mercredi 12 août 2026

Jourde (Belhaj Kacem)

Jourde (Pierre), La Littérature sans estomac

"Chez de petits éditeurs, l’illisibilité devient une garantie de qualité, un style. Mehdi Belhaj Kacem publie chez Tristram un premier roman, Cancer (1994), écrit paraît-il à dix-sept ans. Il remporte un tel succès qu’on le publie dans la collection J’ai lu. Cela donne ceci :

"Là cherche à me soustraire à sa digestion conquérante se change vite en indigestion enchantée perceptible remue-ménage de la flache au tuf de son bidon l’estomac lourd remonte à l’insuffle des lèvres pareilles à un débouche-chiottes à l’invincible ventouse me démène inutile émotion infernale de la mulsion monstre avant-coureuse du dégueu-lis entre dans la bouche broyée chuintement du vomi rêche dans la bouche en liquéfaction vers le boyau tenant à peine liquide coule en l’intestin précaire muscles du corps impotents à se bander avale coco avale mes débats plus forfait estomac à l’épreuve abandon paix superbe lèvres jointes dégorge plus forte medley subjectif de son menu en tornades inlassables."



pour information, cf. : 

https://fr.wikipedia.org/wiki/Mehdi_Belhaj_Kacem


Valéry (tentation)

Valéry, La Tentation de (saint) Flaubert [1942], Pléiade t. 1 p 618 : 

"Il est clair que toute « tentation » résulte de l’action de la vue ou de l’idée de quelque chose qui éveille en nous la sensation qu’elle nous manquait. Elle crée un besoin qui n’était pas ou qui dormait, et voici que nous sommes modifiés sur un point, sollicités dans une de nos facultés, et tout le reste de notre être est entraîné par cette partie surexcitée. Dans Breughel, le cou du gourmand s’allonge, s’étire vers la pâtée que ses yeux fixent, que ses narines hument, et l’on pressent que toute la masse du corps va joindre la tête, qui aura joint l’objet du regard. Dans la nature, la racine pousse vers l’humide, la sommité vers le soleil, et la plante se fait de déséquilibre en déséquilibre, de convoitise en convoitise. L’amibe se déforme vers sa minuscule proie, obéit à ce qu’il va transsubstantifier, puis se hale à son pseudopode aventuré et s’y rassemble. Ce mécanisme est celui de toute la nature vive ; le Diable, hélas ! est la nature même, et la tentation est la condition la plus évidente, la plus constante, la plus inéluctable de toute vie."