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lundi 2 septembre 2024

Olécha (adolescente)

Olécha, L’Envie trad. Sokologorski, coll. Points p. 126 : 

"Et voilà ce que vit Kavalérov : Valia se tenait au milieu de la pelouse, les jambes largement et solidement écartées. Elle portait un petit short noir très relevé et ses jambes étaient nues très haut, – toute l'architecture de ces jambes était visible. Elle était pieds nus dans des chaussures de sport blanches, et le fait que ces chaussures soient plates rendait sa façon de se tenir encore plus stable et plus ferme. Elle n'était en rien féminine cette façon de se tenir, mais bien masculine ou enfantine. Ses jambes étaient sales, brunies et luisantes. C'étaient des jambes de petite fille, ces jambes si souvent soumises à l'action de l'air, du soleil, aux chutes sur les petites mottes et sur l'herbe et aux coups qu'elles deviennent grossières, se couvrent de petites cicatrices à cause des petites croûtes arrachées trop tôt, alors que les genoux deviennent rugueux comme de l'écorce d'orange. L'âge et la certitude subconsciente de sa richesse physique donnent à leur maîtresse le droit de prendre si peu soin de ses jambes, de ne pas s'en soucier, de ne pas les soigner. Mais plus haut, sous le short noir, la propreté et la douceur du corps laisse deviner combien merveilleuse sera leur maîtresse quand elle mûrira et deviendra femme, quand elle commencera à faire attention à son corps, quand l'envie lui viendra de l'orner, quand toutes les petites blessures seront guéries, quand les croûtes tomberont d'elles-mêmes, quand le hâle s'égalisera pour devenir teint."


vendredi 28 janvier 2022

Olécha (réveil)

     Olécha, L’Envie, traduction Nivat p. 138 :
    "Le sommeil la barbouillait de sucre. Elle dormait la bouche ouverte, en glougloutant comme font les petites vieilles.
    Les punaises vivaient leur vie et menaient grand tapage. On aurait pu croire que quelqu'un était en train de déchirer le papier peint. Des cachettes de punaises que le jour ignore entraient en activité. Le bois de lit grossissait, enflait.
    L’appui de la croisée commença à rosir.
   Une douce pénombre flottait dans la pièce. Les secrets de la nuit sortaient des coins de la pièce, se glissaient le long des murs, enveloppaient nos héros endormis et allaient se couler sous le lit.
    Kavalérov se redressa soudain, les yeux grands ouverts.
Ivan se tenait au pied du lit."

jeudi 6 janvier 2022

Olécha (matin)

     Olécha, L’Envie, début, trad. Nivat :
   "Le matin, il chante dans les waters. Vous pouvez voir combien sa santé est florissante, combien il est heureux de vivre. L'envie de chanter naît en lui d'une manière réflexe. Ses chansons, qui n'ont ni mélodie ni parole, rien qu'un « ta-ra-ra » qu'il pousse de trente six façons différentes, peuvent s'interpréter ainsi :
    « Comme je trouve la vie belle... ta-ra ! Ta-ra !... Mon ventre est bien souple... ra-ta-ta-ta-ra-ri... Mes humeurs circulent comme il convient... ra-ta-ta-dou-ta-ta... Vas-y intestin, contracte-toi... tram-ba-ba-boum ! »
   Quand il passe à côté de moi, le matin, sortant de sa chambre (je fais semblant de dormir) et qu'il prend la porte conduisant au cœur de l'appartement, à savoir aux toilettes, mon imagination s'y transporte avec lui. J'entends son remue-ménage dans la petite cabine trop étroite pour son corps lourd. Son dos frotte contre l'intérieur de la porte qu'il vient de refermer, ses coudes se cognent contre les parois, il se déplace à tout petits pas glissants. La porte des toilettes a une petite vitre mate de forme ovale. Il allume, l'ovale s'éclaire de l'intérieur et devient magnifique, couleur d'opale, on dirait un œuf. Je vois par la pensée cet œuf pendu dans l'obscurité du couloir.
    Il fait deux cents livres. Il y a quelques jours, en descendant un escalier, il a remarqué que ses seins tressautaient au rythme de ses pas. En conséquence de quoi il a décidé d'ajouter une nouvelle série d'exercices à sa gymnastique matinale.
   Il est un spécimen tout à fait remarquable de la race des hommes."

déjà cité en partie dans mon billet :
http://lecalmeblog.blogspot.com/2019/07/nabokov-olecha.html