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samedi 18 janvier 2025

Amis (Las Vegas)

Amis, Perdre à Vegas, in Americana, in La friction du temps :

"Il faut souvent faire la queue à Vegas, au restaurant, pour prendre un café, pour aller voir Elton John, Cats, des revues de soutiens-gorge en strass, pour les frigos motorisés, pour un tabouret lors de parties de poker à l’extérieur du tournoi ; mais on n’a jamais besoin de faire la queue pour les jeux de hasard dans lesquels la probabilité joue toujours en faveur de la « maison » (la banque). Ce qui frappe le plus dans les casinos de Las Vegas, c’est leur échelle et à quel point ils sont bondés. Les chiffres de la fréquentation sont tiers-mondistes. Quand, en pénétrant dans un hôtel de la taille du Pentagone, on cherche la bonne queue, on s’aperçoit qu’en fait, on est déjà dans une queue : la foule fait la queue pour faire la queue."


lundi 2 décembre 2024

Amis (portraits)

Amis (Martin), Argot rimé, in Eau lourde et autres nouvelles [Heavy Water, § 'Rhyming slang', in State of England, 1998] :

"Le gros Lol : il était la preuve vivante de l’idée qu’on est ce qu’on mange. Le gros Lol était ce qu’il mangeait. Encore mieux, le gros Lol était ce qu’il était en train de manger. Et il mangeait, pour le déjeuner, un breakfast anglais, le menu spécial de Del à trois livres vingt-cinq. Sa bouche était un filet de bacon mal cuit, ses yeux un brouillard d’œufs battus et de tomates en boîte. Son nez ressemblait au bout d’une saucisse légèrement grillée… sans compter les haricots en sauce de la couleur de son teint, et les champignons poilus de ses oreilles. Paradise Street jusqu’en bas de la raie de son gros cul, tel était le gros Lol. Une miche de pain grillé sur des jambes.

[…] Quand elle était fermée, comme maintenant, la bouche d’Yv[onne] avait l’air d’une pièce de monnaie coincée dans la fente d’un distributeur. Non, il n’y avait même pas de fente : juste le bord entaillé d’un penny de cuivre qui bouche l’ouverture. Oh mon Dieu, pensait Mal, dans quel état est son bateau. (On disait bateau, pour dire figure, à cause de figure de proue.) Jamais l’expression ne lui avait semblé plus appropriée. Il voyait la tête entière comme une proue, un rétrécissement, un virage en épingle à cheveux."


Fat Lol : he provided dramatic proof of the proposition that you are what you eat. Fat Lol was what he ate. More than this, Fat Lol was what he was eating. And he was eating, for his lunch, an English breakfast — Del’s All Day Special at £3.25. His mouth was a strip of undercooked bacon, his eyes a mush of egg yolk and tinned tomatoes. His nose was like the end of a lightly grilled pork sausage — then the baked beans of his complexion, the furry mushrooms of his ears. Paradise Street right down to his bum crack — that was Fat Lol. A loaf of fried bread on legs.

[…] 

When closed, as now, it — Yv’s mouth — looked like a copper coin stuck in a slot. No, there wasn’t any slot : just the nicked rim of the penny jamming it. Dear oh dear, thought Mal : the state of her boat. Boat was rhyming slang for face (via boat race). It had never struck him as appropriate or evocative until now. Her whole head like a prow, a tight corner, a hairpin bend.


lundi 18 novembre 2024

Amis (M.) (familles)

Amis (M.), 'Nouvelle carrière', in Eau lourde et autres nouvelles : 

"La deuxième femme de Sixsmith, qui se séparait de lui, était alcoolique, fille de deux alcooliques. Son amant actuel (ah, ces amants qui ne faisaient que passer dans sa vie !) était alcoolique. Pour compliquer les choses, Sixsmith expliqua en agitant son verre en direction du garçon que sa fille, issue d’un premier mariage, était alcoolique. Comment Sixsmith s’en sortait-il ? Malgré son âge, il avait, Dieu merci, trouvé l’amour dans les bras d’une femme qui aurait pu (jusque dans les tendances alcooliques) être sa fille. Leurs cocktails de crevettes arrivèrent, avec une carafe de gros rouge."


dimanche 27 octobre 2024

Amis (M.) (foule)

 Amis (M.), La Friction du temps § 'Finale de la Ligue des champions 1999' :

"Chaque fois, ça me frappe, avec toute la fraîcheur d’une révélation : assister à un match de foot dans un stade est la pire façon imaginable de voir un match de foot. Même sans compter le voyage jusqu’au terrain (aller et retour), les quarante-huit heures perdues et hors de prix, le fait d’être écrasé et parqué avec toute la civilité qu’on accorde généralement à un agrégat rebelle de voyous et de sociopathes, quand on trouve enfin un siège tout là-haut au sommet de la falaise de gradins, tout en soignant son saignement de nez et son hypothermie, on plonge le regard sur un cirque de puces dans un abîme embrumé ; et quand il se passe quelque chose, tout le monde se lève, si bien qu’on est forcé de se tordre le cou à travers un collage mouvant de frisottis et de boucles d’oreilles. Oui, la télé, sans compter qu’elle est à portée de télécommande et gratuite, c’est bien mieux – sous tous les rapports, sauf un. La foule. La foule est le moteur de cette expérience particulière. Elle est exigeante : on doit lui abandonner son identité. Et il serait vain d’essayer de s’y opposer. C’est un mille-pattes qui vous enrobe de pied en cap, électrisant et combustible. Soulagé, humilié, terrorisé, on se perd dans la chaleur corporelle d’innombrables aisselles enflammées, dans les rugissements stridents et les sifflements endiablés : cris d’un milliard de bébés fondus en un seul hurlement désespéré."


samedi 26 octobre 2024

Amis (dealer)




Amis / Tarantino / ? : extr. des dialogues de Pulp Fiction in Martin Amis  La Friction du temps :

"Dans une scène, Vincent va acheter quelques grammes d’héroïne à son dealer, Lance (le drôle et christique Eric Stoltz) :

Lance : T’as encore ta Malibu ?

Vincent : Oh mec. Tu sais pas ce qu’un connard a fait l’autre jour ?

Lance : Quoi ?

Vincent : Il l’a putain de viandée…

Lance : Oh mec… C’est tordu, ça.

Vincent : À qui tu le dis. Elle était au garage depuis trois ans. Dehors depuis cinq jours et ce pédé de merde me la viande.

Lance (pesant la poudre) : On devrait les tuer, merde, mec. Pas de procès, pas de jury. Exécuté direct… L’enculé.

Vincent : Qu’est-ce qu’est plus dégonflé que niquer la voiture d’un mec ? Quoi, merde, ça se fait pas de viander la bagnole d’un mec.

Lance : Ça se fait pas.

Vincent : C’est contre les règles.

(Drogue et fric changent de main.)

Lance : Merci.

Vincent : À toi. Ça te dérange si je me shoote ici ?"


lundi 20 novembre 2023

Amis [Martin] (Quichotte)

     Amis (Martin) Guerre au cliché [Broken Lance, in The War Against Cliché : Essays and Reviews 1971-2000] traduction F. Maurin : 

 "Sans être pour autant menacé dans son statut de chef d’œuvre inexpugnable, Don Quichotte souffre d’un assez gros défaut : celui d’une illisibilité totale. L’auteur de ces lignes en sait quelque chose, il vient de le lire. Le livre ne manque certes pas de beautés, de charme, de comédie sublime, mais il se perd dans de longs développements (représentant près de 75% de l’ensemble) qui en font un monument d’ennui inhumain […] Lire Don quichotte équivaut peu ou prou à recevoir la visite du vieux barbon de la famille […]. Avec ce livre, on plonge le regard dans la bouillie primitive de la fiction : ça fume, ça glougloute, ça grésille de vie en puissance, ça grumelle de prototypes âcres et grossiers."


While clearly an impregnable masterpiece, Don Quixote suffers from one fairly serious flaw – that of outright unreadability. This reviewer should know, because he has just read it. The book bristles with beauties, charm, sublime comedy ; it is also, for long stretches (approaching about 75 per cent of the whole), inhumanly dull. […] Reading Don Quixote can be compared to an indefinite visit from your most impossible senior relative, with all his pranks, dirty habits, unstoppable reminiscences, and terrible cronies.