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vendredi 3 novembre 2023

Brunschvicg (archaïsme)

Brunschvicg, Les Ages de l'intelligence p. 28 : 

"Ainsi, de même que les langues archaïques sont plus chargées de désinences et de flexions que les idiomes qui leur ont succédé, l'investigation de la pensée primitive ne nous met nullement en présence de ces éléments simples auxquels l'analyse idéologique avait prétendu conduire. […] Ce qui frappe, au contraire, dans cet âge de l'intelligence humaine, c'est qu'elle ne se montre jamais à nous déficiente ou même hésitante. Pour les primitifs comme pour les devins et les prophètes d'autrefois le monde est entièrement transparent ; ils n'éprouvent aucune incertitude sur les intentions secrètes dont dépend l'issue des événements."


dimanche 26 février 2023

Brunschvicg + Condorcet (justice)

Brunschvicg (Léon), De la Connaissance de soi p. 110 : 

"Puisque le juste, tel que le décrit Platon, est celui qui veut la justice, non pour soi*, mais pour la justice en elle-même, il ne lui suffira pas qu'il ait restitué son droit à autrui tant qu'il n'aura pas su former dans autrui l'âme juste, celle qui ne dit jamais mon droit, mais le droit, qui est incapable de poser une règle où entre l'acception des personnes. Toute affirmation de justice se définit, comme l'affirmation du vrai, par une norme de réversibilité intégrale, de réciprocité absolue, où l'universalité devient une exigence et par suite un critère du droit. La liberté politique, comme l'étendue intelligible de Malebranche, est le lieu des esprits, un et indivisible. Autrement dit, suivant la doctrine fondamentale de Condorcet,  « ou tout le monde est libre ou personne » : « Le droit de concourir à la formation des lois est un droit de l'homme dans l'état de société... Si ce droit n'est pas égal pour tous les citoyens, si un noble ou un prêtre y a plus de part qu'un propriétaire, que ceux que vous nommez roturiers, alors ce droit cesse absolument d'exister. » D'où résulte que la démocratie s'impose."


* "pour soi" me semble, en première lecture, prêter à l'équivoque ; "pour lui-même" serait plus net. 



lundi 2 décembre 2019

Brunschvicg L. (orthographe et mathématique)


Brunschvicg Léon, Un Ministère de l’éducation nationale (1922) p. 77 : 
« La distinction entre l'orthographe et l'arithmétique touche, si l'on y réfléchit, le fond des conceptions dont l'antagonisme traverse l'histoire de l'humanité, depuis le jour où Xénophane et Socrate ont mis en lumière l'opposition entre la littéralité matérielle des cultes positifs et la conscience véritable de l’être intérieur.
Le Dieu de l'orthographe, c'est le faux Dieu. Il a édicté des règles bizarres qui révoltent la raison, qui mettent hors de gamme le jugement et la réflexion ; il manifeste ainsi la toute-puissance d'un commandement extérieur, matériel et arbitraire, auquel force est de se soumettre, sous peine d'être honni, renié, châtié.
Le Dieu de l'arithmétique est le vrai Dieu ; car l'arithmétique assure à chaque individu, avec le discernement et la conscience de sa puissance vérificatrice, l'autonomie de l'intelligence et la maîtrise de soi ; il fait surgir, à l'intérieur de chacun de nous, l'universalité en même temps que la liberté de l'esprit ; il fonde, sur la base indissoluble de la vérité, l'unité de la communauté humaine.
[…] Tout est perdu tant que l'on confond la règle conventionnelle et la loi rationnelle, tant que ce qui devait être science arithmétique est enseigné comme une technique suivant les procédés appliqués à l'enseignement de l'orthographe. Au contraire, tout sera gagné dès que l'enfant aura conquis ce sentiment qu'il existe des problèmes dont la solution sera, pour lui et par lui, objet de découverte et de preuve, au rebours de la règle qui s'impose du dehors par la contrainte de la société. […] »


mardi 26 novembre 2019

Brunschvicg L. (science et nature)


Brunschvicg (Léon), Héritage de mots, héritage d'Idées p. 18 :
« Tandis que l'antiquité avait légué au moyen-âge l'idéal d'une contemplation toute passive devant la hiérarchie de formes qui traduit la finalité d'un ordre divin, désormais l'homme se déclare en droit d'aspirer à se rendre maître et possesseur de la nature. À quoi l'école baconienne soutient que l'expérience suffit dès lors que nous avons l'audace de mettre la nature à la question pour surprendre et mentalement isoler l'antécédent dont dépend l'apparition de l'effet considéré. La nature cesse de se faire admirer dans son ensemble pour l'harmonie interne, pour l'équilibre heureux, de ses parties ; elle se laissera décomposer 'fil à fil'. La causalité, déchue du plan transcendant, livre son secret au savant capable de la manier pour le service de nos besoins et de nos penchants. »