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mardi 24 septembre 2024

Nietzsche (Wagner / Bovary)

Nietzsche, Le Cas Wagner § 9, traduction H. Albert, 1908  : 

"Le croiriez-vous, toutes les héroïnes de Wagner, sans exception, aussitôt qu’on les a débarrassées de leur affublement héroïque, ressemblent à s’y méprendre à Madame Bovary ! - On comprendra que réciproquement il était loisible à Flaubert de traduire son héroïne en scandinave ou en carthaginois, pour l’offrir ensuite, ainsi mythologisée, pour servir de livret, à Wagner. Oui, tout compte fait, Wagner ne semble pas s’être intéressé à d’autres problèmes qu’à ceux qui intéressent aujourd’hui les petits Parisiens décadents. Toujours à cinq pas de l’hôpital ! Véritables problèmes modernes ! véritables problèmes de grandes villes ! n’en doutez pas !"


Würden Sie es glauben, dass die Wagnerischen Heroinen sammt und sonders, sobald man nur erst den heroischen Balg abgestreift hat, zum Verwechseln Madame Bovary ähnlich sehn ! — wie man umgekehrt auch begreift, dass es Flaubert freistand, seine Heldin in's Skandinavische oder Karthagische zu übersetzen und sie dann, mythologisirt, Wagnern als Textbuch anzubieten. Ja, in's Grosse gerechnet, scheint Wagner sich für keine andern Probleme interessirt zu haben, als die, welche heute die kleinen Pariser décadents interessiren. Immer fünf Schritte weit vom Hospital! Lauter ganz moderne, lauter ganz grossstädtische Probleme! zweifeln Sie nicht daran !…



mercredi 20 mars 2024

Nietzsche (effort)

Nietzsche, Aurore 5-559 :

"RIEN DE TROP ! – Combien souvent on conseille à l’individu de se fixer un but qu’il ne peut pas atteindre et qui est au-dessus de ses forces, pour qu’il atteigne du moins ce que peuvent rendre ses forces sous la plus haute pression. Mais cela est-il vraiment si désirable ? Les meilleurs hommes qui vivent selon ce principe et les meilleurs actes ne prennent-ils pas quelque chose d’exagéré et de contourné, justement parce qu’il y a en eux trop de tension ? Un sombre voile d’insuccès ne s’étend-il pas sur le monde par le fait que l’on voit toujours des athlètes en lutte, des gestes énormes et nulle part un vainqueur couronné et joyeux de sa victoire ?"


jeudi 25 mai 2023

Nietzsche (soupçon)

Nietzsche, Le gai Savoir, trad. Vialatte (1950), Idées-Gallimard, p. 10-11 :

"On travestit inconsciemment les besoins physiologiques de l'homme, on les affuble du manteau de l'objectivité, de l'idéal, de l'idée pure ; on pousse la chose si loin que c'est à faire peur ; et je me suis demandé bien souvent si la philosophie, en gros, n'a pas été jusqu'à ce jour une simple exégèse du corps, une simple méprise du corps. Derrière les plus hautes évolutions éthiques qui ont guidé jusqu'à présent l'histoire de la pensée se cachent des malentendus nés de la conformation physique, soit d'individus, soit de classes, soit enfin de races entières. Les orgueilleuses folies de la métaphysique, les réponses qu'elle donne, notamment, à la question de la valeur de la vie, peuvent toujours être considérées en première ligne comme les symptômes de certaines constitutions physiques ; et si ces belles approbations ou ces belles négations de la vie n'ont pas, scientifiquement, toutes tant qu'elles sont, le moindre atome d'importance, elles n'en fournissent que de plus précieux indices à l'historien et au psychologue, étant, comme nous disions, des symptômes du physique, de ses succès ou de ses échecs, de sa richesse, de sa puissance, de sa souveraineté dans l'histoire, ou, au contraire, de ses refoulements, de ses fatigues, de ses appauvrissements, de son pressentiment de la fin, de sa volonté de finir."


dimanche 11 décembre 2022

Nietzsche (incomplet)

Nietzsche, Humain, trop humain § 199 : 

”L’incomplet comme attrait artistique. 

L'incomplet produit souvent plus d'effet que le complet, notamment dans le panégyrique : pour son propos, on a besoin précisément d'une piquante lacune comme d'un élément irrationnel qui fait miroiter une mer devant l'imagination de l'auditeur et, pareil à une brume, couvre le rivage opposé, par conséquent les bornes de l'objet qu'il s'agit de louer. À citer les mérites connus d'un homme, si on est complet et étendu, on fait toujours naître le soupçon que ce soient là ses seuls mérites. L'homme qui loue complètement se met au-dessus de celui qu'il loue,  il semble le voir de haut. C'est pourquoi le complet produit un effet d'affaiblissement.”


samedi 3 décembre 2022

Nietzsche (Sainte-Beuve)

Nietzsche, Le Crépuscule des idoles § Sainte-Beuve : 

"Il n’a rien qui soit de l’homme ; il est plein de petite haine contre tous les esprits virils. Il erre çà et là, raffiné, curieux, ennuyé, aux écoutes, — un être féminin au fond, avec des vengeances de femme et des sensualités de femme. En tant que psychologue, un génie de médisance ; inépuisable dans les moyens de placer cette médisance ; personne ne s’entend aussi bien à mêler du poison à l’éloge. Ses instincts inférieurs sont plébéiens et parents au ressentiment de Rousseau ; donc il est romantique, – car sous tout le romantisme grimace et guette l’instinct de vengeance de Rousseau. Révolutionnaire, mais passablement contenu par la crainte. Sans indépendance devant tout ce qui possède de la force (l’opinion publique, l’académie, la cour, sans excepter Port-Royal). Irrité contre tout ce qui croit en soi-même. Suffisamment poète et demi-femme pour sentir encore la puissance de ce qui est grand ; sans cesse recoquillé comme ce ver célèbre, parce qu’il sent toujours qu’on lui marche dessus. Sans mesure dans sa critique, sans point d’appui et sans épine dorsale, avec souvent la langue du libertin cosmopolite, mais sans même avoir le courage d’avouer son libertinage. Sans philosophie en tant qu’historien, sans la puissance du regard philosophique, – c’est pourquoi il rejette sa tâche de juger, dans toutes les questions essentielles, en se faisant de « l’objectivité » un masque. Tout autre son attitude en face des choses où un goût raffiné et souple devient juge suprême : là il a vraiment le courage et le plaisir d’être lui-même, – là il est passé maître. – Par quelques côtés, c’est un précurseur de Baudelaire."



mercredi 2 mars 2022

Nietsche + Goethe (génie)

Nietzsche, Humain, trop humain II, § 176 [trad. Desrousseaux, Albert et Kremer-Marietti], Livre de Poche p. 380 : 

"Les porte-parole des dieux. – Le poète exprime les opinions générales et supérieures que possède un peuple, il en est le porte-parole et la flûte, – mais, grâce au mètre et à toutes les autres techniques artistiques, il les exprime de façon que le peuple les prenne pour quelque chose de tout nouveau et de merveilleux, et se figure sérieusement que le poète est le porte-parole des dieux. Enveloppé dans les nuages de la création, le poète lui-même oublie d’où il tient toute sa sagesse intellectuelle – de ses père et mère, des maîtres et des livres de tous genres, de la rue, et surtout des prêtres ; il est trompé par son propre art et il croit vraiment, aux époques naïves, que Dieu parle par sa bouche, qu’il crée dans un état d’illumination religieuse : – tandis qu’en réalité il ne dit que ce qu’il a appris, la sagesse populaire et la folie populaire confondues. Donc : en tant que le poète est véritablement vox populi, il passe pour être vox dei."


Das Mundstück der Götter. – Der Dichter spricht die allgemeinen höheren Meinungen aus, welche ein Volk hat, er ist deren Mundstück und Flöte – aber er spricht sie, vermöge des Metrums und aller anderen künstlerischen Mittel so aus, daß das Volk sie wie etwas ganz Neues und Wunderhaftes nimmt und es vom Dichter allen Ernstes glaubt, er sei das Mundstück der Götter. Ja, in der Umwölkung des Schaffens vergißt der Dichter selber, wo er alle seine geistige Weisheit her hat – von Vater und Mutter, von Lehrern und Büchern aller Art, von der Straße und namentlich von den Priestern; ihn täuscht seine eigene Kunst und er glaubt wirklich, in naiver Zeit, daß ein Gott durch ihn rede, daß er im Zustande einer religiösen Erleuchtung schaffe, – während er eben nur sagt, was er gelernt hat, Volks-Weisheit und Volks-Torheit untereinander. Also: insofern der Dichter wirklich vox populi ist, gilt er als vox dei.


Goethe, Entretiens avec Eckermann [Wikisource] :

"Les Français voient dans Mirabeau leur Hercule, et ils ont parfaitement raison. Mais ils oublient qu’un colosse se compose de fragments, et que l’Hercule de l’antiquité lui-même était un être collectif, qui réunissait sur son nom avec ses exploits les exploits d’autres héros. – Au fond, nous avons beau faire, nous sommes tous des êtres collectifs ; ce que nous pouvons appeler vraiment notre propriété, comme c’est peu de chose ! et, par cela seul, comme nous sommes peu de chose ! Tous, nous recevons d’autrui, tous nous apprenons, aussi bien de ceux qui existaient avant nous que de nos contemporains. Le plus grand génie lui-même n’irait pas loin s’il était obligé de tout prendre en lui-même. Mais beaucoup d’excellentes gens ne comprennent pas cela."




mercredi 9 février 2022

Nietzsche (romantisme)

     Nietzsche, Le Gai savoir (traduction H. Albert, 1901) § 370 :
   La volonté d'éterniser a [...] besoin d'une interprétation double. Elle peut provenir d'une part de la reconnaissance et de l'amour : - un art qui a cette origine sera toujours un art d'apothéose, dithyrambique peut-être avec Rubens, divinement moqueur avec Hafiz, clair et bienveillant avec Goethe, répandant sur toutes choses un rayon homérique de lumière et de gloire (dans ce cas je parle d'art apollinien). Mais elle peut être aussi cette volonté tyrannique d'un être qui souffre cruellement, qui lutte et qui est torturé, d'un être qui voudrait donner à ce qui lui est le plus personnel, le plus particulier, le plus proche, donner à la véritable idiosyncrasie de sa souffrance, le cachet d'une loi et d'une contrainte obligatoires, et qui se venge en quelque sorte de toutes choses en leur imprimant en caractères de feu, son image, l'image de sa torture. Ce dernier cas est le pessimisme romantique dans sa forme la plus expressive, soit comme philosophie schopenhauerienne de la volonté, soit comme musique wagnérienne. 


Der Wille zum Verewigen bedarf [...] einer zwiefachen Interpretation. Er kann einmal aus Dankbarkeit und Liebe kommen: — eine Kunst dieses Ursprungs wird immer eine Apotheosenkunst sein, dithyrambisch vielleicht mit Rubens, selig-spöttisch mit Hafis, hell und gütig mit Goethe, und einen homerischen Licht- und Glorienschein über alle Dinge breitend. Er kann aber auch jener tyrannische Wille eines Schwerleidenden, Kämpfenden, Torturirten sein, welcher das Persönlichste, Einzelnste, Engste, die eigentliche Idiosynkrasie seines Leidens noch zum verbindlichen Gesetz und Zwang stempeln möchte und der an allen Dingen gleichsam Rache nimmt, dadurch, dass er ihnen sein Bild, das Bild seiner Tortur, aufdrückt, einzwängt, einbrennt. Letzteres ist der romantische Pessimismus in seiner ausdrucksvollsten Form, sei es als Schopenhauer’sche Willens-Philosophie, sei es als Wagner’sche Musik.

 

mardi 1 juin 2021

Nietzsche (décadence)

 

Nietzsche, Le cas Wagner § 7 (traduction H. Albert)

"Par quoi toute décadence littéraire est-elle caractérisée ? Par le fait que la vie ne réside plus dans l’ensemble. Le mot devient souverain et fait un saut hors de la phrase, la phrase grossit et obscurcit le sens de la page, la page prend vie au dépens de l’ensemble, — l’ensemble n’est plus un ensemble. Mais c’est là le signe pour tout style de décadence ; à chaque fois anarchie des atomes, désagrégation de la volonté, 'liberté de l’individu', pour parler le langage de la morale, — et pour en faire une théorie politique : 'droits égaux pour tous'. La vie, la même vitalité, la vibration et l’exubérance de la vie refoulées dans les organes les plus infimes, — le reste pauvre de vie. Partout la paralysie, la fatigue, la catalepsie, ou bien l’inimitié et le chaos : l’un et l’autre sautant toujours plus aux yeux à mesure que l’on monte vers les formes supérieures de l’organisation. L’ensemble est du reste entièrement dépourvu de vie : c’est une agglomération, une addition artificielle, un composé factice. —


Womit kennzeichnet sich jede litterarische décadence? Damit, dass das Leben nicht mehr im Ganzen wohnt. Das Wort wird souverain und springt aus dem Satz hinaus, der Satz greift über und verdunkelt den Sinn der Seite, die Seite gewinnt Leben auf Unkosten des Ganzen — das Ganze ist kein Ganzes mehr. Aber das ist das Gleichniss für jeden Stil der décadence: jedes Mal Anarchie der Atome, Disgregation des Willens, „Freiheit des Individuums“, moralisch geredet, — zu einer politischen Theorie erweitert „gleiche Rechte für Alle“. Das Leben, die gleiche Lebendigkeit, die Vibration und Exuberanz des Lebens in die kleinsten Gebilde zurückgedrängt, der Rest arm an Leben. Überall Lähmung, Mühsal, Erstarrung oder Feindschaft und Chaos: beides immer mehr in die Augen springend, in je höhere Formen der Organisation man aufsteigt. Das Ganze lebt überhaupt nicht mehr: es ist zusammengesetzt, gerechnet, künstlich, ein Artefakt. —


rappel : P. Bourget

https://lelectionnaire.blogspot.com/2020/06/bourget-decadence.html


mardi 5 novembre 2019

Nietzsche (pensée et écriture)


Nietzsche, Par-delà bien et mal (trad. C. Heim, O.C. t. VII, Gallimard 1971)  § 296 et dernier : 
« Hélas, mes pensées, qu'êtes-vous devenues, maintenant que vous voilà écrites et peintes ! Il n'y a pas longtemps vous étiez si diaprées, si jeunes, si malignes, pleines de piquants et de secrètes épices qui me faisaient éternuer et rire — et à présent ? Déjà vous avez perdu la fleur de votre nouveauté, et quelques-unes d'entre vous, je le crains, sont en passe de devenir des vérités : elles ont déjà l'air si impérissable, si mortellement inattaquable, si ennuyeux ! Et en fut-il jamais autrement ? Qu'écrivons-nous, que peignons-nous avec nos pinceaux chinois, nous autres mandarins, éterniseurs de choses qui peuvent s'écrire, que sommes-nous capables de reproduire ? Hélas, seulement ce qui va se faner et commence à s'éventer ! Hélas, seulement des orages qui s'éloignent et s'épuisent, des sentiments ternes et tardifs ! Hélas, seulement des oiseaux las de voler, égarés, qui se laissent prendre dans la main - dans notre main ! Nous éternisons ce qui ne peut plus vivre ni voler très longtemps, des choses exténuées et trop mûres ! Et ce n'est que pour votre après-midi, ô mes pensées écrites et peintes, que je possède des couleurs, beaucoup de couleurs peut-être, beaucoup de teintes délicates, cinquante jaunes, bruns, verts, rouges : mais nul, à vous voir, ne devinera votre éclat matinal, étincelles subites et merveilles de ma solitude, mes vieilles, mes chères - mes mauvaises pensées ! »   

trad. H. Albert (1894)
Hélas ! Qu’êtes-vous donc, vous mes pensées écrites et multicolores ! Il n’y a pas longtemps que vous étiez encore si variées, si jeunes, si malicieuses, si pleines d’aiguillons et d’assaisonnements secrets que vous me faisiez éternuer et rire. Et maintenant ! Déjà vous avez dépouillé votre nouveauté et quelques-unes d’entre vous sont, je le crains, prêtes à devenir des vérités : tant elles ont déjà l’air immortelles, douloureusement véridiques et si ennuyeuses ! En fut-il jamais autrement ? Qu’écrivons-nous, que peignons-nous donc, nous autres mandarins au pinceau chinois, nous qui immortalisons les choses qui se laissent écrire, que pouvons-nous donc peindre ? Hélas ! rien autre chose que ce qui commence déjà à se faner et à se gâter ! Hélas ! toujours des orages qui s’épuisent et se dissipent, des sentiments tardifs et jaunis ! Hélas ! des oiseaux égarés et fatigués de voler qui maintenant se laissent prendre avec les mains, — avec notre main ! Nous éternisons ce qui ne peut plus vivre ni voler longtemps, rien que des choses molles et fatiguées ! Et ce n’est que pour votre après-midi, vous mes pensées écrites et multicolores, que j’ai encore des couleurs, beaucoup de couleurs peut-être, beaucoup de tendresses variées, des centaines de couleurs jaunes, brunes, vertes et rouges : — mais personne ne sait y démêler l’aspect que vous aviez au matin, ô étincelles soudaines, merveilles de ma solitude, ô mes anciennes, mes aimées… mes méchantes pensées ! 

VO : Ach, was seid ihr doch, ihre meine geschriebenen und gemalten Gedanken! Es ist nicht lange her, da wart ihr noch so bunt, jung und boshaft, voller Stacheln und geheimer Würzen, daß ihr mich niesen und lachen machtet – und jetzt? Schon habt ihr eure Neuheit ausgezogen, und einige von euch sind, ich fürchte es, bereit, zu Wahrheiten zu werden: so unsterblich sehn sie bereits aus, so herzbrechend rechtschaffen, so langweilig! Und war es jemals anders? Welche Sachen schreiben und malen wir denn ab, wir Mandarinen mit chinesischem Pinsel, wir Verewiger der Dinge, welche sich schreiben lassen, was vermögen wir denn allein abzumalen? Ach, immer nur das, was eben welk werden will und anfängt, sich zu verriechen! Ach, immer nur abziehende und erschöpfte Gewitter und gelbe späte Gefühle! Ach, immer nur Vögel, die sich müde flogen und verflogen und sich nun mit der Hand haschen lassen – mit unserer Hand! Wir verewigen, was nicht mehr lange leben und fliegen kann, müde und mürbe Dinge allein! Und nur euer Nachmittag ist es, ihr meine geschriebenen und gemalten Gedanken, für den allein ich Farben habe, viel Farben vielleicht, viel bunte Zärtlichkeiten und fünfzig Gelbs und Brauns und Grüns und Rots: – aber niemand errät mir daraus, wie ihr in eurem Morgen aussahet, ihr plötzlichen Funken und Wunder meiner Einsamkeit, ihr meine alten geliebten – – schlimmen Gedanken

mercredi 14 août 2019

Nietzsche : énergie (pro)créatrice


Nietzsche
 : Volonté de Puissance § 367 [Fragments Posth 1888] :

« La raison dans la vie. - Une chasteté relative, par principe, une grande circonspection dans les choses érotiques, même en pensée, cela peut faire partie de la raison supérieure dans la vie, même chez les natures abondantes et bien douées. C'est vrai surtout pour les artistes dont c'est la meilleure sagesse de la vie. Des voix que l'on ne saurait suspecter se sont déjà prononcées dans ce sens: je nomme Stendhal, Th. Gautier et aussi Flaubert. L'artiste est peut-être, par nature, nécessairement sensuel, émotif en général, accessible à tous les points de vue, allant au-devant de l'irritation, de toute espèce de suggestion. Malgré cela, sous l'empire de sa tâche, de sa volonté d'arriver à la maîtrise, il est généralement un homme sobre et même chaste. Son instinct dominant exige cela de lui: il ne lui permet pas de se dépenser de telle ou telle façon. C'est une seule et même force que l'on dépense dans la conception artistique et dans l'acte sexuel: il n'existe qu'une seule espèce de force. Succomber dans ce cas, se gaspiller, c'est dangereux pour l'artiste: cela trahit un manque d'instinct, plus généralement de volonté, cela peut être un signe de décadence, - cela déprécie en tous les cas son art jusqu'à un degré incalculable. »