maison comme pour un élève des collèges impériaux, pour les badauds du boulevard du Temple ou les spéculateurs de la Bourse, un valet d’écuries à Versailles ou le peintre Théodore Géricault –, de ce qui, malgré le mythe de l’Empire, les préfets et les garnisons, demeurait pour tous la frontière de la France, jusqu’à cette ville qu’il suffit aux envahisseurs de serrer dans leur main pour arrêter toute circulation dans le grand corps français, de la frontière à Paris, on n’avait eu ni le temps, ni l’affreux sang-froid de rien voir, sous les nouvelles contradictoires et précipitées de l’avance alliée, les victoires de dernière heure, triomphalement annoncées par les journaux, les regards égarés jetés de la Champagne aux Flandres, l’incertitude du coup principal, l’orgueil traqué soudain qui cède."


[début du chap. VII] :  

"Tandis que le Duc de Richelieu explique à Marmont comment il est devenu étranger à son propre pays et lui parle de la Russie méridionale où il a vécu onze ans, Charles, Baron Fabvier, l’aide-de-camp du maréchal, dans les combles de la préfecture où on lui a installé un lit, dort éperdument, couché sur le ventre, les bras en croix, de tout son poids de géant, et rêve de la Perse où il faisait, de cette main qui pend le long du drap, de ces muscles abîmés dans la fatigue de dix-huit lieues à cheval d’une traite, des canons pour le Schah, les coulant lui-même dans le sable, au fond de cette espèce de forge de Vulcain, il s’y revoit, dans ses gros yeux clos à fleur de tête, aidé de trois gaillards à la tête rasée, pour que de ces canons-là les Persans, envahissant la Géorgie, aillent tirer contre les troupes commandées par Armand-Emmanuel de Richelieu, gouverneur de Nouvelle-Russie."