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samedi 22 février 2025

Mauriac (paradis perdu)

Mauriac, Nouveaux Mémoires intérieurs XIII p. 172-173 : 

"Le feu, la lecture, le silence, la paix, tout cela participait d'une certaine chambre, « la chambre de maman ». Il m'arrive d'identifier un objet que je me souviens d'y avoir vu, une chaise ou une table qui y furent immergées. Je m'étonne qu'ils n'aient rien gardé de leur séjour au fond de l'océan. Ces meubles sont pareils à tous les meubles. Moi seul je sais de quel mystère ils furent témoins. Il me semble qu'au long de toute ma vie j'aurai essayé de rebâtir ce premier nid avec n'importe quoi."


jeudi 14 janvier 2021

Mauriac (nuit de noces)

Mauriac, Le Baiser au lépreux Livre de Poche p. 63 : 

« La chambre de cette maison de famille d'Arcachon était meublée de faux bambou. Nulle étoffe ne dissimulait les ustensiles sous la toilette, et des moustiques écrasés souillaient le papier de la tenture. Par la fenêtre ouverte, l'haleine du bassin sentait le poisson, le varech et le sel. Le ronronnement d'un moteur s'éloignait vers les passes. Dans les rideaux de cretonne, deux anges gardiens voilaient leurs faces honteuses. Jean Péloueyre dut se battre longtemps, d'abord contre sa propre glace, puis contre une morte. A l'aube un gémissement faible marqua la fin d'une lutte qui avait duré six heures. Trempé de sueur, Jean Péloueyre n'osait bouger, - plus hideux qu'un ver auprès de ce cadavre enfin abandonné.

Elle était pareille à une martyre endormie. Les cheveux collés au front, comme dans l'agonie, rendaient plus mince son visage d'enfant battu. Les mains en croix contre sa gorge innocente serraient le scapulaire un peu déteint et les médailles bénites. Il aurait fallu baiser ses pieds, saisir ce tendre corps, sans l'éveiller, courir, le tenant ainsi, vers la haute mer, le livrer à la chaste écume. »