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dimanche 11 juin 2023

Bloy (par Bardèche)

Bardèche, Léon Bloy, p. 366 :

"[Bloy connut] une sorte d'aggravation décisive de son dogmatisme. La vieillesse, l'absorption abusive de respect, l'isolationnisme du fanatisme avaient entraîné chez lui une sorte de sclérose de la doctrine. Cette sclérose se manifeste par le passage définitif du postulat à la certitude et par une application mécanique des condamnations et des louanges. [...] On a l'impression que la vieillesse, qui se traduit généralement par une raideur des articulations, a provoqué chez lui une sorte d'ossification des rêveries qui passent à un stade d'induration."



lundi 16 janvier 2023

Bloy (caricature)

Bloy, sur "L'Histoire de la révolution française", de Carlyle :

"[…] la caricature. Une chose peu noble, d’ailleurs, et que les enfants de l’Église ne doivent pas aimer. Pour notre propre compte, nous la méprisons du fond de notre coeur, parce que nous considérons ce que Dieu a mis dans l’homme et pour quelles fins ineffables il lui a donné ce corps dont chaque molécule a, pour ainsi dire, une signification liturgique depuis que le Verbe s’en est revêtu, et il nous semble que c’est une abominable profanation que de repousser ainsi dans le néant d’où Dieu a tiré sa propre image, cette image même, recréée par la Rédemption."



samedi 31 décembre 2022

Bloy (comédien)

Bloy, Le Désespéré IV [62] : 

"Je regarde l'état de comédien comme la honte des hontes. J'ai là-dessus les idées les plus centenaires et les plus absolues. La vocation du théâtre est, à mes yeux, la plus basse des misères de ce monde abject et la sodomie passive est, je crois, un peu moins infâme. Le bardache, même vénal, est, du moins, forcé de restreindre, chaque fois, son stupre à la cohabitation d'un seul et peut garder encore – au fond de son ignominie effroyable, – la liberté d'un certain choix. Le comédien s'abandonne, sans choix, à la multitude, et son industrie n'est pas moins ignoble, puisque c'est son corps qui est l'instrument du plaisir donné par son art."


jeudi 20 octobre 2022

Bloy + Péguy (autothéisme)

Bloy, Belluaires et porchers (1905) : 

"Le Dieu du Calvaire et des Sacrements est depuis longtemps au rancart, c'est bien entendu, et le Narcisse qui est au fond de tout coeur humain l'a très plausiblement remplacé. Chaque moderne porte en soi une petite Eglise infaillible dont il est le Christ et le Pontife et la grosse affaire est d'y attirer le plus grands nombre de paroissiens. Mais comme il est de l'essence de toute foi de tendre à l'œcuménicité, la momerie se dilate naturellement en raison inverse de l'exiguïté du tabernacle. On voit alors cette merveille d'une âme publique se badigeonnant de vertu pour s'absoudre et se communier elle-même et mériter, par ce moyen, le Paradis de ses propres complaisances"


Péguy, Un Poète l'a dit (1907) :

"Ce siècle qui se dit athée ne l'est point. Il est autothée, ce qui est un bien joli mot, et bien de son temps. Il s'est littéralement fait son propre Dieu, et sur ce point il y a une croyance ferme. Il y était conduit d'ailleurs inévitablement. Puisqu'il était conduit irrévocablement à faire, à créer un deuxième monde, une deuxième création qui était l'imitation, la reproduction, la répétition, le recommencement exact du premier, il était conduit par suite et encore plus irrévocablement pour ainsi dire ensemble à faire aussi, à faire logiquement avant, à créer un Créateur, un deuxième Créateur [...]."

 

jeudi 16 juin 2022

Diderot + Bloy (pensées)

Diderot, Le Neveu de Rameau O. C. t. X p. 299-300) : 

"Je m'entretiens avec moi-même de politique, d'amour, de goût ou de philosophie. J'abandonne mon esprit à tout son libertinage. Je le laisse maître de suivre la première idée sage ou folle qui se présente, comme on voit dans l'allée de Foy nos jeunes dissolus marcher sur les pas d'une courtisane à l'air éventé, au visage riant, au nez retroussé, quitter celle-ci pour une autre, les attaquant toutes et ne s'attachant à aucune. Mes pensées, ce sont mes catins."


Bloy,  Belluaires et porchers IX p. 115 : 

"On en pensera tout ce qu'on voudra, mais j'ai cette coutume, avant d'aborder n'importe quel sujet pouvant être exploité par l'entendement, d'écouter attentivement ce qui sonne dans mon imagination - persuadé que chaque heure de la vie intellectuelle évolue dans une vibration spéciale dont il n'est pas possible de s'évader sans insanité.

Les idées s'invoquent et se confédèrent mystérieusement selon la loi des similitudes. Si l'austérité proverbiale de notre littérature pouvait s'accommoder d'une métaphore, je nommerais cela le raccrochage prostitutionnel des entéléchies vagabondes."



jeudi 31 mars 2022

Bloy (croyance)

Bloy, chronique parue dans L’Univers, 20 mai 1874 [ sur Histoire de la Révolution française, par Carlyle] :

"On a remarqué depuis longtemps que, dans une société sans croyances, le mépris de la vérité n’est pas incompatible avec une immense et générale estime de soi. Les hommes se vengent sur leur raison de l’indigence coupable de leur cœur, et ils massacrent la vérité pour être dispensés de l’adorer. Mais, comme la nature humaine est ainsi faite qu’il faut absolument qu’on adore quelque chose, on s’adore soi-même dans son esprit quand on a commencé d’être rebelle, et dans son cœur quand on est tout à fait corrompu."


jeudi 7 janvier 2021

Mirbeau (Bloy)

 Mirbeau, Léon Bloy, in Les Écrivains, 2° série : 

"Comme il n'y a plus de désert, Léon Bloy a trouvé un silo. Il s'est creusé lui-même la fosse de ses mains ; il a creusé son corps d'ulcères liturgiques, il a bordé sa fosse de culs de bouteilles, de clous, d'excréments déclamatoires pour la rendre inaccessible, pour être plus nu, pour être plus seul avec son humilité sainte et son saint orgueil, plus seul avec Dieu. De cette fosse, il jette aux passants des bouses de lumière et d'éternité, des haines d'or, le verbe le plus sauvage et le plus magnifique, lourd et pénétrant comme la lave et l'aérolithe."


lundi 4 janvier 2021

Bloy (Lautréamont)

 Bloy, Le Cabanon de Prométhée, in Belluaires et porchers, 1 :

"Qu’on se figure, par exemple, un être merveilleusement doué, un homme du génie poétique le plus incontestable et le plus puissant, un magique cerveau peuplé de lumières, comme une basilique à la Chandeleur ; - qu’on veuille bien se le représenter sous cette image, aux trois quarts détruit par l’ouragan de quelque effroyable douleur ; détruit sans espoir de restauration, décoiffé de ses voûtes, ébranlé dans ses plus profondes assises, vacillant sur les jarrets de ses contreforts, tapissé de son porche à son maître autel du sang d’un peuple écrasé ; ouvert à tous les affronts des souffles et de la rafale, envahi par les tourbillons et les fantômes de la nuit ; mais éclairé vaguement encore, pour la durée d’un instant, par quelques derniers et désespérés luminaires qui agonisent, ainsi que des âmes, sous le grondement victorieux des orgues de la tempête.

Tout à l’heure, ce sera fini à jamais. Les ténèbres folâtreront avec les ténèbres. Ce qui tient encore croulera sans gloire dans l’obscurité sans pardon et le souvenir seulement de ce tabernacle de prières, subsistera dans la pensée de quelques dévots éperdus que la main des Vierges invisibles qui protègent les chrétiens en péril de mort aura soutirés à la catastrophe.

C’est donc une ruine humaine complète que j’ai décidé d’offrir aux mélancoliques, aux saturés de mélancolie, car il n’est point ici d’occasion de ravissement pour les touristes joyeux de la Curiosité ordinaire.

L’inouï, l’affolant, le très-monstrueux poète inconnu dont voici, tout au plus, la trace calcinée, eut cette effroyable aventure de se survivre à lui-même, juste assez de temps pour assister au sac de sa tête et au rongement de ses flancs par un prodigieux vautour, qu’il avait sacrilègement engendré de la Substance des Cieux, sans la permission du Seigneur."


samedi 26 décembre 2020

Bloy (repas)

 Bloy, Le Désespéré, début du chapitre LXI : 

« La victuaille fut copieuse et d'une culinarité sublime. Pendant quelque temps, on n'entendit que le bruit des mandibules et de la vaisselle, accompagné, en dessous, du gargouillement hoqueté de la commençante déglutition des vieux. Une parole susurrée ondulait vaguement autour de la table immense, préliminaire d'une conversation générale qui cherchait à se préciser. Des interjections brèves, des exclamations suspendues, de timides interrogats*, de préhistoriques facéties et des calembours tertiaires faufilaient peu à peu la rumeur joyeuse, en attendant qu'elle éclatât comme une fanfare, sous l'excitation des puissants vins. »


* CNRTL : Rare et vx, DR. Question ou ensemble de questions posées par un juge. Synon. usuel interrogatoire.La condamnation à la roue fut prononcée, après la question préalable, ordinaire et extraordinaire, durant les interrogats (Villiers de L'I.-A., Contes cruels,1883, p. 266).

− P. ext., littér. Interrogation, question. Des interjections brèves, des exclamations suspendues, de timides interrogats, de préhistoriques facéties et des calembours tertiaires faufilaient peu à peu la rumeur joyeuse (Bloy, Désesp.,1886, p. 281).


mardi 8 octobre 2019

Bloy (Raphaël)



Bloy, La Femme pauvre I, XIII : 
« Je ne suis pas un fanatique de Raphaël. J’admire en lui tout ce qu’on voudra, excepté l’artiste religieux. Sa seule Vierge tolérable est celle de Dresde, et encore, c’est une rosière. Quant à sa Transfiguration, voici mon très humble postulat. Depuis trois cent cinquante ans qu’elle existe, un seul homme a-t-il jamais pu prier devant cette image ? À l’aspect de ces trois gymnastes en peignoir qui s’enlèvent symétriquement sur le tremplin des nuées, je déclare qu’il me serait tout à fait impossible de bafouiller la moindre oraison. 
– Savez-vous pourquoi ? reprit Marchenoir. C’est que Raphaël, au mépris de l’Évangile, qui n’en dit pas un seul mot, a tenu à faire planer ses trois personnages lumineux, obéissant à une peinturière tradition d’extase infiniment déplacée dans la circonstance. L’ancêtre fameux de notre bondieuserie sulpicienne, qui feuilletait plus souvent les draps de sa boulangère que les pages du Livre saint, n’a pas compris qu’il était absolument indispensable que les Pieds de Jésus touchassent le sol pour que sa Transfiguration fût terrestre et pour que la parole de Simon-Pierre offrant les trois tabernacles ne fût point une absurdité.