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lundi 6 mai 2024

Mallarmé (Huysmans)

Mallarmé, lettre à Huysmans à propos de À Rebours [1884] : 

"Non ! c'est cela, rien n'y manque, parfums, musique, liqueurs et les livres vieux ou presque futurs ; et ces fleurs ! vision absolue de tout ce que peut, à un individu placé devant la jouissance barbare ou moderne, ouvrir de paradis la sensation seule. L'admirable en tout ceci, et la force de votre œuvre (qu'on criera d'imagination démente, etc.) c'est qu'il n'y a pas un atome de fantaisie : vous êtes arrivé, dans cette dégustation affinée de toute essence, à vous montrer plus strictement documentaire qu'aucun, et à n'user que de faits, ou de rapports, réels, existant au même point que les grossiers ; subtils et voulant l'œil d'un prince, voilà tout [...] On ira là même et pas plus loin et pas autrement ; s'arrêtant au point constaté par vous. Ainsi, votre ouvrage prend, à l'esprit, un aspect effrayant ; posant quelque chose de définitif."


mardi 11 juillet 2023

Mallarmé (érotisme)

Mallarmé, La fausse Vieille (adaptation de contes orientaux anglais) :

"L’innocente se croyait seule et tranquillement livrait tout son corps à la curiosité du jeune indiscret. Elle est sortie du bain, assise sur une marche basse de l’escalier de l’étang, pendant que s’évapore chaque goutte, diamants sur elle épars : ce suprême voile flotte aux contours, hésite et disparaît comme un nuage idéal, la laissant plus que nue. Tantôt elle relève les bras en se détirant comme pour faire saillir la rondeur de son sein, tantôt s’amuse au clapotis de l’onde sous ses petits pieds blancs, on dirait que dans leur délice se noieraient une paire de colombes. Puis lentement natte sa chevelure aussi noire que l’abeille de l’Inde. Au bassin maintenant ne s’épanouissent guère de fleurs, d’une main mutine elle attrape une des dernières à sa portée et, dans le naïf miroir, elle sourit et s’admire. Le fils du rajah ne perd rien de ces gracieux badinages : frémissant, il écarte, pour mieux voir, un rameau de figuier qui le cache... Ah ! la voleuse peut cueillir impunément tous les lotus qu’elle voudra : il ne songe pas à la punir."



dimanche 21 mai 2023

Mallarmé (poème parfait)



Mallarmé


Cantique de Saint Jean



Le soleil que sa halte

Surnaturelle exalte

Aussitôt redescend

Incandescent. 


Je sens comme aux vertèbres 

S'éployer des ténèbres 

Toutes dans un frisson 

A l'unisson,


Et ma tête surgie 

Solitaire vigie

Dans les vols triomphaux

De cette faux,


Comme rupture franche 

Plutôt refoule ou tranche

Les anciens désaccords 

Avec le corps. 


Qu'elle de jeûnes ivre

S'opiniâtre à suivre 

En quelque bond hagard 

Son pur regard


Là-haut où la froidure

Éternelle n'endure

Que vous le surpassiez 

Tous ô glaciers 


Mais selon un baptême

Illuminée au même

Principe qui m'élut 

Penche un salut.