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jeudi 8 septembre 2022

Charyn (voisin)

Charyn (Jerome), Marilyn la dingue, trad. R. Fitzgerald, chap X : 

"En sa qualité de fille célibataire d’Isaac, elle partageait les waters avec le vieil homme qui habitait de l’autre côté du palier. Ce vieil homme usait et abusait des lieux. Célibataire, lui aussi, il méprisait les femmes qui s’asseyaient pour faire pipi. Marilyn était obligée de tirer la chasse après lui car il répugnait au vieil homme de toucher le piston fixé au réservoir. Elle aurait pu éviter ce célibataire s’il avait pris la peine de fermer la porte des W.-C. Il avait coutume de s’asseoir, son pantalon entortillé autour d’un clou, au-dessus de sa tête, et de frapper du poing ses genoux cagneux en chantant des chansons démentes qui, à en juger par ses accents fiévreux, devaient être des chansons d’amour. Marilyn n’avait pas d’autre indice. Les paroles ne s’assemblaient pas en un langage que Marilyn pût identifier ; on aurait dit qu’il gazouillait des bribes d’anglais, de yiddish et de hongrois. Marilyn n’avait aucune envie d’en démêler le but et la signification."


As Isaac’s bachelor daughter, she shared the toilet with an old man across the hall. This old man hogged the facilities. A bachelor himself, he despised any woman who peed sitting down. Marilyn had to flush the toilet after him ; he was much too squeamish to touch the plunger attached to the water box. She might have avoided the bachelor altogether if he had bothered to close the toilet door. He would sit with his pants bunched around a nail over his head, bang his raw knees with a fist, and sing outrageous songs through the door, courtship songs, Marilyn imagined, because of the bachelor’s feverish intonation. She had no other clue. The songs wouldn’t cohere into a language Marilyn understood ; he seemed to chirp scraps of English, Yiddish, and Hungarian. Marilyn had little desire to tease out their intent.



mardi 6 septembre 2022

Charyn (père et fils)

Charyn (Jerome), Marilyn la dingue, trad. R. Fitzgerald, chap  VIII : 

"Si Rupert avait en lui un dybbuk, un démon qui lui rongeait les tripes, qui l’y avait mis ? Un tel dybbuk ne pouvait être transmis que de père en fils. La violence que Philip avait infligée à son corps, le rongement de ses propres membres, les lacérations qui le grignotaient peu à peu, le pourrissement de la réclusion, le poison des formules d’échecs, les carnages relatifs perpétrés sur un échiquier, les caresses démentes à des hommes de bois, pions, fous et rois, avaient dû engendrer une horrible belette qui s’était glissée sous la peau de Rupert, lui avait empoigné les testicules, noué les tripes et enragé l’esprit. Le dybbuk n’était autre que Philip."


If Rupert had a dybbuk in him, a demon sucking at his intestines, who put it there ? Such a dybbuk could only be passed from father to son. The violence Philip had done to his body, the gnawing of his own limbs, the self lacerations that came a nibble at a time, the rot of living indoors, the poison of chess formulas, degrees of slaughter acted out on a board, the insane fondling of wooden men pawns, bishops, and kings, must have created a horrible scratchy weasel that crept under Rupert’s skin, grabbed hi testicles, tightened his guts, and caused conniptions in his brain. The dybbuk was Philip. No one else.