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mercredi 11 juin 2025

Muray (passé)

Muray, 'La grande battue', in Exorcismes spirituels 1 Rejet de greffe :

"On n’étudie plus les génies d’autrefois. On ne les admire plus. On les débusque. On les capture. On les fourre à l’autoclave, et on voit ce que ça donne. Et malheur à ceux qui se laissèrent aller, fût-ce sous forme de plaisanterie, à exprimer le moindre soupçon de misogynie, de xénophobie ou de désapprobation du monde tel qu’il va ! On ne leur fera pas de cadeaux (voir, dans Don Juan à Hull de Martin Amis, préfacé par Charles Dantzig, les édifiantes mésaventures posthumes de Philip Larkin, poète anglais). Le passé, tout le passé doit être massacré."


jeudi 5 septembre 2024

Muray (kitsch)

Muray, Ultima necat, 2 p. 407 :

"Le kitsch c'est l'esprit de vertu devenant esthétique.

C'est la tyrannie du Bien sur le goût.

Kitsch et pharisaïsme.

Kitsch contre réalisme.

Le kitsch c'est quand il me dit que Postérité n'est pas un titre de roman.

Le kitsch c'est quand elle voudrait bien un enfant, n'ose pas le dire et le dit quand même.

Le kitsch est cette titubation lyrique dans laquelle elle essaie de m'entraîner à son profit.

« Aie confiance en l'avenir »...

Voilà ce que soupire la musique kitsch.

« Crois en l'homme »...

Le kitsch c'est quand Lévy me vole le dernier chapitre de mon 19°, d'abord pour le traduire dans son style ronflant d'essai, ensuite pour le dégueulasser en roman qui aura le Goncourt.

Le roman historique est kitsch, sauf celui d'Aragon sur Géricault.

Kitsch sont la dénonciation des corridas, la diabolisation du tabac, les grands shows caritatifs contre la myopathie ou le cancer.

Kitsch était la « génération morale ». Kitsch « SOS Racisme ». Kitsch la mitterrandolâtrie. Kitsch la « génération Mitterrand ».

Kitsch l'idée de génération.

La vision collectiviste du monde, privée du collectivisme, l'a remplacé par le concept de génération.

Quiconque met l'idée de génération en avant est un collectiviste qui s'ignore.

Kitsch l'invraisemblable succès fait au roman de Kundera contre le kitsch.

Kitsch l'insuccès absolu de Postérité.

Kitsch - et voulu tel - le titre de mon prochain roman, Le Sourire de la chimère, mais violemment anti-kitsch le traitement que je ferai subir à ce titre à l'intérieur même du livre.

Kitsch les ballets de Céline, son « roi Krogold », etc. Tout l'antisémitisme célinien comme une flaque de merde logiquement bordée de ces dentelles.

Kitsch toute merde décorée.

Ce n'est pas l'ornement qui est kitsch, c'est la façon dont on le place.

Toute sentimentalité destinée à masquer qu'il n'y a jamais que des intérêts en guerre les uns contre les autres est kitsch.

Kitsch et fascisme. Pareil au même."


samedi 30 décembre 2023

Muray (humour)

Muray, Ultima Necat t. 1 p. 557 : 

"L’humour doit dominer les idées, dominer les personnages, régner très haut sur les intrigues du roman, on doit sentir qu’il y a un Dieu qui tire les ficelles de tous ces vaudevilles, au moins un Dieu qui n’est pas mort, un qui est supérieur au non-sens comique de ce qui est raconté. Ce Dieu est l’humour, l’humour est la preuve de Dieu. Dieu est humour. Il n’y a pas de grande œuvre sans l’encouragement de ce Dieu…"


jeudi 1 juin 2023

Muray (Balzac)

Muray, Le XIX° Siècle à travers les âges, II, 2 : 

"Balzac est tout ce qu’on veut sauf un documentaliste du semblant, un « faitaliste » comme disait Nietzsche (fatalisme des petits faits, « respectable modération philosophique », « stoïcisme de l’intellect », « ascétisme de la vertu », « négation de la sensualité »). Que fait-il des fiches, enquêtes, archives encyclopédiques sur lesquelles il passe des nuits blanches ? Il les récrit à la volée. Les interprète souverainement. Les dépasse. Le 19ᵉ n’a commencé à exister en dehors de ses propres mensonges qu’à partir de la publication de La Comédie humaine. Ce ne sont pas les hommes qui font l’Histoire, ce sont les écrivains. Ensuite, laborieusement, s’élabore ce qu’on appelle la réalité. Comme un rewriting de l’original écrit précédant toujours cette copie de texte qu’on appelle la vie : variations affaiblies, gloses, commentaires gelés…"



dimanche 9 avril 2023

Muray (apocalyptes 2/2)

MurayLe XIXe siècle à travers les âges II, 2 p. 171 :

[suite du texte du 08 04 2023]

"Ensuite, le relais principal c’est Joachim de Flore. Fin du 12ᵉ siècle. Le trafic passe presque obligatoirement par lui. Comme saint Jean, est-il besoin de le dire, il est tout à fait étranger aux fantasmes que l’on sent chez ceux qui se réclament de son nom. Pas plus que saint Jean il n’a promis que tous les problèmes, un jour, seraient réglés du côté du refoulement ou qu’on en finirait avec les petits soucis du capotage sexuel. Que les fêtes des hommes cesseraient de tourner mal systématiquement… On l’a quand même pris pour le démagogue nécessaire de l’avenir. C’est par lui qu’on espère, qu’on dit qu’on espère, qu’on a des raisons d’espérer ; contre ceux qui se contentent d’attendre. Par lui qu’on se met à vouloir dépasser la foi par le savoir, dépasser le Christ par la foi, dépasser la promesse par la réalisation, dépasser le Royaume à venir par le Royaume advenu, dépasser la Bible par les Évangiles, dépasser les Évangiles par l’évangile éternel, dépasser la Bible par la Bible de l’humanité… Peu importe en réalité ce qu’on dépasse, ce qui compte c’est le dépassement. Le mouvement de dépassement. La potentialité dépassement. L’exploitation du mot magique dépassement. Comme on dit coma dépassé."




samedi 8 avril 2023

Muray (apocalyptes 1/2)

MurayLe XIXe siècle à travers les âges II, 2 p. 170 :

"Il y a un saint patron malgré lui qui aurait été bien étonné s’il avait su quel torrent d’héritiers allaient se réclamer de son nom. C’est saint Jean. La référence à l’Évangile johannique et à l’explosion nucléaire de l’Apocalypse est partout dans le discours occultiste. […]. Mais c’est aussi l’un des rappels favoris de toute une partie de la pensée progressiste. Pauvre saint Jean transformé en rond-point ou en pont, en enjambement de Mœbius entre social et occulte. Entre mise à nu d’Isis et dévoilement du sens de l’Histoire… […] Avec cette sédimentation ultime qui se prétend dans la ligne de saint Jean considéré comme le plus révolutionnaire, le plus progressiste des évangélistes : le peuple-Dieu, le Saint-Esprit-prolétariat. La vox populi dans la vox Dei."

[à suivre…]



mardi 1 novembre 2022

Muray (révolution)

Muray, Le XIX° siècle à travers les âges p. 344 : 

"La Révolution française, mouvement de panique contre cette sortie du religieux, sursaut de révolte contre la mort des dieux, tentative de retrouver par la terreur (et d’abord par l’exécution d’un roi de «droit divin», reprise modernisée des rituels sacrificiels de rétablissement de l’ordre social dans les communautés primitives) la légitimité transcendante volée au peuple par le souverain et son clergé, bruits et clameurs contre la désertification de l’espace magique (restauration des fêtes de la Fertilité universelle), ne pouvait donc pas voir le jour dans un pays protestant, par exemple, pour la bonne raison que la Réforme y avait déjà opéré le réancrage rationnel et social du religieux [...]."



lundi 4 octobre 2021

Muray (gauche)

Muray, Ultima necat tome 1 p. 537 : 

"Ne pas être de gauche parmi des gens de gauche et ne pas le dire est un plaisir sadique. Exercer son sadisme aujourd'hui peut passer par là. Il peut y avoir une manière sexuelle de ne pas être de gauche. Les gens de gauche aujourd’hui - justement parce qu'ils ne se soutiennent pas d'une idéologie pour être de gauche - sont de gauche parce qu'ils sont gentils. Vous trouvant gentil à votre tour, ils ne doutent pas un instant que vous ne soyez vous aussi de gauche. Leur diriez-vous que vous ne l'êtes pas, ils ne le croiraient pas. Ils sont dans la position de ceux qui autrefois ne voulaient pas croire que tel ou tel, qui était si bien, était par exemple en réalité pédé. Ne pas être de gauche relève plus ou moins encore du secret. Du sexuel par conséquent. Du penchant pas racontable. Du fantasme. De la tendance nocturne. Il y a un plaisir sûr, un plaisir sadique, à laisser parler des gens de gauche, à les voir vous mettre implicitement dans le même bain qu'eux, à évoluer avec vous sur la base d'une complicité qui est un fait de nature à leurs yeux… Et à être bien entendu tout le contraire… Ne pas être de gauche, c'est évaluer de l'extérieur la croyance. La foi. L’illusion. C'est avoir l'occasion unique de voir la croyance. C'est être un peu Dieu..."


vendredi 1 octobre 2021

Muray (littérature)

Muray, Ultima necat t. 1 p. 547

"8 avril. Écrire, c'est se susciter un partenaire. La plupart des textes ne deviennent pas de la littérature parce qu'ils demeurent dans la solitude du monologue. Parce qu'on sent qu'aucune figure n'est née au fur et à mesure que les phrases montaient. Écrire, c'est savoir s'inventer un interlocuteur. Incarner quelqu'un. A chaque mouvement oratoire, chaque "période", on doit sentir qu'il existe quelqu'un à qui tu parles. Écrire ce n'est, automatiquement, jamais que dialoguer. Théâtre et comédie, et scène de comédie. Se susciter une partenaire, se fabriquer une femme dont on se fait désirer, qu'on essaie de séduire en la provoquant, flattant, faisant rire. Toute la littérature danse érotique infinie."