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dimanche 20 juillet 2025

Confiant (roman)

Confiant, L'Allée des soupirs chap. 14 : 

"Tout un chacun ici est un héros possible de roman. Personne n'est insignifiant car la vie de chacun est comme redoublée par l'effet de grotesque. Il y a comme... comme un excès de vie en chaque être et il suffit de gratter légèrement le vernis du quotidien pour se rendre compte que chacun est le fruit d'une somme incroyable de déraisons, de légendes entremêlées, d'hérédités biologiques et sociales proprement inouïes. En Europe, nos vies sont en un sens plus simples.

[...] Il faut inventer [...] une forme neuve, une architecture disparate qui soit en mesure, comment dire... qui puisse épouser chaque méandre de la réalité sans pour autant prétendre l'épuiser. Il faudrait bâtir le roman créole à l'aide de pans inachevés. Donner à lire un monde hétéroclite, un peu sur le modèle de vos cases créoles. Regardez celles des Terres-Sainvilles ou du Morne Pichevin : deux feuilles de tôle ondulée ici, trois bouts de planche là, quelques briques hâtivement empilées surmontées d'une plaque de fibro-ciment, le tout colmaté par des feuilles de cocotier sèches ou de lattes de bois-ti-baume."



lundi 14 juillet 2025

Confiant (école)

Confiant (Raphaël), L'Allée des soupirs, 1, 2 : 

"Ladite école, collée au chantier du port où l'on réparait la coque des bateaux de marchandises, n'était qu'une propédeutique au métier de péripatéticienne. Les marins panaméens, libériens, chinois, espagnols ou danois que le désœuvrement taraudait, avaient élu domicile derrière le mur d'enceinte protégeant l'école du Bassin de Radoub. A chaque récréation, ils extorquaient des gloussements aux fillettes contre un sachet de bonbons ou, plus rarement, deux francs et quatre sous de menue monnaie étrangère parfaitement imbrocantable en pays français. Les plus vicieuses d'entre les fillettes avaient creusé un trou dans le mur, à l'abri des cabinets, et marchandaient durement une suce ou une pénétration jusqu'à ce qu'un beau matin leur ventre enflât et qu'on les fichât à la porte."