Affichage des articles dont le libellé est Saint-John Perse. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Saint-John Perse. Afficher tous les articles

mardi 6 juin 2023

Saint-John Perse (vents)

Saint-John Perse, Vents [incipit] : 


C'étaient de très grands vents sur toutes faces de ce monde,

De très grands vents en liesse par le monde, qui n'avaient d'aire ni de gîte,

Qui n'avaient garde ni mesure, et nous laissaient, hommes de paille,

En l'an de paille sur leur erre... Ah ! oui, de très grands vents sur toutes faces de vivants !


Flairant la pourpre, le cilice, flairant l'ivoire et le tesson, flairant le monde entier des choses,

Et qui couraient à leur office sur nos plus grands versets d'athlètes, de poètes,

C'étaient de très grands vents en quête sur toutes pistes de ce monde,

Sur toutes choses périssables, sur toutes choses saisissables, parmi le monde entier des choses... 


mercredi 10 juin 2020

Saint-John Perse (La Ville)


Saint-John Perse, Images à Crusoë [1909], Pléiade p. 13 : 


La Ville


L'ardoise couvre leurs toiture, ou bien la tuile où végètent les mousses.

Leur haleine se déverse par le canal des cheminées.

Graisses ! 

Odeur des hommes pressés, comme d'un abattoir fade ! aigres corps des femmes sous les jupes !

O Ville sur le ciel !

Graisses ! haleines reprises, et la fumée d'un peuple très suspect - car toute ville ceint l'ordure.

Sur la lucarne de l'échoppe - sur les poubelles de l'hospice - sur l'odeur de vin bleu du quartier des matelots - sur la fontaine qui sanglote dans les cours de police - sur les statues de pierre plate et sur les chiens errants - sur le petit enfant qui siffle, et le mendiant dont les joues tremblent au creux des mâchoires,

sur la chatte malade qui a trois plis au front,

le soir descend, dans la fumée des hommes...

La Ville par le fleuve coule à la mer comme un abcès...

[…]


mercredi 11 décembre 2019

Saint-John Perse (Pindare)


Saint-John Perse : Lettre à Gabriel Frizeau, Pléiade p. 734 ("23 mars 1908" ; date douteuse ; lettre vraisemblablement "retouchée" pour la Pléiade)
« Je ne sais pourquoi, quand il s’agit de Pindare [...] on est toujours tenté de donner tête basse dans quelque conception moderne du grand lyrisme individuel, à base d’exultation, de jubilation et d’ivresse, qui n’a que faire avec la mesure grecque dans le lyrisme choral. [...] La poésie grecque, pour un lyrique, n’est point en elle-même un fait de solitude, mais de collectivité, quasi collégiale. Du “Lyrique” grec, nous ne pouvons oublier qu’il est un Coryphée.
Dans l’art contractuel d’un Pindare, la collaboration étroite du récitatif avec le chant, avec la danse même ou l’ambulation du chœur, l’astreint d’emblée à une triple discipline. [...] ”Ivresse pindarique” : ivresse du nombre et des clés musicales - toutes clés maniées comme des vannes, pour une irrigation sonore qui semble plus qu’une distribution verbale [...] s’il sait, ou s’il a su, ce que c’est que d’être réellement ivre, il n’écrit qu’un heure après l’avoir été […]. »