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jeudi 24 octobre 2024

Vialatte (conscience)

Vialatte, Almanach de janvier [début des années 60] : 

" [...] Le prix Goncourt est recherché de tous et le jury très embarrassé. « Il y a des cas où l’homme, disait un grand journal, doit voter selon sa conscience. » C’est ce qui complique beaucoup les choses pour le jury au premier tour. Car chacun vote suivant sa conscience personnelle, qui ne dit pas comme celle de tout le monde. Au cinquième tour, comme il faut qu’on en sorte, il vote enfin suivant la conscience du voisin. Et rien ne prouve, après tout, qu’elle ne vaut pas la sienne. Ainsi le prix est-il attribué [...]."


jeudi 24 mars 2022

Vialatte (sculpture)

Vialatte, Un grand sculpteur, Henri Charlier, 1941 :

"Obéir, en créant, aux ordres de la matière, aux nœuds du chêne, aux veines du tilleul, aux sollicitations du calcaire ou du marbre, c’est s’incliner devant la Création, c’est collaborer avec elle, prolonger la nature, combler son vœu obscur, aider à Dieu. Il ne s’agit plus de brusquer, mais d’obéir. Ce n’est plus un orgueil, c’est une déférence. Plus cette soumission sera fervente, plus elle ira au-devant de la matière, des secrets et des confidences qu’elle refuserait à un brutal, plus elle aidera en retour la matière à dégager sa grande ligne, à s’accoucher. La sculpture devient aussi une sorte de médecine mystique. Et cela c’est proprement le message de Charlier. La statue de bois, celle qu’il préfère, je crois, restera une chose végétale et sera comme une révérence de la botanique au Créateur."

   

vendredi 4 mars 2022

Vialatte (souvenir)

Vialatte, Billet de décembre, 1932 : 

"Si vous vivez dans un pays où les décembres sont miteux, sans vrai soleil et sans vraie neige, sans âme, sans bouquet personnel, si cet enfant de votre contrée ne fait pas honneur à sa mère, n’en désespérez pas encore, n’en soyez pas trop humilié. Laissez-le mûrir lentement, laissez-le vieillir calmement dans le cellier de votre mémoire, comme un vin un peu vert sans doute, mais avec qui tout n’est pas dit. Et dans trente ans, débouchez-le sans le secouer, vous m’en donnerez des nouvelles. Son parfum vous étourdira. Vous ne le reconnaîtrez plus. Vous raconterez à vos petits-fils réunis en rond sous la lampe, un mois de décembre immaculé comme une feuille de papier Canson sur laquelle vous pourrez dessiner à l’encre de Chine et au pastel une messe de Noël fabuleuse, avec une neige immaculée, des loups, des sapins en pain de sucre, des féeries à n’en plus finir.

Car c’est ainsi que nous vivons, influençables que nous sommes : la République était belle sous l’Empire, l’hiver est splendide au printemps."



lundi 21 février 2022

Vialatte (journal)


     Vialatte, "La Gazette du pôle Nord", oct. 1932 :

    "C’est un besoin congénital que la nature a déposé au plus profond de notre cœur et qui s’éveille naturellement dans l’âme humaine, juste au moment du café noir, en même temps que l’envie du tabac. On se sent alors ravagé du besoin de savoir les nouvelles, d’absorber le monde dans son cerveau, d’apprendre que Leducq a mis un maillot rose, qu’une centenaire vit encore à Plougastel, que les pilules Pink ont guéri M. Bille facteur à Quimper-Corentin, qu’il ne faut acheter ses chaussettes qu’aux magasins du Bon Marché et que la grande maison de pantoufles réclame un garçon de course de treize à quatorze ans, sachant monter à bicyclette, pourvu du certificat d’études et présenté par ses parents. En somme, c’est ce besoin de la science, cet appétit de la connaissance, cette fièvre de se cultiver que les philosophes ont constatés sous tous les cieux du globe terrestre ; la latitude n’y change rien."