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dimanche 8 octobre 2023

Boudard (militaires)

Boudard, Les Combattants du petit bonheur Folio p. 318-319 

[en 44, le jeune narrateur va voir l’armée allemande défiler au pas de l’oie]

"Pourquoi ai-je été à l’Arc de Triomphe un midi ? Ça me semble peu probable que je me sois déplacé spécial à vélo pour voir une dernière fois les Fritz relever la garde au pas de l’oie… J’avais sans doute un rencart avec un de nos mystérieux du réseau. Je me suis arrêté pour bien les regarder… bien les fixer une dernière fois dans ma mémoire. Les cymbales, les fifres… l’officier à cheval. Ça va devenir vieillot ce ballet de bottes luisantes, de casques d’acier… un peu XIXe siècle à tout prendre. Ceux qui arrivent, les nouveaux vainqueurs, sur leurs Sherman, leurs camions géants… avec leur pipeline… leurs ponts flottants… leurs jeeps… leur chewing-gum… c’est le XXe siècle d’un seul coup ! Ils n’ont pas besoin de cymbales, de fioritures."


samedi 8 juillet 2023

Boudard (critiques)

Boudard, La Cerise, éd. Omnibus p. 296 : 

"Tenez, je vous entends d’avance ! Les voix, le chœur indigné… les pères de famille, les militaires, les bonnes d’enfants, les pieds-bots, les idéalistes du progrès, les poètes, les grammairiens, les justiciers réformistes, les angoissés de l’atome, les petites filles modèles, les dames patronnesses, les bonapartistes, les bègues, les anciens combattants… Tous ! le Barreau, l’ordre de Malte et l’Académie de l’humour !… Salaud ! scatologue ! fainéant ! pervers ! infect corrupteur ! Vous vous complaisez dans l’emphase merdeuse, dans le crime, la sanie, les égouts ! Vous en êtes un autre !  Sans patrie, sans foi, sans jeunesse, sans âme ! Votre lourde insistance dans les chiottes relève de la psychanalyse. Stade anal ! Vos cloportes-personnages répugnent à l’honnête homme, lui soulèvent le cœur. Vous vous vautrez dans le sordide. Les putains du Sébasto elles-mêmes vous dégueulent ! Vous déshonorez la langue française avec vos barbarismes, solécismes… vos ellipses glandilleuses. Vous la traînez dans la fiente, pénible coprophage… […]"



mardi 30 novembre 2021

Boudard + Galey (Aragon)

Aragon vu par 


Boudard (Alphonse), L’Éducation d’Alphonse : 

"Aragon, lui, en tout cas ne donne pas dans le genre loquedu. Je m’attendais presque à le voir arriver à vélo, avec les pinces au bas du false… col roulé et pourquoi pas une gapette sur la tronche. Erreur de pronostic, il entre et ça me paraît une sorte de banquier, de notable richissime. Bada Eden… un manteau droit… un col, il me semble, dur… une cravate en soie à rayures. Rien du travailleur tel que le Parti le célèbre. Aucune fantaisie vestimentaire non plus."

sur le chapeau "Eden" :

https://jaimelesmots.com/le-homburg-le-eden-ou-le-chapeau-du-parrain/


Galey (Matthieu), Journal 1953-1973, p. 282 (29-XI-1963) : [déjà mis en ligne le 31 déc. 2019]

"Au Masque et la Plume : Aragon. Il est venu réciter des passages de son prochain livre, Le Fou d'Elsa. Beau, avec le profil net, les cheveux bien blancs ; le complet croisé bleu sombre : un P-DG. Il dit quelques mots : précieux, un tantinet poseur. Puis il s'installe et se met à déclamer - oui, déclamer ! - pire que Malraux (plus Comédie-Française), enflant la voix au rythme des vers, victorhuguesque, ridicule. Les vieilles dames un peu réticentes - un communiste ! - ne tardent pas à se pâmer, reconnaissant un des leurs : un poète du XIX°. Evtouchenko lui a tourné la tête... Kanters chuchote : 'On se croirait chez Mme de Bargeton !' 

Seule dans une loge, Elsa, l'œil mi-clos, hume cet encens. Tandis que Bastide, bras croisés, tête basse, adopte l'attitude d'un croyant à l'élévation. Cabotin ou sincère ?"