Affichage des articles dont le libellé est Pirandello. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Pirandello. Afficher tous les articles

jeudi 25 janvier 2024

Pirandello (hasard)

Pirandello, Si… (1894) in Nouvelles complètes (Quarto) :

" Tout ce qui se passe devait donc fatalement se passer ? C’est faux. Cela pouvait ne pas arriver, si… Et c’est là où je me perds : dans ce si… Une mouche qui s’entête à te poursuivre, un mouvement que tu fais pour la chasser peuvent d’ici six, dix, quinze ans, donner motif à qui sait quelle catastrophe. Je n’exagère pas, je n’exagère pas ! Il est certain qu’en vivant, regarde, nous mettons en jeu – littéralement, oui – des forces impondérables, inconsidérées. Tu l’admets, n’est-ce pas ? Ensuite, ces forces se mettent en jeu toutes seules, se déroulent de façon latente, te tendent un filet, un piège que tu es incapable de découvrir, mais qui t’enveloppera à la fin, t’enserrera ; alors tu te trouves pris, sans pouvoir t’expliquer comment et pourquoi. C’est cela… Les plaisirs d’un moment, les désirs immédiats s’imposent à toi, inutile de discuter."


mercredi 21 décembre 2022

Pirandello (viager)

Pirandello, La rente viagère : 

"Je ne peux vous pardonner qu’à une seule condition : celle de faire à ce brigand ce que vous avez fait à mon premier mari. Écorchez-le tout vif, faites-le mourir avant vous et vous aurez mon pardon. Et surtout ne vous risquez pas à vouloir mourir maintenant ! Il ne doit pas jouir du domaine, ce brigand, pas boire le sang de mon mari ! Si vous êtes chrétien, si vous possédez une conscience, si l’honneur vous tient à cœur, vivez, continuez à vivre, tout épanoui de santé, je vous en prie ! Florissant et vigoureux jusqu’à ce qu’il crève ! Vous avez compris ?"



mardi 28 janvier 2020

Pirandello (sujet-objet)


Pirandello, Quand j'étais fou (Nouvelles, Quarto, 196-197) : 
« Revenons au temps où j'étais fou. [...] il me semblait que l'air entre moi et les choses d'alentour devenait peu à peu plus intime et que mon regard allait au-delà de la perception naturelle. Attentive et fascinée par cette intimité sacrée avec les choses, mon âme descendait à la limite des sens et percevait le plus léger mouvement, la plus légère rumeur. Un grand silence stupéfait régnait en moi au point que, tout proche, un battement d'ailes me faisait sursauter et qu'un trille lointain me donnait presque un sanglot de joie : je me sentais heureux pour les petits oiseaux qui à cette saison ne souffrent pas du froid et trouvent de quoi manger en abondance dans la campagne ; heureux comme si je les avais réchauffés de mon haleine et nourris de ma propre main. 
Je pénétrais aussi dans la vie des plantes et du caillou, du brin d'herbe, je m'élevais petit à petit, accueillant et sentant en moi la vie de toute chose, au point que j'avais l'impression de devenir presque le monde entier : les arbres auraient été mes membres, les fleuves mes veines, la mer aurait été mon corps et l'air mon âme. Et pendant un moment, j'allais ainsi extatique et tout pénétré de cette divine vision. 
Celle-ci s'étant dissipée, je restais haletant comme si, dans ma maigre poitrine, j'avais vraiment recueilli toute la vie de l'univers. »