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dimanche 28 novembre 2021

Bouvier (amour)

Bouvier, Le Poisson-scorpion, Folio p. 91-92 : 

"Pourquoi dans toutes nos langues occidentales dit-on "tomber amoureux" ? Monter serait plus juste. L'amour est ascensionnel comme la prière. Ascensionnel et éperdu. Chez les insectes isoptères, tout individu sexué reçoit aussitôt sa paire d'ailes. Je la revoyais une nuit à mes côtés sur la jetée du port de ma ville natale. L'été, le silence, l'approche de l'aube. Je la connaissais d'une semaine (Kant, Hermann Hesse, tennis). Je la trouvais superbe. Nous marchions du même pas, sans aucun bruit. Je reconnaîtrais sans peine l'endroit où j'ai senti comme une aveuglante déchirure dans le noir, où j'ai eu les poumons dévorés de bonheur. La vie d'un coup, acérée, musicale, intelligible."


[la parenthèse, elliptique, à la Nabokov...]



lundi 22 novembre 2021

Bouvier (ruines)

Bouvier, L’Usage du monde, chap. Shahrah : 

"À l’exception de la volée monumentale qui mène à la terrasse, des murs d’aplomb d’un escalier couverts de bas-reliefs, et des deux immenses salles hypostyles dont il est difficile aujourd’hui de se figurer l’aspect, c’est un chantier de pierres énormes, mis à sac voici vingt-quatre siècles. À côté de colonnes brisées par la chaleur de l’incendie, on trouve ces têtes de taureaux colossales qui attendent encore leurs oreilles – elles devaient être sculptées séparément, puis rapportées. Ce voisinage de l’ébauché et du démoli donne aux ruines une sorte d’amertume ambiguë : le malheur d’être détruit avant d’avoir véritablement vécu."


jeudi 11 mars 2021

Bouvier (sacrifices)

 Bouvier, Chronique japonaise, L'île sans mémoire, Gallimard, coll. Quarto p. 650-651 : 

"De temps à autre, la conversation - un feu roulant d'obscénités robustes - s'interrompt et chacun se précipite aux fenêtres parce qu'on peut voir dans le marais une grue lisser son plastron, un oiseau d'une élégance et d'une blancheur indicibles posé au milieu des roseaux comme un vase Ming. Apercevoir une grue c'est mille ans de bonheur. Une tortue, dix mille. Quant aux poissons, les rapports ne sont pas si mauvais qu'on le suppose : tous les trois ans, ces colporteurs qui ne se font pas cent francs au mois rendent visite à un temple bouddhique, touchent du front la natte, remettent au bonze dans une enveloppe pliée selon les règles un peu de leur peu d'argent et font célébrer un office pour le repos de ce fretin massacré qui les a fait vivre. Le vieux Mikimoto en faisait autant pour les huîtres perlières auxquelles il devait sa fortune, et, dans les temples de Kyoto, on célèbre chaque année un service pour les aiguilles cassées par les couturières ou pour les blaireaux qui ont donné leurs poils aux pinceaux des calligraphes. Saint Paul dit : 'Dieu se soucie-t-il des boeufs ?' Mais les Japonais vivent dans un monde uni où l'on se soucie même des moules... après les avoir mangées, il est vrai."


samedi 2 janvier 2021

Bouvier (pluie)

 Bouvier, Chronique japonaise, 'L'île sans mémoire' [Hokkaïdo], Quarto p. 657 :

"La pluie dans ce pays fait de si peu, c'est toujours un petit quelque chose de plus. J'aime d'ailleurs beaucoup ces natures qui ne font pas de musique symphonique mais ne connaissent que quelques notes et les répètent inlassablement. Dans ce peu qui me ressemble je me sens chez moi, je m'y retrouve, j'ai enfin le sentiment de comprendre ce que l'on cherche à me dire. En outre, cette gare vient de m'en rappeler une autre dans le canton de Vaud (Suisse) où, à six ou sept ans, j'ai souvent somnolé, jambes ballantes et le nez dans mes moufles en attendant le train du lait. Enfin ! me direz-vous, ce ciel polaire et bas, cette mer étale, cette absence, ces corbeaux, pourquoi le canton de Vaud ? C'est la lumière de cette lampe opaline à contrepoids accrochée trop haut au-dessus de la table, la façon dont les paquets bruns fortement ficelés s'entassent derrière le guichet, le bruit de cette grosse pendule ronde dont les secondes sont larges comme le doigt, bref, de ces riens qui s'agencent et conspirent pour former un climat. Car ce n'est pas par l'identité des choses elles-mêmes, mais par les rapports qui s'établissent secrètement entre ces choses que des lieux qui n'auraient rien en commun entrent soudain en résonance dans une logique hallucinée et entièrement nouvelle."


dimanche 1 novembre 2020

Bouvier (détritus)

 Bouvier, L'Usage du monde, chap. 'Autour du Saki bar'  :

« Vues de près, ces ordures exprimaient curieusement la disette ; des prélèvements successifs - domestiques, chiffonniers, mendiants infirmes, chiens, corbeaux - les avaient complètement écrémées. Timbres-poste, mégots, chewing-gums, bouts de bois avaient fait des heureux bien avant le passage du camion. Seul l’innommable et l’informe étaient parvenus jusqu’ici, réduits, après l’ultime nettoyage des vautours, à une pâtée cendreuse, acide et morte, pleine d’arêtes traîtresses sur lesquelles la pelle butait. Torse nu, un bâillon sur la bouche, le nez sur les culots d’ampoules, les écorces de melon curées jusqu’à la fibre, les morceaux de journal rougis de bétel et les tampons menstruels à demi calcinés, nous retenions notre souffle et cherchions une piste. On retrouvait dans ces détritus comme une image affaiblie de la structure de la ville.

[...]

Sans l’odeur j’aurais pu oublier la journée. Mais malgré le savon, la douche, une chemise propre, je puais l’ordure. À chaque respiration, je revoyais cette plaine fumante et noire libérer par bouffées ses dernières molécules instables pour rejoindre enfin l’inertie élémentaire et le repos ; cette matière au bout de ses peines, au terme de ses réincarnations, dont cent ans d’ondée et de soleil n’auraient plus tiré un brin d’herbe. »



mercredi 7 octobre 2020

Bouvier (camelote)

 BouvierL'Usage du monde, chap. 'Autour du ''Saki Bar' :

« À y regarder de près, ces boutiques de Djinah Road offraient un spectacle navrant. Plus trace d’artisanat. Portée par une vague majestueuse, l’écume de la camelote occidentale avait atteint et souillé le commerce local ; peignes patibulaires, Jésus en celluloïd, stylo-billes, musiques à bouche, jouets de fer-blanc plus légers que paille. Minables échantillons qui faisaient honte d’être Européen. Sans compter l’usage atroce de la tierce majeure - preuve du peu de cas que les Anglicans font de la beauté - qui, sortie de l’harmonium de la chapelle militaire, avait ici contaminé jusqu’aux musiciens ambulants ; et sans parler des vertigineuses grandes bicyclettes, payées au prix fort, sur lesquelles les Baloutchs naviguaient en équilibre instable dans de grands embarras de robes. Mais c’est ainsi qu’on crée un marché.

Je me consolais en pensant qu’à cet égard au moins, l’Inde s’était bien vengée en nous refilant tout son rebut : « baume tonique des Brahmanes », gourous de pacotille, fakirs en toc et Yoga dernier choix. Mais c’était un rendu pour un prêté. »


vendredi 25 septembre 2020

Bouvier (bonheur)

 Bouvier, L'Usage du monde, chapitre 'La route d'Anatolie' :

« À l’est d’Erzerum, la piste est très solitaire. De grandes distances séparent les villages. Pour une raison ou une autre, il peut arriver qu’on arrête la voiture et passe la fin de la nuit dehors. Au chaud dans une grosse veste de feutre, un bonnet de fourrure tiré sur les oreilles, on écoute l’eau bouillir sur le primus à l’abri d’une roue. Adossé contre une colline, on regarde les étoiles, les mouvements vagues de la terre qui s’en va vers le Caucase, les yeux phosphorescents des renards. Le temps passe en thés brûlants, en propos rares, en cigarettes, puis l’aube se lève, s’étend, les cailles et les perdrix s’en mêlent… et on s’empresse de couler cet instant souverain comme un corps mort au fond de sa mémoire, où on ira le rechercher un jour. On s’étire, on fait quelques pas, pesant moins d’un kilo, et le mot 'bonheur' paraît bien maigre et particulier pour décrire ce qui vous arrive.

Finalement, ce qui constitue l’ossature de l’existence, ce n’est ni la famille, ni la carrière, ni ce que d’autres diront ou penseront de vous, mais quelques instants de cette nature, soulevés par une lévitation plus sereine encore que celle de l’amour, et que la vie nous distribue avec une parcimonie à la mesure de notre faible cœur. »



dimanche 20 septembre 2020

Bouvier (informe)

 Bouvier (Nicolas), Correspondance des routes croisées, Zoé, Genève, 2010 p. 987 :

"C’est l’informe qui nous tue, le Diable, c’est l’informe, c’est l’anti-créateur, le génie de la dissolution. ; tout ce qui est formulé le fait reculer de quelques pas. Et  - me semble-t-il - ce n’est pas par hasard que de tous temps on lui a opposé des formules. N’importe quelle œuvre a je crois une valeur double ; valeur de cantique ; valeur d’exorcisme. Les créateurs bien plantés en terre et bien encadrés dans un paysage historique et social [...] sont en mesure de faire porter tout l’accent sur le côté cantique. Tant mieux. Les autres qui rôdent souvent seuls sur des frontières moins plaisantes et qu’ils n’ont pas toujours choisies sont obligés d’exorciser beaucoup. Leurs œuvres sont moins sereines, quelquefois contiennent encore un peu de l’angoisse qu’ils combattent quotidiennement et qu’ils n’ont pas pu résorber. Mais ils ne sont pas moins utiles ; quelquefois ils crèvent sur la frontière où ils s’étaient risqués."



mardi 11 août 2020

Bouvier (Moharam)


Bouvier (Nicolas), L’Usage du monde, chap. Tabriz-Azerbaydjan :
« La mi-octobre était passée quand eut lieu le Moharam, l’anniversaire du meurtre de l’Imam Hussein, le Vendredi Saint des Musulmans shi’ites. Pour une journée, la ville retentit de clameurs, de sanglots, et bouillonne de fureur fanatique contre des assassins morts depuis treize siècles. La vodka et l’arak coulent à flots, la foule se sent en force, les esprits sont bientôt confus et la journée pourrait bien se terminer par l’émeute, ou le sac de quelques boutiques arméniennes. La police tient donc la rue, les Kurdes qui sont sunnites évitent de se montrer, et les quelques chrétiens de la ville ont avantage à rester chez eux. […] 
Derrière les bannières noires triangulaires défilaient trois groupes de pénitents. Les premiers se contentaient de se frapper la poitrine en sanglotant  ; ceux du deuxième groupe se déchiraient le dos avec un fouet terminé par cinq chaînettes de fer. Ils y allaient carrément ; la peau éclatait et saignait. Les derniers, vêtus de tuniques blanches, portaient de lourds coutelas avec lesquels ils entaillaient leur crâne rasé. La foule soulignait chaque blessure par des cris d’admiration. La famille et les amis qui entouraient ces sacrifiés veillaient à ce qu’ils ne se blessent pas trop gravement, en maintenant un bâton au-dessus de leur tête pour amortir l’élan du couteau. Malgré quoi, chaque année, un ou deux fanatiques s’effondrent, le crâne ouvert, et quittent ce monde trompeur. Le défilé terminé, les plus excités se réunirent encore derrière le bâtiment de la Poste pour une sorte de ronde rythmée par les hurlements des spectateurs. De temps en temps, l’un des danseurs s’interrompait pour s’enfoncer son couteau dans le crâne avec un grand cri. On voyait mal le coup parce que la nuit était presque tombée, mais à vingt mètres on entendait distinctement la lame entailler l’os. Vers les sept heures, la frénésie était devenue telle qu’il fallut arracher leur arme aux danseurs pour les empêcher de se tuer sur place. »

Rappel : Gobineau

vendredi 13 septembre 2019

Bouvier (voyage ; 2 textes)


Bouvier (Nicolas), Le Poisson-scorpion
« J’ai rasé ce matin la barbe que je portais depuis l’Iran : le visage qui se cachait dessous a pratiquement disparu. Il est vide, poncé comme un galet, un peu écorné sur les bords. Je n’y perçois justement que cette usure, une pointe d’étonnement, une question qu’il me pose avec une politesse hallucinée et dont je ne suis pas certain de saisir le sens. Un pas vers le moins est un pas vers le mieux. Combien d’années encore pour avoir tout à fait raison de ce moi qui fait obstacle à tout ? Ulysse ne croyait pas si bien dire quand il mettait les mains en cornet pour hurler au Cyclope qu’il s’appelait « Personne ». On ne voyage pas pour se garnir d’exotisme et d’anecdotes comme un sapin de Noël, mais pour que la route vous plume, vous rince, vous essore, vous rende comme ces serviettes élimées par les lessives qu’on vous tend avec un éclat de savon dans les bordels. On s’en va loin des alibis ou des malédictions natales, et dans chaque ballot crasseux coltiné dans des salles d’attente archibondées, sur de petits quais de gare atterrants de chaleur et de misère, ce qu’on voit passer c’est son propre cercueil. Sans ce détachement et cette transparence, comment espérer faire voir ce qu’on a vu ? Devenir reflet, écho, courant d’air, invité muet au petit bout de la table avant de piper mot. »

Bouvier, Le Poisson-scorpion
« Il est d’ailleurs très bien ce bus, pour autant qu’on ne se laisse pas prendre à la somnolence affectée des tire-laine professionnels qui sont de tous les trajets. Tandis que les rivages célébrés par Thomas Cook vous absorbent, votre montre s’évanouit, votre portefeuille se volatilise, le contenu de votre gousset se transforme en fumée et parfois soi-même on s’envole car depuis quelques semaines ces jouets explosifs font fureur. Les bonzes les dissimulent dans leur robe jaune à grands plis, les déposent à l’hypocrite dans le filet à bagages et descendent à l’arrêt suivant, l’air confit en méditations, juste avant l’apothéose.
Lorsqu’on arrive avec le bus suivant sur le lieu d’une de ces fêtes pyrotechniques, il faut voir alors les valises aux tons d’ice-cream et les parapluies à bec semés à la ronde, parfois même accrochés aux palmiers, les grands peignes à chignon soufflés bien loin des têtes qui n’en auront plus l’usage, et les blessés en sarong carmin, violet, cinabre, merveilleuses couleurs pour descente de croix, alignés au bord de la route étincelante de verre pilé où deux flics les comptent et les recomptent en roulant des prunelles. Au milieu de la chaussée, une paire de lunettes rondes à monture de fer est cabrée, les branches en l’air, l’air mécontent, grand insecte irascible et fragile à la recherche d’un nez envolé le Diable sait où. »

dimanche 8 septembre 2019

Alain + Balzac + Bouvier (villes)


Alain : Lion premier, Propos, Pléiade, t. 1 pp. 5-6 :
"Lion premier, empereur et roi, planta sa lance sur le plateau, et dit : 'Là sera une ville, et elle sera appelée Lionville.' Alors vinrent des terrassiers et des maçons. L'on traça des rues et de larges places, et l'on commença à bâtir le palais du gouvernement.
La première pierre fut scellée par la reine avec une mignonne truelle d'or. On fit des prières aux dieux. Sur une estrade, ornée de velours rouge à frange d'or, décoration qui était nouvelle en ce temps-là, des académiciens lurent des discours ennuyeux, qui ont été imités bien des fois depuis. Mais comme ces discours célébraient les vertus de Lion I°, Lion I° ne s'ennuyait point. 
Cependant beaucoup d'ouvriers et de marchands, venus à leur suite, commencèrent à bâtir des maisons pour leur propre usage. L'un d'eux, ayant creusé un puits un peu plus loin, hors de l'enceinte tracée par les architectes, trouva une eau saine et agréable à boire. D'autres creusèrent autour de sa maison après avoir sondé ; la nappe souterraine s'écartait de la ville ; bâtisses et jardins suivirent l'eau ; et une foule de petites maisons blanches et rouges dessinèrent sur la verdure la nappe d'eau autrefois invisible. En vain l'autre ville allongeait ses rues autour des fondations du palais : les maisons n'y poussaient pas.
Alors le roi Lion I° reprit sa lance, et vint la planter au milieu des maisons blanches et rouges, montrant ainsi qu'il était un sage et puissant roi. Et ce simple acte était bien mieux cette fois qu'une prière aux dieux : c'était un hommage à la Nature.
Car les villes ne poussent point selon la volonté des conquérants. Elles suivent l'eau, comme fait la mousse des arbres.  (8 juillet 1906)


Balzac, Les Illusions perdues, 1° partie, Bouquins p. 256 :
Angoulême est une vieille ville, bâtie au sommet d’une roche en pain de sucre qui domine les prairies où se roule la Charente. Ce rocher tient vers le Périgord à une longue colline qu’il termine brusquement sur la route de Paris à Bordeaux, en formant une sorte de promontoire dessiné par trois pittoresques vallées.
L’importance qu’avait cette ville au temps des guerres religieuses est attestée par ses remparts, par ses portes et par les restes d’une forteresse assise sur le piton du rocher. Sa situation en faisait jadis un point stratégique également précieux aux catholiques et aux calvinistes ; mais sa force d’autrefois constitue sa faiblesse aujourd’hui : en l’empêchant de s’étaler sur la Charente, ses remparts et la pente trop rapide du rocher l’ont condamnée à la plus funeste immobilité. Vers le temps où cette histoire s’y passa, le Gouvernement essayait de pousser la ville vers le Périgord en bâtissant le long de la colline le palais de la préfecture, une école de marine, des établissements militaires, en préparant des routes.
Mais le Commerce avait pris les devants ailleurs. Depuis longtemps le bourg de l’Houmeau s’était agrandi comme une couche de champignons au pied du rocher et sur les bords de la rivière, le long de laquelle passe la grande route de Paris à Bordeaux. Personne n’ignore la célébrité des papeteries d’Angoulême, qui, depuis trois siècles, s’étaient forcément établies sur la Charente et sur ses affluents où elles trouvèrent des chutes d’eau.
L’État avait fondé à Ruelle sa plus considérable fonderie de canons pour la marine. Le roulage, la poste, les auberges, le charronnage, les entreprises de voitures publiques, toutes les industries qui vivent par la route et par la rivière, se groupèrent au bas d’Angoulême pour éviter les difficultés que présentent ses abords. Naturellement les tanneries, les blanchisseries, tous les commerces aquatiques restèrent à la portée de la Charente ; puis les magasins d’eaux-de-vie, les dépôts de toutes les matières premières voiturées par la rivière, enfin tout le transit borda la Charente de ses établissements.

Bouvier, L’Usage du monde, chap. 2 : 
« Vers l’ouest, le long de la route de Zemoun, Novi-Beograd élevait au-dessus d’une mer de chardons les fondations d’une cité satellite que le gouvernement avait voulu bâtir, malgré l’avis des géologues, sur un sol mal drainé. Mais une autorité - même auguste - ne prévaut pas contre un terrain spongieux et Novi-Beograd, au lieu de sortir de terre, persistait à s’y enfoncer. Abandonnée depuis deux ans, elle dressait entre la grande campagne et nous ses fausses fenêtres et ses poutrelles tordues où perchaient les hiboux.  »

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