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vendredi 5 août 2022

Fante [Dan] (chien)

Fante (Dan), Rien dans les poches [Chump Change], chap 3, trad. Mercadet :

"J’ai entendu un grondement lointain et le clair de lune a éclairé une torpille blanche et poilue, un chien qui déboulait du coin. Un solide bull-terrier de quatorze ans, Rocco. Le bonheur et la gloire de mon père. Ce que Jake La Motta avait été chez les poids moyens, Rocco l’était chez les chiens. Il approchait. Je vis sa patte boiteuse et les vieilles cicatrices aux bords déchiquetés qui lui couvraient la gueule, rivières de douleur à sec au terme de cent combats.

Le crâne arborait les traces de la croissance démographique du quartier familial. Comme des cercles dans l’épaisseur d’un arbre, chaque cicatrice marquait une arrivée, un doberman, un rottweiller, un berger allemand ou un danois. Rocco se battait contre tous les autres chiens, pendant que leurs maîtres construisaient des maisons et commettaient l’erreur de les laisser franchir le périmètre de la propriété paternelle. Tous ces combats étaient gravés sur la gueule de Rocco."


In the distance I heard growling and the moonlight revealed a hairy white torpedo of a dog coming around the corner. It was my father’s pride and joy, his husky fourteen-year-old bull terrier, Rocco. What Jake La Motta had been to middleweight fighters, Rocco was once to other dogs. As he got closer I could see his limp, and the ancient, jagged scars covering his face. Dried rivers of pain from a hundred wars.

His head bore the marks of the population growth of our family’s neighborhood. Like the rings of age in the center of a tree, each scar corresponded with the new arrival of a Doberman, a rottweiler, a German shepherd or a Great Dane. He’d fought them all as their masters built homes and eventually made the error of letting their dogs pass the perimeter of my father’s driveway. Rocco’s face was the record.

jeudi 1 juillet 2021

Fante (Dan) (alcool)

 

Fante (Dan), La Tête hors de l'eau, chap. 10, trad. J.-P. Aoustin, 2001, 10x18 p. 87-88 :

"Vous dormez.

Parfois, affolé, vous vous réveillez en sursaut au milieu de la nuit, sans savoir où vous êtes. Quand vous reprenez vos esprits, vous attrapez la bouteille qui est sur le plancher près du lit et vous buvez au goulot cinq ou six gorgées. Vous fumez une cigarette. Si vous avez bu assez de whisky, vous pouvez vous rendormir. Parfois.

Au matin vous émergez de votre torpeur et commencez à vomir. Mais il faut boire encore aussitôt pour arrêter la tremblote. Alors vous rebuvez et redégueulez, parce que l’alcool ne veut pas rester dans votre estomac.

Vous essayez de manger quelque chose pour vous calmer. N’importe quoi. Du pain rassis. Des corn-flakes à même le paquet. Du beurre de cacahouète à la cuiller. N’importe quoi.

Finalement la nourriture reste dans votre estomac, et ça va mieux et vous pouvez remettre ça. Le mieux, bien sûr, c’est de la vodka avec du jus d’orange ou du soda. Le tout bien froid. C’est toujours mieux quand c’est froid. Si vous n’avez pas de vodka, une bière. Mais il faut que ce soit froid. Si ça ne l’est pas, vous vomissez encore. Voilà comment ça se passe – si vous avez de l’argent. Si vous avez de l’argent, vous n’avez pas un souci au monde.

Quelquefois mes cuites duraient dix jours. Deux semaines. Leur durée dépend de la quantité d’alcool que mon corps peut absorber. Quand vos chevilles et vos pieds restent engourdis toute la journée, il est temps de réduire la dose."


You sleep.

Sometimes, in a panic, you wake up in the middle of the night, not knowing where you are. Bolt upright. After you realize you’re okay, you suck back a half-dozen pulls from the bottle on the floor by the bed. You smoke a cigarette. Two. If you’ve had enough whiskey, you can fall back to sleep. Sometimes.

In the morning you come to and start puking. But you must drink again right away to hold off the heebie-jeebies. So you drink and you puke some more, because the booze won’t stay down.

You try eating food to settle yourself. Anything. Stale bread. Dry cereal. Peanut butter by the spoon. Anything.

Eventually the food stays in your stomach, and you’re okay and you can start again. The best thing, of course, is vodka in orange juice. Or ginger ale. Cold. Cold is always best. If you haven’t got vodka, a beer. But it has to be cold. If it’s not cold, you’ll puke again. And that’s how it goes—if you have money. If you’ve got money, you’ve got no worries—not a care in the world.

Sometimes my runs lasted ten days. Two weeks. How long they go on depends on how much my body can take. When your ankles and feet stay numb all day, it’s time to ease off."