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mercredi 22 mai 2024

Helton (malchance)

Helton, Au Texas tu serais déjà mort § John Lennon est mort… (trad. fr. N. Richard, 1999) : 

"Il attirait aussi les accidents et il était fréquent qu’il se blesse gravement. Une fois il s’est pris dans le tibia une balle de base-ball lancée à pleine vitesse, ce qui lui a valu une thrombose géante à la jambe qu’il a fallu opérer ; une autre fois, alors qu’il faisait l’attrapeur, il a reçu une batte de base-ball en pleine tête, ce qui lui a valu une embolie cérébrale, maintes cicatrices et opérations au crâne ; un jour il s’est assis à côté de moi et a croqué à plusieurs reprises dans l’oreille d’éléphant, la plante vénéneuse du jardin de ma grand-mère, et il a fallu l’emmener d’urgence à l’hôpital ; il y a eu encore le marteau de forgeron qu’il a fait tomber, se brisant les orteils, le coup classique du bras cassé quand il a sauté du toit en essayant de s’envoler, le sirop d’ipéca qu’il avait bu d’un trait, ayant confondu avec le sirop pour pancakes, ce qui avait occasionné des vomissements pendant toute la journée et lui avait valu un séjour aux urgences."


[selon la préface de R. Crumb, nombre de textes de cet auteur, dont celui d'où est tiré l'extrait ci-dessus, n'a pas été publié dans sa langue d'origine…]


vendredi 29 mars 2024

Helton (animaux)

Helton (J. R.), Au Texas tu serais déjà mort § "Man and Beast", trad. N. Richard :

"Elle avait un petit teckel déguisé en Elvis Presley avec des lunettes de soleil fixées à sa tête avec du sparadrap et un costume blanc d’Elvis qu’elle avait fait elle-même. Elle avait déguisé l’autre teckel en beauté du Sud, coiffée d’un bonnet. Elle m’a présenté à Elvis et Daisy Mae, ou je ne sais plus de quel nom elle l’avait affublée, et m’a parlé le plus sérieusement du monde de leurs costumes, de ce qu’ils aimaient, de ce qu’ils n’aimaient pas, et j’ai hoché la tête poliment, faisant totalement abstraction de ce qu’elle me racontait. Elle était la Parade des animaux domestiques à elle toute seule et je n’avais qu’une envie, qu’elle fiche le camp : le simple fait de me retrouver dans la même petite rue que cette bonne femme me fichait la honte. J’avais honte pour ses chiens, comme j’ai honte pour tout animal que les gens affublent de costumes grotesques. Étant petit, je n’ai jamais aimé le cirque pour cette même raison. Je trouvais ça humiliant, pour un ours, d’être déguisé en humain et obligé de se donner en spectacle avec un ballon sur le nez.  Non mais, qu’est-ce qui leur passait par la tête, à ces gens ? Voilà que cet animal, dont l’élément naturel est la montagne, les grands pins, le froid ciel bleu, cet animal qui attrape les poissons dans les torrents, et déchiquete d’un vigoureux coup de patte tous les joyeux campeurs osant s’aventurer sur son territoire se faisait embarquer, mettre en cage, et qu’on lui apprenait à faire l’équilibre sur une chaise ! Je n’avais jamais voulu d’un chien qui se donne en spectacle. À quoi rimaient toutes ces conneries ? Se retourner, donner la patte, serrer la main. Les seuls tours que je voulais que mes chiens apprennent c’était ne pas me sauter dessus et ne pas ficher le camp."


[selon la préface de R. Crumb, nombre de textes de cet auteur, dont celui d'où est tiré l'extrait ci-dessus, n'a pas été publié dans sa langue d'origine…]


vendredi 8 mars 2024

Helton (nature)

Helton (J. R.), Au Texas tu serais déjà mort, § "Man and Beast", trad. N. Richard :

"Comme la plupart des Américains, j’aimais « l’idée » de la campagne, le paysage, le décor, la population clairsemée, mais la réalité de la nature n’était rien d’autre qu’un formidable bazar, un amas de vie grouillante, chaque être vivant mangeant, piquant, déchiquetant et faisant chier tous les autres. Quelle que fût la période de l’année, il y avait toujours une espèce animale qui se faisait inévitablement remarquer au ranch : une invasion de sauterelles se jetant sur toutes les plantes et la moindre feuille d’herbe, dévorant tout ; en octobre, une épidémie de mouches qui se posaient sur les tas d’excréments canins puis venaient recouvrir ma tartine, ma tasse de café, emplissaient ma bouteille de bière ouverte ; les grillons comme des lemmings qui se précipitaient en masse dans la grange pour y mourir avant l’arrivée du grand vent glacial du nord ; les fourmis rouges, partout, qui tapissaient les collines rouges ferrugineuses sur lesquelles nous étions installés, s’infiltrant dans chaque centimètre carré de sol[…]. La nature était un animal importun avec qui je ne voulais plus avoir affaire. Je rêvais d’une petite chambre climatisée avec une télé, un magnétoscope, Internet, mon fax et un ordinateur, complètement isolé des chiens et du monde, où personne ne viendrait m’embêter et où j’aurais juste le loisir d’ouvrir la porte de temps en temps pour apprécier le décor à bonne distance."


[selon la préface de R. Crumb, nombre de textes de cet auteur, dont celui d'où est tiré l'extrait ci-dessus, n'a pas été publié dans sa langue d'origine…]