mercredi 10 juin 2026

Perros (note)

Perros, Papiers collés, "Note sur la note" : 

"Toute note attend son cadre. Celle-ci pourra servir de point d’orgue à un roman, celle-là commencer une lettre, cette autre être « datée » et trouver son heure dans un Journal. La note est orpheline. La littérature commence le jour où pour mettre en valeur ce déchet, on se trouve le génie, on prend le temps d’écrire un roman, une lettre, d’entretenir un Journal. C’est justement ce dont je me sens incapable, sans pour autant me résoudre à tuer tous mes spartiates. [...] La note existe. Elle est très proche de l’objet. Elle dit à peine ce qu’elle veut dire. Elle est naïve, parce que confiante. Elle laisse l’intelligence de l’autre libre de la finir, de la commencer, ou de l’avaler. Elle est paresseuse et ne tient pas absolument à se faire entendre. À être prise aux mots. Mais préfère sonner, résonner. Son auteur et son lecteur doivent en sortir indemnes. Elle a le goût effréné de l’autonomie, de la liberté. Rien de moins familier, malgré les apparences. De moins « humain ». Le commerce l’indiffère."