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mardi 30 janvier 2024

Quignard (dépression)

Quignard, Les Désarçonnés (2012), 4° de couv. : 

"Pour toute renaissance il faut repasser par la naissance. C'est ce que les psychanalystes appellent la détresse originaire. Il faut recommencer la mue souche, l'extrême défaillance musculaire, la désorientation totale, la dépendance infinie, la nudité, le silence, la faim, la mort qui hante, l'effroi natal. C'est exactement ce que les Modernes appellent la dépression nerveuse. Ma thèse est infiniment simple : c'est que la dépression nerveuse et la détresse originaire sont la même chose. C'est la première étape. C'est la seule étape qu'on ne peut pas sauter. C'est l'étape à laquelle il est nécessaire de revenir à chaque difficulté que l'on rencontre. Toute métamorphose suppose un reconditionnement à zéro. La dépression miracule. Ce n'est pas le médecin, le psychanalyste, le prêtre, l'antidépresseur, la drogue, qui guérissent de la dépression, c'est la dépression."


dimanche 21 juin 2020

Quignard (transitions)

Quignard, entretien, France-Culture, octobre 2016 : 

« … couper tout ce qui est mauvais, retirer tout ce qui est sentimental […] J’ai été influencé par le cinéma ‘cut up’ ; maintenant, je trouve qu’avec les arts que nous avons expérimentés, les liaisons sont devenues complètement inutiles ou même fastidieuses ; expliquer ce qui s’est passé dans le chapitre précédent… On peut faire confiance à l’intelligence de ceux qui lisent, et faire ‘cut’ sans arrêt, et les gens bondissent comme il faut. [animateur : « La marquise sortit… » c’est terminé ?] Je pense que oui, que c’est le cinéma qui a permis cela, même au théâtre, dans la danse, la liaison est devenue insupportable. Si vous prenez par exemple les textes de la Renaissance, ces longues périodes où on dit dix fois la même chose, […] c’est devenu insupportable. »