Camilleri, La Reine de Poméranie, nouvelle éponyme, chap 2 :
"Trois personnes seulement virent arriver l’épouse du consul et sa femme de chambre. Les deux femmes étaient les seules passagères du train de minuit en provenance de Palerme. Le marquis les attendait sur le quai et avait retenu deux voitures. L’une était pour la femme de chambre et une grosse malle, l’autre pour le marquis et sa dame.
Mais le lendemain matin, devant les passagers en partance, le chef de gare s’étendit ni peu ni assez sur la beauté des deux voyageuses, blondes, les yeux bleus, jeunes, l’épouse du marquis ayant trente ans toute mouillée et sa femme de chambre pas plus de vingt.
« Il faisait nuit, mais quand elles sont descendues du train, on aurait dit que le soleil se levait », conclut le chef de gare encore bauché en place.
Le récit des deux cochers en rajouta une louche. Celui qui avait conduit la femme de chambre raconta que le cheval lui-même en la voyant avait hissé pavillon, que la jolie petite rate avait apinché l’outil dont était doté le quadrupède et s’était mise à rire. Celui qui avait conduit le couple dit qu’il lui avait suffi de voir monter et descendre l’épouse de voiture pour ne plus fermer l’œil de la nuit.
En moins de deux, toute la population fut informée de la présence à Vigàta de deux jolies rates si agriffantes qu’elles apportaient le paradis sur terre."