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mardi 4 mars 2025

Rodin (plans)

Rodin, Cathédrales de France, chap. 'Sculpture' : 

"Le dessin de tout côté, en sculpture, c’est l’incantation qui permet de faire descendre l’âme dans la pierre. Le résultat est merveilleux : cela donne tous les profils de l’âme en même temps que ceux du corps. […] Ce sein est amené par des pentes éloignées qui tournent insensiblement. Tout s’appuie sur des formes générales qui s’entre-prêtent leurs lignes et sont tissées les unes des autres. C’est un concert de formes. 

Là l’intelligence observe leur concordance, leur unité, les soupèse. Concordances moins éloignées que nous ne croyons : car nous avons tout divisé par l’esprit, sans pouvoir reconstruire."


NB : ce texte aide à saisir ce que R. entend par "plans" : les angles de vue sur un objet en 3 dimensions, que le sculpteur doit multiplier et synthétiser. 


dimanche 5 février 2023

Rodin (antiques)

Rodin, lettre à Hélène de Nostitz (1905) : 

"Maintenant j’ai fait une collection de dieux mutilés, en morceaux, quelques-uns, chefs-d’oeuvres. Je passe du temps avec eux ils m’instruisent. J’aime ce langage d’il y a deux ou trois mille ans, plus près de la nature qu’aucun autre. Je crois les comprendre, je les visite continuellement, leur grandeur m’est douce, et il y a un rapport en eux avec tout ce que j’ai aimé. Ce sont des morceaux de Neptune, de femmes déesses. […] Et tout ceci n’est pas mort, ils sont animés, et je les anime encore plus, je les complète facilement, en vision, et ce sont mes amis de la dernière heure."



lundi 19 décembre 2022

Rodin (musées)

Rodin, Faire avec ses mains ce que l'on voit ... p. 38 : 

“Malheureusement, depuis un siècle environ, on s'est avisé d'enfermer les oeuvres d'art loin de la place pour laquelle elles furent créées. Là, dans les Musées, on confond l'esprit des siècles et des manifestations diverses. C'est ce qui a fait perdre le sens parfait de l'ornementation, c'est-à-dire de l'ensemble du cadre qui doit préoccuper un artiste lorsqu'il fait une oeuvre pour un milieu déterminé. On en est arrivé ainsi, assez rapidement, à considérer les oeuvres d'art comme des objets qu'on peut placer n'importe où. C'est fâcheux. Car l'art ne doit pas être un enjolivement, mais une ornementation bien établie, qui doit rentrer dans un ensemble harmonieux.

Et le secret de cette harmonie, que nous observons dans la sculpture et la peinture des Antiques, qui contribuaient toujours à la composition de l'architecture, est tout le secret perdu du métier de l'art.“



vendredi 9 décembre 2022

Kahn G. (Rodin)

Kahn (Gustave), cité par Jarrassé (Dominique) : Rodin, la passion du mouvement p. 210 : 

[à propos des innombrables moulages] 

“Ce sont des approximations qui le mèneront à la formule définitive. Quand la gloire sera venue, toutes ces ébauches seront proposées comme des états, aussi intéressants que la réalisation définitive. Le stade du moulage, qui n'était qu'un tâtonnement, devient une date. Dès le temps de la Porte de l'Enfer, Rodin commence à qualifier d'œuvres ses fragments, ses études. De par la verve et la force (sinon la perfection) qu'il apporte à ses préparations, telles études de bras allongés, de mains crispées, lui apparaissent constituer un tout qu'il vendra à l'amateur. Il tient davantage à celles de ces études partielles qui lui paraissent réussies qu'à certaines des petites œuvres totalement réalisées.“



dimanche 25 septembre 2022

Rilke (Rodin)

Rilke, Rodin  Pléiade, Œuvres en prose p. 878 : 

"Il accomplissait une intention de la nature. Il parachevait quelque chose qui était en devenir et en désarroi, il mettait en lumière des cohérences. [...] Il n'a représenté personne qu'il n'ait un peu arraché de ses gonds pour le transporter dans l'avenir ; comme on tient une chose en l'air sur fond de ciel, ses formes se comprennent plus purement et plus simplement. Ce n'est pas ce qu'on appelle embellir, et rendre caractéristique n'est pas non plus l'expression qui convient. C'est davantage ; c'est séparer le durable de l'éphémère, rendre la justice, être équitable."



dimanche 28 août 2022

Rodin (mouvement)

Rodin, propos tenus à Rilke, cités dans L’Art (entretiens réunis par Paul Gsell) : 

"Ce qui donne le mouvement, c'est une image où les bras, les jambes, le tronc, la tête sont pris chacun à un autre instant, qui donc figure le corps dans une attitude qu'il n'a eue à aucun moment, et impose entre ses parties des raccords fictifs, comme si cet affrontement d'incompossibles pouvait et pouvait seul faire sourdre dans le bronze et sur la toile la transition et la durée. Les seuls instantanés réussis d'un mouvement sont ceux qui approchent de cet arrangement paradoxal, quand par exemple l'homme marchant a été pris au moment où ses deux pieds touchaient le sol : car alors on a presque l'ubiquité temporelle du corps qui fait que l'homme enjambe l'espace." 



dimanche 7 juin 2020

Rodin (tout et parties)

Rodin, Faire avec ses mains ce que l'on voit (Coll. ‘Mille et une nuits’) p. 89-90 : 

« Peut-être les dénominations anatomiques ont-elles eu cet effet déplorable d'imposer aux esprits le préjugé de la division des formes corporelles. La grande ligne géométrique et magnétique de la vie en reste comme brisée dans le regard du passant ; ces analyses théoriques ont altéré, chez les non-initiés, le sens du vrai.

Le chef d'oeuvre proteste contre cette idée factice et fausse de la division. Ces formes concordantes, qui passent les unes dans les autres, comme ondulent les noeuds du reptile, et qui se pénètrent soudainement, c'est le corps, dans sa magnifique unité.

Livré à lui-même, l'ignorant n'aperçoit que les détails apparents des choses ; la source de l'expression, la synthèse, seules éloquentes, lui échappent. Il est regrettable que la description anatomique apporte, en quelque sorte, des arguments à l'ignorance plastique des foules en appelant par des mots leur attention sur les diverses parties dont se compose l'architecture corporelle. Ces mots pédants, biceps, triceps brachial ou crural, et tant d'autres, ces mots courants, bras, jambe, n'ont point de signification plastiquement. Dans la synthèse de l'oeuvre d'art, les bras, les jambes ne comptent que s'ils se rassemblent selon des plans qui les associent en un même effet. Et il en est ainsi dans la nature, qui ne se soucie pas de nos descriptions analytiques.

Les grands artistes procèdent comme la nature compose, et non pas comme l'anatomie décrit. Ils ne sculptent pas tel muscle, tel nerf, tel os pour lui-même ; c'est l'ensemble qu'ils visent et qu'ils expriment ; c'est par larges plans que leur oeuvre vibre dans la lumière ou entre dans l'ombre. »