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dimanche 8 février 2026

Hill ("musique")

Hill (Nathan), Bien-être :  

"Elle écoute un groupe dont elle ignore toujours le nom parce qu’il s’est noyé dans le bruit des instruments. Le type avec qui elle est venue le lui a crié, ce nom, à quelques centimètres à peine de son oreille, deux fois, mais sans résultat. Le batteur et le guitariste ont tous les deux l’air résolus à empêcher tout comportement autre qu’une concentration stricte et maximale sur leur personne. Même les paroles des chansons – qui évoquent apparemment l’insatisfaction et la douleur spirituelle qui torturent le chanteur – sont noyées dans un mugissement de cordes de guitare, tandis que le batteur, surexcité, n’a l’air capable d’exécuter qu’une seule manœuvre rudimentaire impliquant un grand nombre de cymbales. Les gens autour d’eux dansent moins qu’ils ne tressautent en rythme. Les verres au bar se commandent uniquement par gestes. [...]

Le groupe termine son set, enfin, par un grand rugissement, semblable au long rugissement précédent, excepté peut-être la force et la vivacité des coups de cymbales. Impossible d’aller crescendo quand on est au volume maximal depuis le début, alors le groupe accélère, le rythme se comprime au point que tout ce qui sort de ces grosses enceintes se transforme en bouillie."


mardi 20 mai 2025

Hill (unanime)

Hill (Nathan), Les Fantômes du vieux pays 9, 7 : 

"Ce calme, cette paix se sont propagés jusqu’à ceux qui hurlaient sur les flics, arrachaient des bouts de trottoir à balancer dans la vitrine de l’hôtel Conrad Hilton en un spasme de rage déchaînée, trahissant leur colère monstrueuse, et ils se retournent lorsqu’on leur met la main sur l’épaule, ils voient un regard apaisant et doux, lui-même tranquillisé par un autre derrière lui, et ainsi de suite, chacun son tour, dans une longue chaîne remontant jusqu’à Ginsberg, qui insuffle à tous la puissance de son chant.

Il a suffisamment de paix en lui pour eux tous.

Son chant se déverse en eux, déverse sa beauté, qui devient la leur, qui devient leur être. Ils font corps avec le chant. Ils font corps avec Ginsberg. Ils font corps avec les flics, avec les politiciens. Avec les snipers sur les toits, les agents des Services secrets, le maire, les journalistes et tous les ravis de la crèche hochant la tête au rythme d’une musique qu’ils ne peuvent pas entendre dans le Haymarket Bar : ils ne sont plus qu’un seul et même corps. Traversé par la même lumière.

Ainsi donc le calme se répand sur la foule en cercles concentriques à partir du poète, comme des ondulations sur un lac, comme ce haïku de Bashō qu’il aime tant : «Paix du vieil étang. Une grenouille plonge. Bruit de l’eau.» "



This calm, this peace has rippled out to the far borders. Protesters standing there lost in the crowd screaming at the cops and maybe digging up chunks of sidewalk to throw at the Conrad Hilton Hotel in a spasm of loose rage and wildness because they’re just so angry at all of it when someone touches their shoulder from behind and they turn to find these gentle soothing eyes made tranquil and serene because they themselves were touched by the person behind them, and they in turn by the person behind them, one long chain leading all the way back to Ginsberg, who’s powering this whole thing with his chanting’s great voltage.

He has enough peace for all of them.

They feel part of his song pour into them, and they feel its beauty, and then they are its beauty. They and the song are the same. They and Ginsberg are the same. They and the cops and the politicians are the same. And the snipers on the roofs and the Secret Service agents and the mayor and the newsmen and the happy people inside the Haymarket Bar bopping their heads to music they cannot hear : all of them are one. The same light threads through them all.

And thus a calm comes over the crowd in a slow circle around the poet, moving outward from him like ripples on water, like in that Bashō poem he loves so much: the ancient pond, the still night, a frog jumps in.

Kerplunk.


lundi 19 mai 2025

Hill (promo)

Hill (Nathan), Les fantômes du vieux pays V, 1 :

"On a réfléchi, lancé des pistes, et l’un de nos jeunes publicistes, tout frais diplômé de Yale, qui a toujours des idées incroyables, en a encore eu une éblouissante. Si on les invitait à venir la regarder préparer des pâtes chez elle. Excellent, non ?

— J’imagine qu’il y a une raison particulière pour les pâtes ?

— Plus populaire que la viande dans les enquêtes d’opinion. Moins clivant que le steak ou le poulet. Élevage extensif ou intensif ? Avec ou sans antibiotiques ? Avec ou sans cruauté animale ? Bio ? Casher ? Le fermier a-t-il enfilé des gants de soie pour caresser le pelage de la bête tous les soirs avant qu’elle s’endorme en lui chantant de jolies berceuses ? Aujourd’hui, commander un hamburger, c’est affirmer un choix politique. Alors que les pâtes, c’est encore à peu près neutre, pas polémique."



— We brainstormed and spitballed and one of our junior publicists, this recent Yale grad who is going places let me tell you, he has this dazzling idea. He says let’s have them watch her make pasta at home. Brilliant, right ?”

— I’m guessing there’s a special reason it was pasta.

— It focus-tests better than meat. Steak and chicken have too much baggage these days. Was it free-range? Antibiotic-free ? Cruelty-free ? Organic ? Kosher ? Did the farmer wear silken gloves to caress it to sleep every night while singing gentle lullabies ? You can’t order a fucking hamburger anymore without embracing some kind of political platform. Pasta is still pretty neutral, unobjectionable.


lundi 12 mai 2025

Hill (projets)

Hill (Nathan), Les Fantômes du vieux pays, [2016] trad. M. Bach [2017], chap. 4 :

"Je ne peux pas avoir une mauvaise note à ce cours : si je ne valide pas mes unités en sciences humaines, je ne pourrai pas dégager la place nécessaire dans mon emploi du temps en septembre pour les cours de statistiques et d’informatique que je devrai suivre pour prendre de l’avance avant l’été suivant où il faudra que je valide mes points de stage pour pouvoir avoir mon diplôme en trois ans et demi, ce qu’il faut absolument que j’arrive à faire parce que l’argent que mes parents avaient prévu pour mes études ne couvre plus quatre années complètes car ils ont dû puiser dedans pour payer leur divorce et ils m’ont expliqué que “tous les membres de la famille doivent faire des sacrifices en temps de crise” et que le mien consisterait soit à faire un prêt* pour payer mon dernier semestre à l’université, soit à me botter le cul pour avoir mon diplôme plus rapidement. En gros, si je redouble ce cours, je fiche par terre** tout mon plan."


Notes : 

* "faire un prêt " est devenu l'expression "normale" pour dire "contracter un emprunt"

** "fiche par terre", pour "screw up", qui se rendrait plutôt par "nique" (cf. une déclaration du Président Trump à propos de l'UE). 


I cannot fail this class because I need it to satisfy a humanities credit so I have room in my fall schedule to take statistics and micro so I can be ahead for the next summer when I’ll need to get internship credit so I can still graduate in three and a half years, which I have to do because my parents’ college fund won’t cover four full years even though there used to be plenty of money in it but they had to use it for the divorce lawyer and they explained to me that ‘everyone in the family has to make sacrifices in this difficult time’ and mine would be either taking out a loan for my last semester in college or busting my butt to finish early and so if I have to repeat this class it’ll screw up the whole plan.