lundi 23 février 2026

Erofeev (travail soviétique)

Erofeev (Venedikt), Moscou-Pétouchki traduction Sabatier et Pingaud p. 37 :

"Le processus de production se présentait de la façon suivante. Le matin, en arrivant, on s'asseyait et on jouait à la sika, à l'argent (vous connaissez, la sika ?). Bon. Puis on se levait, on déroulait le câble du tambour et on l'enterrait. Après, c'est bien naturel, on se rasseyait et chacun tuait le temps à sa façon car, après tout, on a chacun ses rêves et son tempérament : pour l'un c'était du vermouth, pour l'autre, peu exigeant, de l'eau de Cologne « Fraîcheur », pour un autre encore, qui avait des prétentions, c'était un cognac à l'aéroport international de Chérémétiévo. Puis, pour finir, tout le monde allait se coucher. Le lendemain, ça changeait : on commençait par s'asseoir et boire du vermouth. Puis on se levait, on déterrait le câble de la veille, qui était, bien entendu, tout détrempé, et on le jetait. Et ensuite ? Ensuite on faisait une partie de sika, à l'argent. Enfin, on allait se coucher, sans avoir terminé la partie. Dès l'aube on se réveillait les uns les autres : « Debout, l'Alexis ! Viens jouer à la sika ! », « Debout, Stassik, on finit la partie ! » Tout le monde se levait et le jeu reprenait. Puis, sans tarder, sans « Fraîcheur » ni vermouth, on s'emparait du tambour et on déroulait le câble de façon à ce que le lendemain il soit tout détrempé et inutilisable. Après cela seulement (qui ne possède un idéal ?), chacun vaquait à ses occupations. Et tout reprenait depuis le début."