Afanassiev (Valery), Lettres sonores, Corti 1995 p. 18-19 :
"Jamais, même à quatre-vingt-dix-neuf ans, je ne comprendrai pourquoi les humains méprisent la vieillesse et remplacent, au sommet de leur échelle de valeurs, le sang généreux du vieux bourgogne par le verjus aigrelet de l'adolescence. Au fil des années, l'expérience nous apprend à jouir de la vie terrestre. La vieillesse respectable sait tirer parti de circonstances où la jeunesse ne trouve qu'échecs et déceptions. Et si la décrépitude ne nous transforme pas en une momie douloureuse, nous commençons sur le tard à disposer en maître des molécules du plaisir.
[...] Et puis, certains hommes embellissent en vieillissant. Le mûrissement de la pensée imprime son harmonie sur le visage, anoblit le maintien, les gestes. Et les sens s'épanouissent, au lieu d'insinuer la déchéance du corps."