Affichage des articles dont le libellé est Leopardi. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Leopardi. Afficher tous les articles

vendredi 20 décembre 2024

Bourget (Leopardi)

Bourget, Sensations d’Italie, 'Toscane' p. 158 [Leopardi] :

"C’est là, parmi ces vieux volumes aux couvertures de parchemin, que le large fleuve de cette poésie nihiliste a pris sa source. C'est à lire ces livres que le jeune noble de Recanati est parvenu, dès sa vingt-cinquième année et avant d'avoir vécu, à la plus définitive condamnation de l'existence qui ait été formulée dans le siècle de Schopenhauer et de Byron. L'originalité profonde du pessimisme de Leopardi réside, en effet, dans ce caractère presque impersonnel, qui, par certains côtés et à travers d'innombrables différences, rappelle le phénoménisme de Lucrèce. L'un et l'autre, quoique poètes et grands poètes, ont été des philosophes dans la pleine vigueur de ce mot, capables d'idée autant que de sentiment, de doctrine autant que d'imagination. Ils ont commencé par des vues générales, et non point, comme Byron lui-même, comme Musset, comme Henri Heine, par une douleur tout individuelle."


samedi 14 mai 2022

Leopardi (bonheur)

 Leopardi, Zibaldone, 6 nov. 1823, éd. Allia, (2003), trad. Schefer : 

"Celui qui sait se nourrir de petits bonheurs, qui recueille dans son cœur les petits plaisirs qu’il a éprouvés durant la journée et qui sait donner du poids à ses petites aventures, traverse facilement l’existence, et s’il n’est pas heureux, il peut croire qu’il l’est sans s’apercevoir qu’il n’en est rien. Mais celui qui ne s’intéresse qu’aux grands bonheurs, qui compte pour rien ces petits événements agréables, ces petites victoires, satisfactions, réussites, etc., qui ne cherche pas à s’en nourrir, qui n’y revient plus et qui pense que tout n’est que néant s’il n’atteint pas le but important et difficile qu’il s’était proposé, celui-là vivra toujours dans l’affliction, dans l’anxiété, sans aucune jouissance et il ne trouvera jamais qu’un malheur perpétuel à la place de son grand bonheur. Et quand il l’atteindra, il le trouvera bien inférieur à ses espérances, comme cela arrive toujours avec ce que l’on désire et recherche ardemment."

 

Chi sa pascersi delle piccole felicità, raccogliere nell'animo suo i piccoli piaceri che ha provato nella giornata, dar peso presso se medesimo alle piccole fortune, facilmente passa la vita, e se non è felice, può crederlo, e non accorgersi del contrario. Ma chi non dà mente se non alle grandi felicità, non considera come guadagno, e non proccura di pascersi e ruminare seco stesso i piccoli accidenti piacevoli, le piccole riuscite, soddisfazioni, conseguimenti ec. e tiene rutto per nulla, se non ottiene quel grande e difficile scopo che si propone; vivrà sempre cruccioso, ansioso, senza godimenti, e in vece della gran felicità, ritroverà una con-tinua infelicità. Massimamente che, conseguito ancora quel grande scopo, lo troverà molto inferiore alla speranza, come sempre accade nelle cose lungamente desiderate e cercate. 



lundi 23 août 2021

Leopardi (nature)

Leopardi, Zibaldone, trad. Schefer § 63-64 : 

"Qu’il était beau le temps où chaque chose vivait selon l’imagination de l’homme et vivait humainement, c’est-à-dire quand tout était habité ou peuplé d’êtres semblables à nous ; quand on était certain que dans les forêts désertes habitaient les belles hamadryades, les faunes, les sylvains, Pan, etc. Lorsqu’on y pénétrait, n’y voyant que solitude, on les imaginait pourtant toutes habitées, comme les sources où demeurent les Naïades, etc., et en étreignant contre son cœur un arbre, on sentait presque palpiter entre ses mains ce que l’on prenait pour une femme ou un homme, tel Cyparis, etc., comme les enfants font avec les fleurs, etc."


Che bel tempo era quello nel quale ogni cosa era viva secondo l'immaginazione umana e viva umanamente cioè abitata o formata di esseri L(Aluguali a noi, quando nei boschi desertissimi si giudicava per certo che abitassero le belle Amadriadi e i fauni e i silvani e Pane ec. ed en-trandoci e vedendoci tutto solitudine pur credevi tutto abitato e così de' fonti abitati dalle Naiadi ec. e stringen-doti un albero al seno te lo sentivi quasi palpitare fra le mani credendolo un uomo o donna come Ciparisso ec. e così de' fiori ec. come appunto i fanciulli.  


mercredi 17 mars 2021

Leopardi (art)

 Leopardi, Zibaldone, éd. B. Schefer, Allia, 2003 : 

[6 novembre 1820] 

"Les œuvres de génie ont le pouvoir de représenter crûment le néant des choses, de montrer clairement et de faire ressentir l'inévitable malheur de la vie, d'exprimer les plus terribles désespoirs, et d'être néanmoins une consolation pour une âme supérieure accablée, privée d'illusions, en proie au néant, à l'ennui et au découragement ou exposée aux peines les plus amères et les plus mortifères. En effet, les œuvres de génie consolent toujours, raniment l'enthousiasme et, en évoquant et représentant la mort, elles rendent momentanément à l'âme cette vie qu'elle avait perdue : ce que l'âme contemple dans la réalité l'afflige et la tue, ce qu'elle contemple dans les œuvres de génie qui imitent ou évoquent d'une autre manière la réalité des choses, la réjouit et lui redonne vie."