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mardi 22 octobre 2024

Saint-Amant (cauchemar)

    Saint-Amant, Visions (début) [Wikisource] : 


  "Un grand chien maigre et noir, se traisnant lentement,
Accompagné d’horreur et d’epouventement,
S’en vient toutes les nuits hurler devant ma porte,
Redoublant ses abois d’une effroyable sorte.
Mes voisins, eperdus à ce triste resveil,

N’osent ny ne sçauroient r’appeller le sommeil ;
Et chacun, le prenant pour un sinistre augure,
Dit avec des soûpirs tout ce qu’il s’en figure.
Moy, qu’un sort rigoureux outrage à tout propos,
Et qui ne puis gouster ny plaisir ny repos,
Les cheveux herissez, j’entre en des resveries
De contes de sorciers, de sabaths, de furies ;
J’erre dans les enfers, je raude dans les cieux ;
L’ame de mon ayeul se presente à mes yeux ;
Ce fantosme leger, coiffé d’un vieux suaire,
Et tristement vestu d’un long drap mortuaire,
À pas affreux et lents s’approche de mon lit ;
Mon sang en est glacé, mon visage en paslit,
De frayeur mon bonnet sur mes cheveux se dresse,
Je sens sur l’estomach un fardeau qui m’oppresse.
Je voudrois bien crier, mais je l’essaye en vain :
Il me ferme la bouche avec sa froide main ;
Puis d’une voix plaintive en l’air evanouye,
Me predit mes malheurs, et long-temps, sans siller,
Murmurant certains mots funestes à l’ouye,
Me contemple debout contre mon oreiller.
Je voy des feux volans, les oreilles me cornent ;
Bref, mes sens tous confus l’un l’autre se subornent
En la credulité de mille objets trompeurs
Formez dans le cerveau d’un excez de vapeurs,
Qui, s’estant emparé de uostre fantaisie,
La tourne moins de rien en pure frenesie."


dimanche 20 octobre 2024

Saint-Amant (fumeur)

Saint-Amant, Le Fumeur [XVII° s.] :


Assis sur un fagot, une pipe à la main, 

Tristement accoudé contre une cheminée,

Les yeux fixés vers terre, et l'âme mutinée,

Je songe aux cruautés de mon sort inhumain. 


L'espoir, qui me remet du jour au lendemain,

Essaie à gagner temps sur ma peine obstinée, 

Et, me venant promettre une autre destinée, 

Me fait monter plus haut qu'un empereur romain. 


Mais à peine cette herbe est-elle mise en cendre,

Qu'en mon premier état, il me convient descendre,

Et passer mes ennuis à redire souvent : 


Non, je ne trouve point beaucoup de différence 

De prendre du tabac à vivre d'espérance, 

Car l'un n'est que fumée, et l'autre n'est que vent. 



Voir : Pagès F., Descartes et le Cannabis éd. 1001 Nuits p. 46 : 

"Il sortit de sa poche un livre intitulé L'Embarras des richesses, l'ouvrit à une page marquée d'avance et lut ceci : « La coutume qu'avaient les brasseurs de remonter leurs produits par des substances hallucinogènes ou susceptibles de provoquer des transes, telles que les graines de jusquiame noire, la belladone et les pommes épineuses, remontait au moins à la fin du Moyen Âge... Roessingh, l'historien de l'industrie hollandaise du tabac, n'écarte pas la possibilité qu'une partie de la marchandise ait pu être "saucée" avec du Cannabis sativa, bien connu des Hollandais qui avaient voyagé dans le Levant et l'Orient indien. » C'est extrait d'un livre savant et sérieux, conclut-il en me montrant la couverture du livre de Simon Schama***. 

— C'est une possibilité... Vous en faites une certitude. En bon cartésien, j'écarte tout ce qui est douteux ou probable..." 


*** cf. https://www.librairie-gallimard.com/livre/9782070717293-l-embarras-de-richesses-une-interpretation-de-la-culture-hollandaise-au-siecle-d-or-simon-schama/


mardi 7 juin 2022

Saint-Amant (sonnet)

Saint-Amant,  Le paresseux (1631)


Accablé de paresse et de mélancolie,

Je rêve dans un lit où je suis fagoté,

Comme un lièvre sans os qui dort dans un pâté

Ou comme un Don Quichotte en sa morne folie. 


Là, sans me soucier des guerres d’Italie,

Du comte Palatin, ni de sa royauté,

Je consacre un bel hymne à cette oisiveté

Où mon âme en langueur  est comme ensevelie.


Je trouve ce plaisir si doux et si charmant,

Que je crois que les biens me viendront en dormant,

Puisque je vois déjà s’en enfler ma bedaine,


Et hais tant le travail que, les yeux entr’ouverts,

Une main hors des draps, cher Baudoin, à peine

Ai-je pu me résoudre à t’écrire ces vers.