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jeudi 9 septembre 2021

Martin du Gard (gloutonnerie 2)

 
Martin du Gard (Roger), Vieille France chap. XIX :
"Tout maigre qu'il est, Arnaldon est le premier mangeur du canton, peut-être du département. Jamais deux heures à jeun. Dix fois par jour, il ouvre la porte et crie dans l'escalier : — « Marie-Jeanne, j'ai besoin de prendre ! » Marie-Jeanne a l'habitude ; elle arrive avec deux oeufs pochés dans un bol de bouillon, ou bien une assiette de viande froide, ou simplement du fromage de chèvre, fermenté à point dans la cendre. Mais ce n'est là qu'une collation. Il faut voir le Maire, au début de chaque repas, tandis que sa fille met le couvert, bâfrant, debout, afin d'apaiser ce qu'il appelle la première faim, une platée de rillettes bien grasses qu'il étale sur des tranches de pain frais, puisant à même la terrine avec une pelle de bois. Le miracle est qu'il ne s'en porte pas plus mal. Même pas congestionné pendant qu'il digère. Il sort de table quand les plats sont vides, boit un plein bol de café, deux verres de cognac, allume sa pipe, s'en va aux latrines, et retourne à ses affaires, aussi dispos que s'il avait gobé un oeuf."


mercredi 8 septembre 2021

Martin du Gard (gloutonnerie)

Martin du Gard (Roger), Confidence africaine éd. Dilettante p. 20-21 : 

"[Elle] n’était pas belle ; je dirai même que ses paupières plissées de tortue, son masque envahi de graisse, son teint huileux, son torse piriforme, avachi par les grossesses et les allaitements, conspiraient à faire d’elle un souverain remède contre la concupiscence. Je m’expliquai mieux sa complexion après l’avoir vue se gaver d’une sorte de compote visqueuse, dont elle raffolait, faite de figues imbibées de crème fraîche et de miel. En sus des plâtrées de macaroni qu’elle bâfrait aux repas, elle mâchait du matin au soir des loukoums gluants, et ne parlait guère que la bouche pleine. Son tiroir-caisse était garni de dattes fourrées à la pistache ou de pâtes de fruits ; et sa monnaie était toujours poisseuse. Je dois ajouter, pour être juste, que sa gourmandise avait un caractère impérieux, passionnel, qui l'empêchait presque d'être répugnante : cette voracité semblait être la revanche, le refuge, de toutes les ardeurs d'une femme ; et cela n'était pas très loin du pathétique."