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vendredi 17 mai 2024

Sallis (vie)

Sallis, Bois mort [Cypress Grove], traduction Estournet & Seago, chap. 7 : 

" — Vous n’êtes pas flic, non ? 

 — Plus depuis longtemps. Je l’ai été.

Elle attendit, et au bout d’un moment je lui racontai les grandes lignes.

— Une autre vie comme dans les Anabac.

— Quoi ? 

— Ces résumés de grands livres que lisent les étudiants au lieu de lire les livres eux-mêmes. Nous sommes nombreux à ressentir notre vie comme ça. Nous définissons qui nous sommes et ce que nous sommes en quelques rapides coups de pinceau, puis nous nous évertuons à coller à cette image. Toutes les bonnes choses, les petits trucs et les détails qui rendent le reste valable — le café et le journal du dimanche matin, le goût du pain qui sort du four, le frisson du vent sur la peau, la présence de celui qu’on aime – , tout ça est mis de côté. Négligé, perdu.

— Si on laisse faire.

— Si on laisse faire, oui."


"You’re not a cop, are you ?”

“Not for a long time. I was.”

She waited, and after a moment I told her the basics.

“Another Cliff Notes life.”

“What ?”

“Those pamphlets on great books that students read instead of the books themselves. A lot of us experience our lives that way. Sum up who we are and what we’re about as a few broad strokes, then do our best to cleave to it. All the good stuff, the small things and distinctions that make the rest worthwhile – Sunday mornings sitting over coffee and the paper, taste of bread fresh from the oven, the feel of wind on your skin, sensing the one you love there beside you – all these get pushed aside. Unnoticed, lost.”

“If we let them.”

“If we let them, right"


dimanche 21 avril 2024

Sallis (paysage urbain)

Sallis, Bois mort [Cypress Grove], trad. Estournet & Seago, chap. 2 :

"Il fit descendre la bête [=l'auto] le long de Jefferson, au travers d’une spectaculaire collection de nids-de-poule, jusqu’à Washington Bottoms et ce qui semblait être soit une zone d’entrepôts depuis longtemps abandonnée, soit le décor d’une saga de science-fiction d’après-guerre. Nous nous rangeâmes près des seules formes de vie visibles, toutes agglutinées autour d’une station Spur qui annonçait «Le top du barbecue». Un immeuble d’habitation de quatre étages s’était effondré et une jeune femme était assise sur le rebord du trottoir à contempler ses chaussures, des filets de salive serpentant lentement le long d’un T-shirt noir où on pouvait lire ATEFUL DE D. Sur la droite, une gigantesque dent en bois pourrie pendait devant ce qui avait été autrefois l’officine d’un dentiste. Du terrain vague à gauche, vierge de toute empreinte humaine, avait éclos une fière moisson de pneus de voiture, de sacs d’ordures, de pièces de chariots de supermarché, de bicyclettes et de glacières en plastique, d’éclats de briques et de parpaings."


He hauled the beast down Jefferson towards Washington Bottoms, over a spectacular collection of potholes and into what appeared to be either a long-abandoned warehouse district or the set for some postwar science fiction epic. We pulled up alongside the only visible life-forms hereabouts, all of them hovering about a Spur station advertising “Best Barbecue.” A four-floor apartment house across the street had fallen into itself and a young woman sat on the curb outside staring at her shoes, strings of saliva snailing slowly down a black T-shirt reading ATEFUL DE D. A huge rotting wooden tooth hung outside the onetime dentist’s office to the right. The empty lot to the left had grown a fine crop of treadbare auto tires, bags of garbage, bits and pieces of shopping carts, bicycles and plastic coolers, jagged chunks of brick and cinder block.