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lundi 29 avril 2024

Proust (H. Godard)

Godard (Henri), A travers Céline, la littérature, chapitre "D'un roman l'autre" : 

"Dans Proust, j’en étais venu à trouver parfois longues certaines pages qui multipliaient à l’infini les hypothèses explicatives d’un geste ou d’une réaction. Il me fallait faire effort pour les suivre dans le détail (« soit que... soit que... soit encore que... ») en saisissant la logique de chacune sans perdre de vue le geste ou la réaction qu’elles étaient censées expliquer. Puis venait le moment où, ayant perdu pied, je renonçais et me contentais de me laisser porter par la progression de la phrase, avec la certitude rassurante qu’elle finirait par se refermer impeccablement sur elle-même."


mardi 14 décembre 2021

Céline + Godard (plurivocalisme)

  Godard (Henri), À travers Céline, la littérature (chap. 'La création à l'œuvre') :
   "On entend parfois dans le parler d’un individu – sa voix – les traces des divers milieux auxquels il a été mêlé dans sa vie. De ce 'plurivocalisme', Céline fait un moyen de création. Si le faire entendre à l’écrit est, comme on l’a soutenu, une des vocations du roman, il accomplit celle-ci comme personne. La variété de ses expériences et son sens de la langue se conjuguent pour faire passer dans le texte à très peu d’intervalle des échos de toutes les voix qu’il a entendues, dont certaines ont été un moment la sienne. Dans la prose segmentée à l’extrême de la seconde moitié de son œuvre, une oreille attentive ne cesse de percevoir, parfois par la seule modulation d’un mot au suivant, un très large spectre de ces voix au milieu desquelles nous vivons sans les entendre."

samedi 30 janvier 2021

Godard (Henri) (génétique littéraire)

 Godard (Henri), Manuscrits de Céline p. 9-10 : 

« Depuis le temps où un homme comme Gœthe commençait à collectionner des manuscrits d'écrivains, l'intérêt pour les esquisses, tant graphiques ou plastiques qu'écrites, n'a cessé de grandir. En dépit de protestations ou de rejets isolés, il n'est plus guère aujourd'hui de lecteurs qui n'aient une curiosité pour la genèse des œuvres qu'ils admirent. Pour quelques-uns qui préfèrent ne les voir que comme de calmes blocs ici-bas chus d'un désastre obscur, nous sommes sans doute infiniment plus nombreux à souhaiter considérer les œuvres dans cette quatrième dimension, le temps, dont Proust affirme vouloir doter les personnages de son roman. L'une des manières d'approfondir la connaissance d'une œuvre qui s'est imposée à nous à la lecture est de chercher à connaître son histoire : le projet initial dont elle est sortie, ses transformations, à quel moment et dans quel ordre par rapport à l'ensemble en formation, de quelle manière et s'il se peut suivant quel mécanisme ou quelle loi, sont apparus les éléments décisifs qui ont emporté notre adhésion, de quelque nature et à quelque échelle que ce soit. »