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samedi 2 mars 2024

Benda (paragraphe)

Benda, Du style d'idées – Réflexions sur la pensée VI, 3, b : 

"Le paragraphe organisé est, en quelque sorte, une dilatation de la phrase organisée ; j'entends qu'il présente, lui aussi, une proposition centrale avec des dépendances, mais qui seront ici des phrases entières, le tout comportant une unité de direction, semblable à celle d'un corps vivant par-dessus la diversité de ses parties. La loi de cet être verbal est la convergence, c'est-à-dire que le développement des dépendances n'y doit jamais prendre des proportions telles qu'elles empêchent d'apparaître le centre unique auquel elles s'attachent, comme il arrive chez ce romancier français contemporain, dont les paragraphes, avec leurs subalternes qui engendrent d'autres subalternes, leurs incidentes qui lèvent d'autres incidentes, leurs parenthèses qui aimantent d'autres parenthèses, font totalement perdre au lecteur le sens de leur unité de but, en accordant qu'elle existe."


vendredi 23 février 2024

Benda (style d'idées)

Benda, Du Style d'idées – Réflexions sur la pensée, avant-propos : 

"Le style d'idées est au fond le même sujet que la pensée. Le style d'idées a en effet cela de particulier, par quoi il diffère du style littéraire, qu'il doit se mouler exactement sur la pensée, de même qu'en retour celle-ci lui demande de ne lui valoir qu'un vêtement transparent sans rechercher de beauté pour lui-même, sa beauté consistant dans le parfait de cette transparence. On pourrait observer à ce propos que les fameux vers de Boileau prêtent à l'esprit une action en deux temps, laquelle au vrai n'en présente qu'un. Il ne semble point que l'esprit commence par « concevoir bien », c'est-à-dire par former une idée claire et que ce soit ensuite que pour exprimer cette idée les mots « arrivent aisément ». La vérité est que ces deux opérations n'en font qu'une et que, lorsque l'esprit forme vraiment une idée claire, les mots voulus sont là dans le même moment, par la raison que notre esprit est ainsi fait que la formation d'un concept et l'évocation d'un mot sont un seul et même acte."