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jeudi 30 mai 2024

Ronsard (coït)

Ronsard, Amours, XII :


Quand en songeant ma follastre j’accole,
Laissant mes flancs sur les siens allonger,
Et que d’un branle habilement leger
En sa moitié ma moitié je recole :
Amour, adonc si follement m'affole,
Qu'un tel abus je ne voudroi changer,

Non au butin d’un rivage estranger,
Non au sablon qui jaunoye au Pactole.
Mon Dieu ! quel heur et quel contentement
M’a fait sentir ce faux recolement,
Changeant ma vie en cent metamorphoses ?
Combien de fois doucement agité,
Suis-je ore mort, ore resuscité
Entre cent liz, et cent vermeilles roses ?


jeudi 21 décembre 2023

Chassignet (mort)

Chassignet, Un cors mangé de vers 

(Le Mespris de la vie et consolation contre la mort, cité par Jean Rousset, Anthologie de la poésie baroque, Corti, 1988, t. 2, p. 114)


Mortel, pense quel est dessous la couverture 

D’un charnier mortuaire un cors mangé de vers, 

Descharné, desnervé, où les os descouvers, 

Depoulpez, desnouez, delaissent leur jointure ;


Icy l’une des mains tombe de pourriture, 

Les yeux d’autre costé destournez à l’envers

Se distillent en glaire, et les muscles divers 

Servent aux vers goulus d’ordinaire pasture ;


Le ventre deschiré cornant de puanteur 

Infecte l’air voisin de mauvaise senteur, 

Et le né my-rongé difforme le visage ;


Puis connoissant l’estat de ta fragilité,

Fonde en Dieu seulement, estimant vanité 

Tout ce qui ne te rend plus scavant et plus sage.


inspiré de Ronsard :

https://lelectionnaire.blogspot.com/2022/11/ronsard-vieillesse.html



jeudi 17 novembre 2022

Ronsard (vieillesse)

Ronsard, Derniers Vers 1586 :


"Je n'ai plus que les os, un Squelette je semble,

Décharné, dénervé, démusclé, dépulpé,

Que le trait de la mort sans pardon a frappé,

Je n'ose voir mes bras que de peur je ne tremble.

Apollon et son fils deux grands maîtres ensemble,

Ne me sauraient guérir, leur métier m'a trompé,

Adieu plaisant soleil, mon œil est étoupé,

Mon corps s'en va descendre où tout se désassemble.

Quel ami me voyant en ce point dépouillé

Ne remporte au logis un œil triste et mouillé,

Me consolant au lit et me baisant la face,

En essuyant mes yeux par la mort endormis ?

Adieu chers compagnons, adieu mes chers amis,

Je m'en vais le premier vous préparer la place."



mercredi 31 mars 2021

Ronsard (inspiration)

 Ronsard, à Michel de l'Hospital, Ode X :

Strophe 13

[...]

Antistrophe

A fin (o Destins) qu'il n'avienne 

Que le monde appris faussement, 

Pense que vostre mestier vienne 

D'art, et non de ravissement : 

Cest art penible et miserable 

S'eslongnera de toutes parts

De vostre mestier honorable 

Desmembre en diverses parts, 

En Prophetie, en Poesies,

En mysteres et en amour,                           

Quatre fureurs qui tour-à-tour

Chatouilleront vos fantasies.


Epode

Le traict qui fuit de ma main, 

Si tost par l’air ne chemine,

Comme la fureur divine

Vole dans un caeur humain, 

Pourveu qu'il soit prépare, 

Pur de vice, et repare

De la vertu precieuse.

Jamais les Dieux qui sont bons           

Ne respandent leurs saints dons

Dans une ame vicieuse.


Strophe 14

Lors que la mienne ravissante

Vous viendra troubler vivement,

D’une poitrine obeissante

Tremblez dessous son mouvement:

Et souffrez qu’elle vous secoue

Le corps et l’esprit agité,

A fin que Dame elle se joue

Au temple de sa Deité .                     

Elle de toutes vertus pleine,

Des mes secrets vous remplira,

Et en vous les accomplira

Sans art, sans sueur ne sans peine.


Antistrophe

Mais par-sur tout prenez bien garde, 

Gardez-vous bien de n'employer

Mes presens dans un coeur qui garde 

Son peche, sans le nettoyer :

Ains devant que de luy respandre,

Purgez-le de vostre douce eau,                   

A fin que bien net puisse prendre

Un beau don dans un beau vaisseau :

Et luy purgé, à I'heure à l'heure 

Tout ravi d'esprit chantera

Un vers en fureur qui fera

Au coeur des hommes sa demeure. [...]


Ceux que je veux faire poètes

Par la grâce de ma bonté,

seront nommés les interprètes

des Dieux de leur volonté.