mercredi 19 mai 2021

Léger (cubisme)

 Léger (Fernand), lettre à Louis Poughon, 23 novembre 1916 :

 "À tous ces ballots qui se demandent si je suis ou serai encore cubiste en rentrant, tu peux leur dire que bien plus que jamais. Il n'y a pas plus cubiste qu'une guerre comme celle-là qui te divise plus ou moins proprement un bonhomme en plusieurs morceaux et qui l'envoie aux quatre coins cardinaux. [...] J’adore Verdun, cette vieille ville toute en ruines avec son calme impressionnant. Il y a dans ce Verdun des sujets tout à fait inattendus et bien faits pour réjouir mon âme de cubiste. Par exemple, tu trouves un arbre avec une chaise pe[r]chée dessus. Les gens dits sensés te traiteront de fou si tu leur présentes un tableau composé de cette façon. Pourtant, il n’y a qu’à copier. Verdun autorise toutes les fantaisies picturales. [...] Verdun académie du cubisme."


mardi 18 mai 2021

Kerouac (dépersonnalisation)

 

Kerouac, Sur la route, Folio, 2010, trad. Kamoun, pp. 170-171 : 

"Je suis donc allé au YMCA, mais il n’y avait plus de chambres, alors mon instinct m’a conduit le long des voies ferrées, pas ce qui manque à Des Moines, et je me suis retrouvé dans une vieille auberge sinistre [...]. Je me suis réveillé à l’heure, où le soleil rougissait, et ça a été la seule fois précise de ma vie, le seul moment tellement bizarre, où je n’ai plus su qui j’étais... Loin de chez moi, hanté, fatigué du voyage, dans une chambre d’hôtel à bon marché que je n’avais jamais vue, j’entendais les trains cracher leur fumée, dehors, et les boiseries de l’hôtel craquer, les pas, à l’étage au-dessus, tous ces bruits mélancoliques, je regardais les hauts plafonds fissurés, et pendant quelques secondes de flottement je n’ai plus su qui j’étais. Je n’avais pas peur, j’étais simplement quelqu’un d’autre, étranger à moi-même ; toute ma vie était hantée, une vie de fantôme... J’avais traversé la moitié de l’Amérique, je me trouvais sur le fil, entre l’est de ma jeunesse et l’ouest de mon avenir, c’est peut-être pour ça que ça s’est passé là et pas ailleurs, en cet étrange après-midi rouge. Mais il fallait que je me remette en route, au lieu de pleurer sur mon sort, alors j’ai pris mon sac, j’ai dit au revoir au vieil aubergiste assis à côté de son crachoir, et je suis allé casser la croûte. J’ai mangé de la tarte au pommes et de la glace ; la qualité s’améliorait à mesure que je m’enfonçais dans l’Iowa, la tarte était plus grosse, la glace plus crémeuse. Cet après-midi-là, à Des Moines, partout où je regardais, j’ai vu des hordes de jeunes beautés, qui rentraient du lycée ; mais j’avais autre chose à penser, et je me promettais de me rattraper à Denver."


So I went to the Y to get a room ; they didn’t have any, and by instinct I wandered down to the railroad tracks — and there’re a lot of them in Des Moines — and wound up in a gloomy old Plains inn of a hotel 

by the locomotive roundhouse, and spent a long day sleeping on a big clean hard white bed with dirty remarks carved in the wall beside my pillow and the beat yellow windowshades pulled over the smoky scene of the railyards. [...] I woke up as the sun was reddening ; and that was the one distinct time in my life, the strangest moment of all, when I didn’t know who I was — I was far away from home, haunted and tired with travel, in a cheap hotel room I’d never seen, hearing the hiss of steam outside, and the creak of the old wood of the hotel, and footsteps upstairs, and all the sad sounds, and I looked at the cracked high ceiling and really didn’t know who I was for about fifteen strange seconds. I wasn’t scared ; I was just somebody else, some stranger, and my whole life was a haunted life, the life of a ghost. I was halfway across America, at the dividing line between the East of my youth and the West of my future, and maybe that’s why it happened right there and then, that strange red afternoon. But I had to get going and stop moaning, so I picked up my bag, said so long to the old hotelkeeper sitting by his spittoon, and went to eat. I ate apple pie and ice cream - it was getting better as I got deeper into Iowa, the pie bigger, the ice cream richer. There were the most beautiful bevies of girls everywhere I looked in Des Moines that afternoon— they were coming home from high school—but I had no time now for thoughts like that and promised myself a ball in Denver.


lundi 17 mai 2021

Woolf + Nabokov + Anouilh + Calet (séparation amoureuse)


Woolf, Mrs Dalloway (traduction Pasquier) Folio p. 236-237 : 

"Comme une bête privée de langage qu’on a amenée près d’une barrière dans un but inconnu, et qui se tient là, n’ayant qu’une envie, celle de repartir au galop, Elizabeth Dalloway restait assise, muette. Est-ce que Miss Kilman allait encore dire quelque chose ?

« Ne m’oubliez pas tout à fait », dit Doris Kilman. Sa voix tremblotait. Aussitôt la bête fila au galop jusqu’à l’autre bout du champ.

La grande main s’ouvrit et se referma.

Elizabeth tourna la tête. La serveuse arriva. Il fallait payer à la caisse, dit Elizabeth, et elle partit, tirant derrière elle, c’est comme cela que Miss Kilman ressentit la chose, les entrailles de son corps, les étirant sur toute la longueur de la pièce, puis, l’achevant d’un dernier coup sec, elle fit un signe de tête poli, et sortit.

Elle était partie. Miss Kilman restait assise devant le guéridon de marbre, au milieu des éclairs, assaillie, une fois, deux fois, trois fois, par une douleur brusque et lancinante. Elle était partie. Mrs Dalloway avait gagné. Elizabeth était partie. La beauté était partie, et la jeunesse."


Like some dumb creature who has been brought up to a gate for an unknown purpose, and stands there longing to gallop away, Elizabeth Dalloway sat silent. Was Miss Kilman going to say anything more?

"Don't quite forget me," said Doris Kilman; her voice quivered. Right away to the end of the field the dumb creature galloped in terror.

The great hand opened and shut.

Elizabeth turned her head. The waitress came. One had to pay at the desk, Elizabeth said, and went off, drawing out, so Miss Kilman felt, the very entrails in her body, stretching them as she crossed the room, and then, with a final twist, bowing her head very politely, she went.

She had gone. Miss Kilman sat at the marble table among the éclairs, stricken once, twice, thrice by shocks of suffering. She had gone. Mrs. Dalloway had triumphed. Elizabeth had gone. Beauty had gone, youth had gone."



Nabokov, L'Enchanteur (traduction Barbedette) Pléiade t. 2 p. 561 : 

"L’arrivée de la fillette, sa respiration, ses jambes, ses cheveux, tout ce qu’elle faisait, soit se gratter la jambe et y laisser des marques blanches, soit lancer très haut en l’air une petite balle noire, soit enfin l’effleurer avec son coude nu alors qu’elle s’asseyait sur le banc – tout cela (tandis qu’il semblait absorbé dans une conversation agréable) évoquait la sensation intolérable d’une communion sanguine, dermique et multivasculaire avec elle, comme si la bissectrice monstrueuse aspirant tous les sucs des profondeurs de son être se prolongeait en elle, pareille aux pulsations d’une ligne pointillée, comme si cette fillette était en train de pousser en dehors de lui, comme si avec chaque mouvement insouciant elle tiraillait et secouait ses propres racines vitales implantées dans les entrailles de son être à lui, si bien que, lorsqu’elle changeait de position brutalement ou bien décampait en vitesse, il éprouvait une sensation de déchirement, un arrachement barbare, et une perte momentanée de l’équilibre : tout à coup on voyage dans la poussière sur le dos, la nuque cogne par terre jusqu’au moment où l’on se retrouve pendu par les entrailles."


« The girl’s arrival, her breathing, her legs, her hair, everything she did, whether it was scratching a shin and leaving white marks on it, or throwing a small black ball high in the air, or brushing against him with a bare elbow as she seated herself on the bench—all of it (while he appeared engrossed in pleasant conversation) evoked an intolerable sensation of sanguine, dermal, multivascular communion with her, as if the monstrous bisector pumping all the juices from the depths of his being extended into her like a pulsating dotted line, as if this girl were growing out of him, as if, with every carefree movement, she tugged and shook her vital roots implanted in the bowels of his being, so that, when she abruptly changed position or rushed off, he felt a yank, a barbarous pluck, a momentary loss of equilibrium : suddenly you are traveling through the dust on your back, banging the back of your head, on your way to being strung up by your insides.

 

Anouilh, L'Orchestre p. 299 : 

"C'est un morceau de moi. quand il s'enlève, je ne suis plus entière et j'ai plus qu'à attendre qu'il veuille bien revenir. Pour me compléter. [...] C'est pour ça qu'il les aura, ses six balles, s'il fait mine d'aller bavarder ailleurs ! Pan ! Pan ! Pan ! Pan ! Pan ! Pan !"

 

Calet, La Fièvre des polders, chap. 24 :
"Le bateau s’écartait de côté, lentement. Odilia ressentait un arrachement de peau et d’entrailles. Le bateau tirait, déchirait. Une atroce douleur, quand Siska-la-paille avait extrait la sonde de son corps. »
 


dimanche 16 mai 2021

Leiris (musique)

 Leiris, Journal :

"La musique me déplaît parce qu'elle ne rejoint jamais la réalité, ne met en jeu ni des idées ni des objets, et constitue par suite le type même de l'Art. L'usage de la musique n'est guère plus recommandable que celui du tabac et des stupéfiants.

La musique ne peut jamais être mystérieuse puisqu'elle reste complètement en dehors du monde de notre connaissance et n'a par conséquent aucune influence sur notre conception de l'univers et de notre destinée personnelle. 

[Ajouté : La musique ne peut jamais être mystérieuse puisqu'en elle il n'y a pas de jeu entre le plan spirituel ou interne et le plan naturel ou externe. Elle ne peut avoir aucune influence sur notre conception de l'univers et de notre destinée personnelle. Tout en elle est sur un seul plan, ce qui est caractéristique de sa divinité. C'est pourquoi nous n'en voulons pas, nous qui sommes athées.]

Les peintres qui pensaient devoir écarter de leur art tout élément représentatif abaissaient la peinture au rang de la musique."


jeudi 13 mai 2021

Walser (promenade)

 Walser (R.), La Promenade traduction Lortholary p. 121 sq : 

"La promenade, répliquai-je, m'est indispensable pour me donner de la vivacité et maintenir mes liens avec le monde, sans l'expérience sensible duquel je ne pourrais ni écrire la moitié de la première lettre d'une ligne, ni rédiger un poème, en vers ou en prose. Sans la promenade, je serais mort et j'aurais été contraint depuis longtemps d'abandonner mon métier, que j'aime passionnément. Sans promenade et sans collecte de faits, je serais incapable d'écrire le moindre compte rendu, ni davantage un article, sans parler d'écrire une nouvelle. Sans promenade, je ne pourrais recueillir ni études, ni observations. Un homme aussi subtil et éclairé que vous comprendra cela immédiatement. [...] Une promenade me sert professionnellement, mais en même temps elle me réjouit personnellement ; elle me réconforte, me ravit, me requinque, elle est une jouissance, mais qui en même temps a le don de m'aiguillonner et de m'inciter à poursuivre mon travail, en m'offrant de nombreux objets plus ou moins significatifs qu'ensuite, rentré chez moi, j'élaborerai avec zèle. [...] Savez-vous que je travaille dur, dans ma tête, et obstinément, et que souvent peut-être je suis actif au meilleur sens du mot, alors que j'ai tout l'air d'être un individu sans responsabilité, un rôdeur à mine patibulaire, paresseux, rêveur et indolent, qui se perd dans le bleu ou le vert, sans penser ni travailler ?"


mercredi 12 mai 2021

Woolf (arbre)

 Woolf, La Marque sur le mur, traduction Pléiade p. 887 :

"J'aime à songer à l'arbre lui-même : d'abord la sensation intime de n'être que bois ; puis le grondement de l'orage ; enfin l'écoulement lent et délicieux de la sève. J'aime aussi à songer à l'arbre en hiver, droit dans la nuit au milieu de la campagne déserte, toutes voiles ferlées, impénétrable à la mitraille de la lune, mât dénudé, dressé au-dessus de la terre qui toute la nuit ne cesse de crouler. Quel chant étrange et assourdissant que celui des oiseaux en juin ; qu'elles doivent être froides, les pattes des insectes qui montent péniblement le long des plis de l'écorce ou prennent leur bain de soleil sur la légère bâche verte du feuillage, les facettes de leurs yeux rouges braquées droit devant eux... Une à une les fibres se rompent sous la formidable pression de la terre glacée ; vient alors l'ultime tempête, et dans leur chute, les plus hautes branches s'enfoncent profondément dans le sol de nouveau. Même alors, la vie n'a pas dit son dernier mot ; de par le vaste monde, il existe pour un arbre une multitude de vies à vivre avec patience et concentration, dans des chambres, à bord de navires, en revêtement des sols et des murs des salons où, après le thé, des couples se retirent pour fumer des cigarettes. Quelle mine de pensées apaisantes et heureuses, cet arbre."


I like to think of the tree itself : — first the close dry sensation of being wood ; then the grinding of the storm ; then the slow, delicious ooze of sap. I like to think of it, too, on winter’s nights standing in the empty field with all leaves close-furled, nothing tender exposed to the iron bullets of the moon, a naked mast upon an earth that goes tumbling, tumbling, all night long. The song of birds must sound very loud and strange in June ; and how cold the feet of insects must feel upon it, as they make laborious progresses up the creases of the bark, or sun themselves upon the thin green awning of the leaves, and look straight in front of them with diamond-cut red eyes... One by one the fibres snap beneath the immense cold pressure of the earth, then the last storm comes and, falling, the highest branches drive deep into the ground again. Even so, life isn’t done with ; there are a million patient, watchful lives still for a tree, all over the world, in bedrooms, in ships, on the pavement, lining rooms, where men and women sit after tea, smoking cigarettes. It is full of peaceful thoughts, happy thoughts, this tree.


mardi 11 mai 2021

Valéry (brièvetés)

 Valéry, Rhumbs, in Tel Quel II, Pochothèque t. 3 p. 460-461 : 

"Brièvetés.

L’action est une brève folie.

Ce que l’homme a de plus précieux est une brève épilepsie.

Le génie tient dans un instant.

L’amour naît d’un regard ; et un regard suffit pour engendrer une éternelle haine.

Et nous ne valons quelque chose que pour avoir été et pouvoir être un moment hors de nous.

Ce petit moment hors de moi est un germe, ou se projette comme un germe. Tout le reste de la durée le développe ou le laisse périr.

Il y a un ressort étrangement puissant, contraint dans les graines et dans certaines minutes. Il y a des particules de temps qui diffèrent des autres comme un grain de poudre diffère d’un grain de sable. Leurs apparences sont presque les mêmes, leurs avenirs non comparables."


Valéry, Cahier B 1910 Pochothèque t. 3 p. 285 : 

« Teste chargé de liens.

Je sais tant de choses – je me doute de tant de connexions – que je ne parle plus. Je ne pense même plus, pressentant, dès que l’idée se lève, qu’un immense système s’ébranle, qu’un énorme labeur se demande, que je n’irai point jusqu’où je sais qu’il faudrait aller. Cela me fatigue en germe. Je n’aurai pas le courage d’entrer dans le détail de cet éclair qui illumine instantanément des années. »


lundi 10 mai 2021

Eco (rire)

 Eco, Le Nom de la rose, Septième jour, Nuit [traduction Schifano] : 

"Le jour où la parole du Philosophe justifierait les jeux marginaux de l'imagination déréglée, oh ! alors vraiment ce qui se trouvait en marge sauterait au centre, et du centre on perdrait toute trace. Le peuple de Dieu se transformerait en une assemblée de monstres au témoignage indestructible de l'Ecriture – l'art de la dérision se faisait acceptable, et apparaissait noble, et libéral, et non plus mécanique ; si un jour quelqu'un pouvait dire (et être entendu) : moi, je ris de l'Incarnation... Alors nous n'aurions point d'armes pour arrêter ce blasphème, parce qu'il rassemblerait les forces obscures de la matière corporelle, celles qui s'affirment dans le pet et dans le rot, et le rot et le pet s'arrogeraient le droit qui n'appartient qu'à l'esprit, de souffler où il veut !"


le texte italien est un peu différent : 

« Ma se un giorno - e non più come eccezione plebea, ma come ascesi del dotto, consegnata alla testimonianza indistruttibile della scrittura - si facesse accettabile, e apparisse nobile, e liberale, e non più meccanica, l’arte dell’irrisione, se un giorno qualcuno potesse dire (ed essere ascoltato): io rido dell’Incarnazione... Allora non avremmo armi per arrestare quella bestemmia, perché essa chiamerebbe a raccolta le forze oscure della materia corporale, quelle che si affermano nel peto e nel rutto, e il rutto e il peto si arrogherebbero il diritto che è solo dello spirito, di spirare dove vuole! »


dimanche 9 mai 2021

Gadda (phobies)

 Gadda, Quand le Girolamo a fini... in L'Adalgisa (traduction Manganaro) :

"La Maria, au service de donna Elsa depuis plus de deux ans, avait commencé, juste au moment de la séparation définitive d’avec Girolamo, à accuser certains malaises rhumatismaux, conséquents, c’était hors de doute, à l’humidité de l’évier : où elle vaquait des heures interminables, pauvre choute ! en un abandon plein de fantasmes hétéroclites, de dégoûts chichiteux. Elle se méfiait, en général, des fruits non connus, ou d’une boule de chou-fleur : elle frissonnait pour une épluchure comme pour un scorpion, ou devant certaines pelures, certaines croûtes de gorgonzola : d’un peu de gorgonzola dans le buffet, elle était spasmodiquement friande, au point qu’elle en avait des sécrétions salivaires et des contractions gastriques anticipées, rien qu’à l’idée, mais elle éprouvait ensuite, et à contresens, un effroi totalement inhibiteur, que j’appellerai anthropomorphique, comme s’il s’était agi d’un œil d’Ivan le Terrible thésaurisé dans le garde-manger. Le cou d’un poulet lui donnait des vertiges : elle refusait de toucher aux barbillons d’un dindon : ainsi qu’aux abattis des deux : la viscosité violacée d’une anguille, certains vendredis, lui inspirait la même horreur qu’un serpent."


La Maria, da più che un paio d'anni al servizio di donna Elsa, proprio in quei giorni del definitivo distacco del Girolamo, aveva principiato ad accusare certi disturbi reumatici, conseguenti, è indubbio, all'umidità dell'acquaio: dove soleva accudire le ore interminabili, povero fusto! in un abbandono pieno di eteròcliti fantasmi, di schifiltosi ribrezzi. Diffidava, in generale, dei frutti non conosciuti, d'una palla di cavolfiore: rabbrividiva d'una buccia come d'uno scorpione, o a certi pellecchi, a certe croste di gorgonzola: d'un po' di gorgonzola in credenza era spasmodicamente ghiotta, tanto da averne secrezioni salivari e contrazioni gastriche anticipate solo all'idea, ma ne pativa poi viceversa uno sgomento che dirò antropomorfico, totalmente inibitivo, quasi d'un occhio di Ivan il Terribile tesaurizzato in credenza. Il collo del pollo le dava le vertigini: i bargigli del tacchino si rifiutava di toccarli: e le regaglie di tutt'e due, poi: la violacea viscidità d'un'anguilla, certi venerdì, le incuteva l'orrore del serpente. 


Winckelmann (Anciens)

Winckelmann, Réflexions sur l'imitation des œuvres grecques dans la sculpture et la peinture, traduction Léon Mis (1954 ?) Aubier p. 129 :

 "Rien ne pourrait montrer plus clairement l'avantage de l'imitation des anciens sur celle de la nature que si l'on prenait deux jeunes gens doués d'un même grand talent et que l'on fît étudier par l'un l'antiquité, par l'autre la simple nature. Ce dernier représenterait la nature telle qu'il la trouverait. Italien, il peindrait peut-être des figures comme le Caravage ; Néerlandais, et en cas de réussite, comme Jacob Jordaens ; Français, comme Stella ; mais l'autre représenterait la nature comme elle l'exige et peindrait des figures comme Raphaël. 

Même si l'imitation de la nature pouvait tout donner à l'artiste, il ne lui devrait certainement pas l'exactitude du contour que les Grecs seuls peuvent enseigner. 

Dans les figures des Grecs le plus noble contour unit ou circonscrit toutes les parties de la plus belle nature et des beautés idéales ; ou plutôt il est, en ces deux domaines, la notion la plus haute. Euphranor, qui devint célèbre après l'époque de Zeuxis, est considéré comme ayant le premier donné au contour un caractère plus noble. 

Beaucoup de peintres modernes ont tenté de reproduire le contour grec et presque aucun n'y a réussi."


Gedanken über die Nachahmung der griechischen Werke in der Malerei und Bildhauerkunst

Nichts würde den Vorzug der Nachahmung der Alten vor der Nachahmung der Natur deutlicher zeigen können, als wenn man zwei junge Leute nähme von gleich schönem Talente, und den einen das Altertum, den andern die bloße Natur studieren ließe. Dieser würde die Natur bilden, wie er sie findet: als ein Italiener würde er Figuren malen vielleicht wie Caravaggio; als ein Niederländer, wenn er glücklich ist, wie Jacob Jordaens : als ein Franzos, wie Stella: jener aber würde die Natur bilden, wie sie es verlanget, und Figuren malen, wie Raffael.

Könnte auch die Nachahmung der Natur dem Künstler alles geben, so würde gewiß die Richtigkeit im Kontur durch sie nicht zu erhalten sein. 

Diese muß von den Griechen allein erlernt werden. Der edelste Kontur vereinigt oder umschreibt alle Teile der schönsten Natur und der idealischen Schönheiten in den Figuren der Griechen, oder er ist vielmehr der höchste Begriff in beiden. Euphranor, der nach des Zeuxis Zeiten sich hervortat, wird für den ersten gehalten, der demselben die erhabenere Manier gegeben. 

Viele unter den neueren Künstlern haben den griechische Kontur nachzuahmen gesuchet, und fast niemanden ist es gelungen.