Affichage des articles dont le libellé est Mallarmé. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Mallarmé. Afficher tous les articles

jeudi 24 novembre 2022

Mallarmé (fini)

Mallarmé, sur Manet, in Proses diverses, Pléiade p. 698 :

[à propos du tableau "Les Hirondelles"] 





grand format :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:%C3%89douard_Manet_-_Hirondelles.jpg


"Je signalais une réserve [...] ; elle consiste, si l'on veut, en ceci que, pour parler argot "le tableau n'est pas assez poussé" ou fini. Il y a longtemps que l'existence de cette plaisanterie me semble révoquée en doute par ceux qui la proférèrent d'abord. Qu'est-ce qu'un œuvre "pas assez poussée" alors qu'il y a entre tous ces éléments un accord par quoi elle se tient et possède un charme facile à rompre par une touche ajoutée ? Je pourrais, désireux de me montrer explicite, faire observer que, du reste, cette mesure, appliquée à la valeur d'un tableau, sans étude préalable de la dose d'impressions qu'il comporte, devrait, logiquement, atteindre l'excès dans le fini comme dans le lâché : tandis que, par une inconséquence singulière, on ne voit jamais l'humeur des juges sévir contre une toile, insignifiante et à la fois minutieuse jusqu'à l'effroi."



jeudi 26 mai 2022

Mallarmé (chapeau)

Mallarmé, réponse à une enquête sur le chapeau haut de forme, Le Figaro 19 janvier 1897 [Pléiade Mondor p. 881-882] : 

"Monsieur,  

Vous m’effrayez de toucher à un sujet tel.

Ainsi vous avez remarqué – il ne vous a pas fui – que le contemporain portât, sur le chef, quelque chose de sombre et surnaturel. Ce mystère, vous prenez la belle audace de l’épuiser, peut-être, dans la colonne d'un quotidien : moi, il fournit, presque seul, voici des temps, ma méditation, et je n’estime à moins que plusieurs tomes d’un ouvrage compact, nombreux, abstrus, la science pour le résoudre et passer outre. On pourrait, croyez, omettre ici toute philosophie, inquiétante, de l'engin ou de la parure ou de quoi que ce soit que présente le ténébreux météore et de restreindre à un propos de chapellerie, comme l'indique excellemment le questionnaire ; par exemple, suggérez-vous, si ce complément moderne, dit haut de forme, hantera l'aurore du XX° siècle. Quoi – il commence seulement, dans sa diffusion furieuse, à faucher les diadèmes, les plumes et jusqu'aux chevelures : il continuera !

Monsieur (j’ajoute bas), du fait que c’est, à une date humaine, sur les têtes, cela y sera toujours. Qui a mis rien de pareil ne peut l’ôter. Le monde finirait, pas le chapeau : probablement même il exista de tous temps, à l’état invisible. Aujourd'hui, chacun ne passe-t-il pas à côté sans l'apercevoir ? 

Néanmoins, je dois dire que je le considère, chez autrui, avec qui il me semble faire un – et, me salue-t-on, je ne le sépare, en esprit, de l’individu ; je l’y vois, encore, pendant cette politesse. Immuablement.

Apparu, l’objet convient à l’homme, évident autant qu’inexpliqué, ni laid ni beau, échappant aux jugements : Signe, qui sait ? solennel d’une supériorité et, pour ce motif, institution stable."


vendredi 12 juin 2020

Mallarmé + Richepin (origine)


Mallarmé :


Parce que de la viande était à point rôtie,

Parce que le journal détaillait un viol,

Parce que sur sa gorge ignoble et mal bâtie

La servante oublia de boutonner son col,

 

Parce que d’un lit, grand comme une sacristie,

Il voit, sur la pendule, un couple antique et fol,

Et qu’il n’a pas sommeil, et que, sans modestie,

Sa jambe sous les draps frôle une jambe au vol,

 

Un niais met sous lui sa femme froide et sèche,

Contre ce bonnet blanc frotte son casque-à-mèche

Et travaille en soufflant inexorablement :

 

Et de ce qu’une nuit, sans rage et sans tempête,

Ces deux êtres se sont accouplés en dormant,

Ô Shakespeare, et toi, Dante, il peut naître un poète !



RichepinTes Père et mère... in "Sonnets amers" (volume "Blasphèmes")


Voici la chose ! C'est un couple de lourdauds,

Paysans, ouvriers, au cuir épais, que gerce

Le noir travail : ou bien, des gens dans le commerce,

Le monsieur à faux-col et la vierge à bandeaux.


Mais, quels qu'ils soient, voici la chose. Les rideaux

Sont tirés. L'homme, sur la femme à la renverse,

Lui bave entre les dents, lui met le ventre en perce.

Leurs corps, de par la loi, font la bête à deux dos.


Et c'est ça que le prêtre a béni ! Ça qu'on nomme

Un saint mystère ! Et c'est de ça qu'il sort un homme !

Et vous voulez me voir à genoux devant ça !


Des père et mère, ça ! C'est ça que l'on révère !

Allons donc ! On est fils du hasard qui lança

Un spermatozoïde aveugle dans l'ovaire.



mercredi 30 octobre 2019

Mallarmé (poésie-musique)


Mallarmé, Lettre à Edmund Gosse du 10 janvier 1893 ; Folio p. 614 :  
« Je fais de la Musique, et appelle ainsi non celle qu'on peut tirer du rapprochement euphonique des mots, cette première condition va de soi ; mais l'au-delà magiquement produit par certaines dispositions de la parole, où celle-ci ne reste qu'à l'état de moyen de communication matérielle avec le lecteur comme les touches du piano. Vraiment entre les lignes et au-dessus du regard cela se passe, en toute pureté, sans l'entremise de cordes à boyaux et de pistons comme à l'orchestre, qui est déjà industriel ; mais c'est la même chose que l'orchestre, sauf que littérairement ou silencieusement. Les poëtes de tous les temps n'ont jamais fait autrement et il est aujourd'hui, voilà tout, amusant d'en avoir conscience. Employez Musique dans le sens grec, au fond signifiant Idée ou rythme entre des rapports ; là, plus divine que dans son expression publique ou symphonique  »