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vendredi 29 juillet 2022

Senault (imitation)

Senault, L'Homme criminel ou la corruption de la nature par le péché selon la doctrine de saint Augustin, 1644 [p. 686-687] :  

"L'amour de la peinture est encore plus inutile que celle* des fleurs, car quelque effort que fassent les peintres, ils ne sauraient égaler la nature, leurs ouvrages seront toujours moins achevés que ses productions, et leurs pinceaux pour savants qu'ils puissent être ne représenteront jamais parfaitement les roses et les lis qui croissent dans nos parterres. Cependant, nous voyons des hommes de condition qui font des cabinets de peinture, qui tirent vanité des tableaux dont les peintres ont tiré du profit, qui passent leur vie à remarquer le coloris du Bassan ou du Caravage, qui s'étudient à discerner une copie d'un original [...] On appelle cet exercice un honnête divertissement, on ne s'accuse jamais d'avoir donné tout son temps, son bien, son amour à cette occupation inutile, et on ne croit pas être coupable quand on a fait une idole de l'ouvrage d'un sculpteur ou d'un peintre." 


* amour, au singulier, mot parfois (rarement) féminin. 

lundi 15 juin 2020

Senault (orgueil)

Senault, L’Homme criminel [1644] incipit :

« L’orgueil a fait une si puissante impression dans l’âme de l'homme que toutes les peines qu'il souffre sont [in]capables de l’effacer. Il est glorieux dans son malheur, et quoiqu'il ait perdu tous les avantages qui lui donnaient de la vanité, il ne laisse pas de la conserver au milieu de ses misères. Les promesses que lui fit le démon dans le paradis le flattent encore pendant son exil. Quoiqu'il soit l’esclave d'autant de maîtres qu'il a de passions, il aspire encore à la souveraineté du monde ; quoique ses doutes l’assurent qu'il est ignorant, il prétend encore à la science du bien et du mal. Et quoique toutes les maladies qui l’attaquent lui apprennent qu'il est mortel, il se promet encore l'immortalité. Mais ce qui est de plus insupportable, et qui rend son crime le plus insolent, il espère d'arriver à toutes ces grandeurs par ses propres forces ; il croit que rien n'est impossible à une créature libre et raisonnable ; que son bonheur dépend de sa volonté, et que sans autre secours que celui qu’il tire de la Nature, il peut s'acquitter de ses pertes et recouvrer son innocence. »