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vendredi 9 janvier 2026

Westlake (bibliothèque)

Westlake (Donald), Aztèques dansants, chap. "Pendant ce temps..." :

"La bibliothèque publique du West Side dans la 43e Rue à Manhattan possède une section consacrée uniquement aux périodiques, journaux et magazines. Les étudiants et les chercheurs en tout genre s’y pressent, car il est faux de dire que les journaux de la veille n’intéressent personne. Certains, assis devant de vieilles tables en bois, tournent les pages de grands volumes reliés, mais la plupart ont la tête enfouie dans la gueule des lecteurs de microfilms. La main droite levée pour tourner les manivelles bruyantes, ils gardent les yeux fixés sur l’écran de la machine où défile, jour après jour, toute l’histoire du monde dans une grisaille floue.

Les manivelles des lecteurs de microfilms sont la seule chose qu’on entende dans la section des périodiques, où règne une atmosphère générale de calme intemporel. Les recherches qu’on effectue ici sont, sans nul doute, très sérieuses, mais elles se déroulent sans précipitation, et tous ces chercheurs possèdent la patience, la maîtrise de soi, le calme et le soin du détail qu’on attribue généralement aux individus qui construisent des bateaux dans des bouteilles. Ils tournent leur manivelle, ils s’arrêtent, ils notent quelque chose dans le bloc-notes posé à leur droite, et ils recommencent à tourner la manivelle, mais tout cela à un rythme mesuré et réfléchi. Ceux qui consultent les immenses volumes reliés de journaux ne tournent jamais une page de manière brusque pour ne pas faire de courant d’air ; ils les feuillettent lentement, et la page retombe comme une vague paisible sur une plage de sable."


dimanche 16 novembre 2025

Westlake (les élisabeths)

Westlake, Adios Schéhérazade : trad. Duhamel et Brunius, troisième chapitre 1 :

"Betsy. Quel nom. Betsy Blake. Un nom sorti tout droit d’une bande dessinée. 

Blake, bien sûr, elle n’y peut rien. D’ailleurs, Blake en soi, ça n’est pas affreux, mais Betsy ! Sur les six mille diminutifs d’Élizabeth, Betsy est vraiment le pire.

C’est vrai, vous savez. Deux filles sur cinq s’appellent Élizabeth, et toutes se retrouvent affublées d’un des sobriquets ou diminutifs en question, et le choix du diminutif en dit long sur la fille. Par exemple Liz est presque toujours une fieffée garce, une luronne, à moins que ça ne soit un grand cheval et qu’elle ait la chtouille, auquel cas elle s’appelle Lizzie. Bess est très comme il faut, mais quand elle couche, elle est prise de remords. Beth se garde pour l’homme de sa vie et travaille dans une bibliothèque ; c’est une grande fille toute simple, mais sérieuse, intelligente et toujours à la hauteur des circonstances, quand l’occasion le demande. Bett est une garce ruineuse, mais une grande dame. Elsa est snob, idéale pour un week-end au ski, mais quand elle donne sa parole, elle la tient. Éliza, on ne l’a pas revue depuis la fin de l’ère glaciaire, mais c’était un baquet de jérémiades. Elsie est une fille du peuple, qui se marre tout le temps, brave, bonne bouille, pas beaucoup d’aventures parce que personne ne veut avoir l’air de profiter d’elle. Elle est perpétuellement tracassée par des bobos de femme, elle ne tient pas le litre, est plutôt taciturne, mais toujours prête à vous dorloter. Lisa s’est donné comme modèle une héroïne de D.H. Lawrence, elle aime les chevaux et les boîtes de nuit. Betty est cent pour cent américaine, se marie, met au monde deux enfants virgule quatre et habite une banlieue moche comme celle où je vis actuellement. C’est dans sa cuisine que les voisines viennent cancaner [cf. note] et elle fait la quête pour les petits polios. Betsy est une gourde."



Betsy. Is that a great name ? Betsy Blake. She sounds like something out of Archie Comics. The Blake part she couldn't help, of course, and Blake by itself isn’t a horrible name, but Betsy ? Of the six thousand different things that Elizabeths are called, Betsy is the absolute worst.

You know, that’s true. Two out of five girls are named Elizabeth, and they all wind up with one of the Elizabeth nicknames, and it tells you an awful lot about the individual girl which one of those nicknames she gets for a label. Like Liz is almost always a real whory swinger, a gutsy good-time girl, unless she’s very bony and has the clap, in which case she’s Lizzie. Bess is respectable but she puts out but she feels guilty about it. Beth saves herself for one man and works in the library and is very square but also reliable and intelligent and a rock in an emergency. Bett is bitchy and expensive but a great lady. Elsa is a ski-weekend swinger, but when she gives her word she keeps it. Eliza hasn't been seen since the ice floe broke up, but before that she was a whiner. Elsie is lower class, cheerful, big-mouthed, big smile, she doesn’t get laid much because nobody wants to take advantage of her. Ella has a lot of physical female complaints and can’t hold her booze and is very quiet and if things go right she'll mother you. Lisa has the self-image of a D. H. Lawrence heroine and likes horses and night clubs. Betty is an all-American girl and gets married and has two point four children and lives in one of these crappy suburban developments like where I am right now and it’s her kitchen where the kaffeeklatsch*** is held and she collects for muscular dystrophy. Betsy is a moron.


*** Kaffeeklatsch : cf. 

https://www.cafe-privilege.com/moments-cafe/le-kaffeeklatsch-de-nos-voisins-allemands


jeudi 13 novembre 2025

Westlake (noir)

Westlake (Donald), Comment voler une Banque, chap. 9 :

"Herman [afro-américain] pensait à sa soirée, à ses invités, à son choix pour le reste de la nuit, et au menu du dîner.

Il l’avait élaboré avec le plus grand soin. Il avait prévu de commencer par des cocktails, des Negroni ; la puissance du gin assombrie par la douceur du vermouth et du Campari. Pour grignoter tout en buvant, il y aurait du caviar et des olives noires dénoyautées. Ensuite, à table, lorsque le véritable repas débuterait, il leur servirait une soupe de haricots noirs, suivie par un filet de bar noir poché, accompagné d’une bonne bouteille de Schwartzekatz. Pour le plat principal, il leur proposerait un steak de Black Angus, sauté au beurre noir, décoré de truffes noires et servi avec son accompagnement de riz noir, le tout arrosé d’un bon pinot noir. En dessert, une tête de nègre, puis le café. De retour dans le salon, en guise de digestifs, il leur offrirait des Black Russians ou de l’eau-de-vie de mûre noire et des noix noires à grignoter."


jeudi 6 novembre 2025

Westlake (bévues)

Westlake, Donald, Pierre Qui Roule [1970], "Phase 1" (éd. Rivages Noir, trad. Nolent) :

"Donc il nous faut un chauffeur, un type pour les serrures et un homme à tout faire.

— C'est ça. Pour les serrures, il y a ce petit gars de Des Moines, tu vois qui je veux dire ?

— C'était pas Wise ? Ou Wiseman ? Welsh ?

— Whistler ! dit Dortmunder.

— C'est ça ! dit Kelp, et il fit non de la tête. Il est en taule. Il s'est fait gauler pour avoir libéré un lion. »

Dortmunder quitta le lac des yeux et regarda Kelp.

« Pour avoir fait quoi ? »

Kelp remua la tête nerveusement.

« J'y suis pour rien, moi ! C'est ce qu'on m'a dit. Il était au zoo avec ses gamins, il s'ennuyait un peu et, sans trop y penser, juste pour s'occuper un peu les mains, comme toi et moi on gribouille sur une feuille quand on téléphone, quoi, il s'est mis à tripoter les serrures, sauf qu'au bout du compte il a libéré un lion. [...]

— Pourquoi pas Lartz ? Tu te souviens de lui ?

— Oublie-le, dit Kelp. Il est à l'hôpital. 

— Depuis quand ?

— Environ deux semaines. Il a percuté un avion. » Dortmunder se tourna vers lui lentement et le regarda longuement.

« Il a percuté quoi ?

— C'est pas de ma faute ! D'après ce que j'ai compris, il était au mariage d'un de ses cousins, à Long Island, et en rentrant il a pris la Van Wick Expressway à contresens par erreur, je suppose qu'il devait avoir un peu bu, et...

— Tu m'étonnes !

— Ouais. Et il s'est emmêlé les crayons avec les panneaux, il s'est retrouvé sur la piste dix-sept de l'aéroport et il a percuté l'avion d'Eastern Airlines qui venait juste d'arriver de Miami."